Data centers d’IA : une PME française mise sur la biomasse pour électrifier la course européenne au calcul

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Alors que l’Europe s’apprête à départager les candidats à son programme de « gigafabriques d’intelligence artificielle », une entreprise marnaise entend peser dans la bataille énergétique qui se joue en coulisses. Haffner Energy, PME cotée sur Euronext Growth et basée à Vitry-le-François, a dévoilé jeudi 28 août une nouvelle offre destinée à alimenter les data centers d’IA en électricité décarbonée et produite localement. Une annonce qui, au-delà du communiqué industriel, éclaire un enjeu central pour la souveraineté numérique française : qui fournira l’énergie, faramineuse, dont ces infrastructures ont besoin ?

Une architecture modulaire pensée pour la très haute disponibilité

Le nouveau dispositif, baptisé architecture C-iB, repose sur la technologie de gazéification de biomasse Hynoca, jusqu’ici développée par Haffner Energy pour produire de l’hydrogène vert. L’entreprise l’adapte désormais à la production directe d’électricité pour les salles serveurs les plus gourmandes en puissance, celles qui entraînent et font fonctionner les modèles d’intelligence artificielle.

Le principe : une production décentralisée d’électricité renouvelable à partir de biomasses résiduelles (déchets agricoles ou forestiers), avec un rendement électrique global revendiqué de 55 %. Le procédé permet en outre de produire simultanément de l’électricité et du froid, via la récupération de la chaleur fatale — un atout pour le refroidissement, poste de dépense énergétique majeur des data centers. Le recours au gaz naturel n’intervient qu’en appoint, à hauteur de moins de 0,1 % de l’énergie primaire consommée, selon les chiffres communiqués par l’entreprise. Chaque installation peut mobiliser plusieurs dizaines de mégawatts, avec une disponibilité annoncée supérieure à 99,995 %, un niveau d’exigence comparable à celui des générateurs de secours classiques.

Sur le plan économique, Haffner Energy indique qu’un projet type mobilise plus d’une dizaine de modules, chacun représentant environ 6 millions d’euros de chiffre d’affaires potentiel — trois fois plus qu’un module standard de la gamme Hynoca destiné à l’hydrogène. Un pivot commercial révélateur : plutôt que de vendre de l’hydrogène à l’industrie, la PME choisit de vendre directement de l’électricité à un secteur — l’intelligence artificielle — dont la demande énergétique explose plus vite que la capacité du réseau à l’absorber.

Candidate à une gigafabrique d’IA à Strasbourg

Cette annonce s’inscrit dans une stratégie plus large : Haffner Energy est membre fondateur du consortium ÆTHER, aux côtés d’acteurs européens du calcul et de l’énergie tels que SiPearl (processeurs européens pour le calcul haute performance), 2CRSi (serveurs), Axelera AI, Dassault Systèmes, Equans, ÉS Group et Nhood. Ce consortium porte un projet de « gigafabrique d’IA » sur deux friches industrielles de la région de Strasbourg, avec une mise en service visée dès 2027 : une puissance de 42 MW en phase initiale, portée à 82 MW fin 2028, pour un objectif final affiché de 400 MW. Les demandes de raccordement ont été déposées auprès de RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité.

Le projet strasbourgeois figure parmi les candidats au programme européen « AI Gigafactories », lancé par la Commission européenne pour permettre à l’Union de développer sa propre infrastructure de calcul avancé plutôt que de dépendre des fournisseurs américains ou asiatiques. L’enveloppe publique s’élève à 10 milliards d’euros, financée à parts égales par l’UE et les États membres, avec l’ambition de mobiliser au moins le double en investissements privés. Jusqu’à sept sites seront retenus au total — quatre de taille « moyenne » (financés jusqu’à 100 millions d’euros en phase 1) et trois de grande envergure (jusqu’à 200 millions d’euros en phase 1) —, la date limite de candidature étant fixée au 12 novembre 2026. La France a pour l’heure engagé, via l’État, 100 millions d’euros de commandes de calcul pour un projet de taille moyenne, un montant que plusieurs observateurs du secteur jugent modeste comparé à l’ambition affichée par l’Allemagne, qui a provisionné jusqu’à 800 millions d’euros en seconde phase.

L’énergie, angle mort de la souveraineté IA

L’initiative de Haffner Energy illustre un basculement du débat sur la souveraineté technologique française : au-delà des puces (SiPearl), des modèles (Mistral AI) et du cloud (OVHcloud, Bleu), c’est désormais la disponibilité d’une électricité décarbonée, stable et produite sur le territoire qui conditionne la capacité de l’Europe à héberger ses propres infrastructures d’entraînement de l’IA. Les data centers dédiés à l’IA générative peuvent consommer autant d’électricité qu’une ville de taille moyenne, une pression que les opérateurs cherchent de plus en plus à couvrir par des sources locales et renouvelables plutôt que par des achats sur un réseau déjà sollicité.

En misant sur la biomasse résiduelle plutôt que sur le nucléaire ou le solaire, Haffner Energy propose une brique complémentaire à l’écosystème énergétique français, dans un contexte où la compétition pour l’implantation des futures gigafabriques européennes s’annonce serrée : le consortium ÆTHER doit notamment composer avec la concurrence d’un projet porté par Iliad et d’un candidat néerlandais, Volt. La décision de la Commission européenne, attendue dans les mois suivant la clôture des candidatures en novembre, dira si le pari énergétique et industriel de cette PME marnaise trouve sa place dans l’architecture de l’IA européenne — ou reste cantonné à des projets nationaux de moindre envergure.

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