L’Égypte négocie 24 Rafale supplémentaires : Dassault Aviation vise le cap des 78 appareils au Caire

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Le Caire a adressé le 1er septembre à Dassault Aviation une demande de proposition portant sur l’acquisition de 24 Rafale supplémentaires, selon des informations rapportées par le journaliste Michel Cabirol (La Tribune) et confirmées dans leurs grandes lignes par le site spécialisé Zone Militaire (opex360.com). Si l’affaire aboutit, l’Égypte deviendrait le deuxième plus gros client export du chasseur français, avec un total de 78 appareils, un enjeu industriel et diplomatique de premier plan pour la France à l’heure où Paris cherche à consolider ses positions face à une concurrence chinoise et russe de plus en plus affirmée au Moyen-Orient.

Une flotte égyptienne déjà conséquente

L’armée de l’air égyptienne a déjà commandé 54 Rafale en deux temps : 24 appareils en 2015, puis 30 supplémentaires en 2021 dans le cadre d’un contrat évalué à environ 3,75 milliards d’euros, auquel s’ajoutait un volet armement de 200 millions d’euros. Ce second contrat avait été financé par un prêt d’une durée minimale de dix ans, selon le communiqué publié à l’époque par le ministère égyptien de la Défense — une formule de financement à crédit qui avait suscité des interrogations sur la soutenabilité de la dette égyptienne, mais qui a permis à Dassault de sécuriser l’un de ses plus gros carnets de commandes export.

Les dernières livraisons de cette deuxième tranche doivent s’achever d’ici la fin de l’année 2026. Une nouvelle commande de 24 exemplaires porterait donc la flotte égyptienne à 78 Rafale, un chiffre proche des « environ 80 » évoqués dès 2021 par plusieurs sources proches du dossier comme objectif de moyen terme pour Le Caire.

Selon Michel Cabirol, les appareils négociés seraient au standard F4, la version la plus avancée du chasseur, dotée de capacités renforcées de détection, de communication et d’échange de données en réseau. Ce choix technologique s’inscrit dans une logique de remplacement : l’armée de l’air égyptienne aligne encore près de 80 Mirage 5 vieillissants et une quarantaine de F-16 A/B des années 1980, deux flottes en fin de vie opérationnelle que les nouveaux Rafale viendraient directement remplacer.

Une compétition chinoise et russe en toile de fond

Le contexte régional pèse sur ces négociations. Le 22 août, des Rafale égyptiens ont été engagés face à des chasseurs chinois J-16 lors de l’exercice conjoint sino-égyptien « Aigles de la civilisation 26 » (Eagles of Civilization), une manœuvre qui a alimenté des spéculations sur un intérêt égyptien pour les appareils chinois J-10CE ou J-35AE, voire pour une version export du J-16. Des options russes — Su-35S, voire le plus récent Su-57E — restent également évoquées dans la presse spécialisée comme alternatives théoriques.

Selon Zone Militaire, ces manœuvres d’influence chinoises n’auraient toutefois « guère eu de prise » sur les responsables égyptiens, qui continuent de privilégier la relation industrielle et militaire nouée avec la France depuis plus d’une décennie. Emmanuel Macron avait lui-même indiqué, lors d’une visite au Caire en avril 2026, qu’une nouvelle commande était « dans les tuyaux » — une formule qui trouve aujourd’hui un début de traduction concrète avec l’envoi de cette demande de proposition.

Il convient toutefois de rester prudent : comme le rappellent Zone Militaire et Michel Cabirol, une RFP ne préjuge en rien d’un contrat futur. Ni Dassault Aviation ni les autorités égyptiennes n’ont officiellement commenté l’information, et le montant, le calendrier de livraison et surtout les modalités de financement — point sensible compte tenu des tensions budgétaires égyptiennes — restent à négocier. Ces arbitrages dépendront des marges budgétaires du Caire et des créneaux de production disponibles chez Dassault, déjà mobilisés par les commandes indiennes, indonésiennes et françaises.

Un enjeu de souveraineté économique pour la filière française

Au-delà du symbole diplomatique, l’affaire illustre le poids économique pris par l’export du Rafale dans l’écosystème industriel français. Le programme représente aujourd’hui plus de 7 000 emplois directs chez Dassault Aviation et ses partenaires de premier rang — Thales, Safran, MBDA —, répartis sur une dizaine de sites de production, de Mérignac à Argonay, et irrigue un tissu d’environ 500 sous-traitants ainsi que plusieurs milliers de PME et ETI de la base industrielle et technologique de défense.

Sur le seul exercice 2025, Dassault Aviation a affiché un chiffre d’affaires ajusté de 7,42 milliards d’euros, en hausse de 19 %, porté par le rythme des livraisons export, et un carnet de commandes consolidé de 46,6 milliards d’euros. Plus largement, les exportations d’armement françaises ont dépassé 21 milliards d’euros en 2025, confirmant la place de la France comme deuxième exportateur mondial d’armement, le Rafale en étant l’un des piliers aux côtés des commandes indiennes récentes, évaluées à environ 30 milliards d’euros pour 114 appareils supplémentaires.

Une éventuelle commande égyptienne de 24 Rafale s’inscrirait donc directement dans cette dynamique : elle prolongerait un flux de recettes d’exportation déterminant pour l’équilibre financier de Dassault Aviation, tout en consolidant l’influence stratégique française en Méditerranée orientale face à des concurrents chinois et russes disposés à investir massivement le marché égyptien de l’armement. Reste à savoir si les contraintes budgétaires égyptiennes permettront de transformer cette demande de proposition en signature ferme — un processus qui, pour les deux précédents contrats, avait pris plusieurs mois entre les premières discussions et l’entrée en vigueur effective.

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