Venezuela : Washington négocie la mainmise sur les plus vastes réserves pétrolières du monde, aux dépens de Pékin

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L’administration Trump est proche de conclure un accord d’accès de long terme aux réserves pétrolières vénézuéliennes, huit mois après avoir renversé et capturé Nicolás Maduro. Selon plusieurs sources concordantes rapportées jeudi 28 août par Reuters et Axios, les discussions portent sur dix-sept gisements représentant environ 90 milliards de barils — près du double des réserves prouvées américaines actuelles — et scelleraient un basculement géopolitique majeur : celui de l’influence chinoise vers un contrôle américain durable sur le premier stock pétrolier mondial.

Un accord bâti sur le modèle du bail plutôt que de la nationalisation

Le Venezuela dispose, selon l’OPEP, d’environ 300 milliards de barils de réserves prouvées, la plus importante réserve mondiale devant l’Arabie saoudite. Le montage envisagé par Washington ne prendrait pas la forme d’une appropriation directe mais d’un système de « bail » (lease) permettant au gouvernement américain de réserver des blocs pétroliers pour leur développement par des compagnies américaines, avec un approvisionnement garanti vers les États-Unis. Les zones concernées couvrent à la fois des blocs vierges de la ceinture de l’Orénoque et des gisements matures du lac de Maracaibo. Une source proche du dossier, citée par Reuters, a qualifié la portée de l’accord en des termes sans détour : « Calling this deal huge would be an understatement. It is massive. »

Le montage juridique n’est pas sans zones d’ombre : le droit vénézuélien réserve traditionnellement l’exploitation pétrolière à l’État et ne prévoit pas, en l’état, de dispositif de concession de ce type — un obstacle que les négociateurs américains devront lever avant toute signature.

Trois majors américaines en ordre de bataille, l’Europe à l’écart

Chevron, seule grande compagnie occidentale n’avoir jamais totalement quitté le Venezuela, fait figure de favori : le groupe y produit déjà plus de 250 000 barils par jour et vise une hausse de 50 % sur deux ans, après un accord d’échange d’actifs conclu en avril. ExxonMobil, qui avait quitté le pays il y a plus de vingt ans après une vague de nationalisations, négocierait un retour sur six champs, selon des informations du New York Times datant de mai. ConocoPhillips, partie dans les mêmes conditions, conditionne pour sa part tout retour au règlement de son contentieux d’arbitrage de 12 milliards de dollars contre Caracas.

Du côté européen, la prudence domine. TotalEnergies, qui avait pourtant conservé une présence historique au Venezuela via le projet Petrocedeño avant son retrait en 2021, a écarté toute précipitation. Son PDG Patrick Pouyanné avait résumé sa position dès le mois de février en jugeant un retour « trop coûteux et trop polluant » en l’absence d’un cadre juridique stable, une réserve maintenue depuis. Alors que les compagnies américaines se positionnent avec l’appui direct de leur gouvernement, les majors européennes restent spectatrices d’une recomposition du marché pétrolier mondial qu’elles ne pilotent pas — un constat qui s’ajoute aux difficultés déjà rencontrées par les groupes français à sécuriser des routes d’approvisionnement alternatives dans un Golfe sous tension.

La Chine, grande perdante annoncée

Pékin avait construit, au fil des deux dernières décennies, une position dominante au Venezuela en finançant le régime chaviste par des prêts remboursés en pétrole — un mécanisme qui avait fait du pays un pilier de la stratégie chinoise de sécurisation énergétique en Amérique latine. L’accord en négociation vise explicitement à inverser ce rapport de force : selon Axios, plusieurs responsables américains présentent la manœuvre comme un moyen de faire perdre à la Chine une part significative de son influence sur les réserves les plus vastes de la planète. La manœuvre s’inscrit dans un climat de compétition sino-américaine déjà vive sur les minéraux critiques et les technologies stratégiques, où Washington cherche désormais à étendre le rapport de force aux hydrocarbures conventionnels.

Une pression électorale intérieure assumée

Le calendrier n’est pas neutre : l’administration Trump affronte une pression croissante sur les prix à la pompe à l’approche des élections de mi-mandat de novembre, tandis que la réserve stratégique américaine ne compte que 290 millions de barils, soit 41 % de sa capacité. Le secrétaire à l’Énergie Chris Wright prévoirait de se rendre à Caracas dès la semaine prochaine pour avancer sur le dossier. La production vénézuélienne, actuellement de l’ordre de 1,1 à 1,25 million de barils par jour, reste très en deçà du pic historique de plus de 3,5 millions atteint dans les années 1960, mais aussi très loin des 13,7 millions produits quotidiennement par les États-Unis, premier producteur mondial.

Selon Bloomberg, Caracas envisagerait même de quitter l’OPEP, geste qui achèverait de sortir le pays de l’orbite d’influence traditionnelle des producteurs concurrents des États-Unis. Cette hypothèse illustre l’ampleur de la reconfiguration en cours depuis la capture de Maduro le 3 janvier, lors d’une opération militaire américaine revendiquée par Washington sous le nom d’« Absolute Resolve ».

Aucune date de signature n’a été confirmée à ce stade. Mais la physionomie de l’accord — un contrôle de facto par contrat plutôt que par annexion, appuyé sur une intervention militaire préalable — dessine un précédent que plusieurs observateurs comparent déjà, non sans ironie, aux logiques de sphères d’influence du XIXe siècle, appliquées cette fois à la ressource la plus stratégique du XXIe.

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