Safran Helicopter Engines et l’indien Hindustan Aeronautics Limited (HAL) ont signé, le 26 août à Bangalore, le contrat final portant sur le développement et la production du moteur Aravalli, appelé à motoriser la prochaine génération d’hélicoptères militaires indiens. L’accord, conclu via leur coentreprise commune SAFHAL Helicopter Engines, consolide la position du motoriste français en Inde au moment où New Delhi accélère ses grands programmes capacitaires avec Paris comme partenaire de premier rang.
Un turbomoteur pour deux hélicoptères stratégiques
La cérémonie de signature a réuni Ajay Kumar Shrivastava, directeur de l’ingénierie et de la R&D chez HAL, et Olivier Savin, directeur de SAFHAL et vice-président ventes et marketing de Safran Helicopter Engines, sous la présidence de K. Ravi, PDG de HAL, et de Cédric Goubet, PDG de Safran Helicopter Engines. Le contrat couvre la conception, le développement, la fabrication, la fourniture et le soutien en service du moteur Aravalli, un turbomoteur de nouvelle génération d’une puissance comprise entre 3 500 et 4 000 chevaux — une classe de puissance dans laquelle Safran n’avait encore jamais codéveloppé de moteur.
L’Aravalli est destiné à propulser deux plateformes conçues par HAL : l’Indian Multi-Role Helicopter (IMRH), appareil de 13 tonnes, et sa déclinaison navale embarquée, le Deck-Based Multi-Role Helicopter (DBMRH). Ces deux programmes, encore soumis à l’approbation formelle du gouvernement indien (avis de nécessité opérationnelle, puis feu vert du comité du cabinet pour la sécurité), visent à terme à remplacer une partie de la flotte d’hélicoptères moyens de l’armée, de la marine et de l’aviation indiennes. L’entrée en production est projetée pour l’horizon 2032-2033.
Une coentreprise à parité et un transfert de compétences
SAFHAL Helicopter Engines, détenue à parts égales par HAL et Safran Helicopter Engines, pilotera l’ensemble du programme, dont la fabrication sera implantée sur le site de HAL à Tumakuru, dans le Karnataka. Selon les deux industriels, l’accord prévoit un transfert de technologies vers l’Inde portant sur des éléments cœur du moteur — compresseur haute pression, turbine de puissance, systèmes carburant et huile —, avec une collaboration continue entre ingénieurs indiens et français sur les phases de développement, d’essais et de certification. HAL y voit une étape supplémentaire vers une autonomie industrielle dans les moteurs d’aviation, au-delà de la production sous licence qui caractérisait jusqu’ici l’essentiel de ses activités motoristes.
Pour Safran, l’opération s’inscrit dans une relation de long cours avec HAL, nouée dès les moteurs Artouste qui équipaient les hélicoptères Cheetah et Chetak, puis prolongée avec la famille Shakti, qui motorise aujourd’hui l’Advanced Light Helicopter, le Light Combat Helicopter et le Light Utility Helicopter indiens. Le groupe français indique fournir déjà plus de 1 200 moteurs d’hélicoptères aux forces armées indiennes. Des applications civiles sont également envisagées pour l’Aravalli — transport offshore, missions utilitaires, transport VVIP —, ainsi qu’un développement des capacités indiennes de maintenance, réparation et révision (MRO).
Un jalon dans une relation de défense en pleine densification
Cette signature intervient alors que la coopération de défense entre Paris et New Delhi connaît une phase de densification particulièrement active. Safran a par ailleurs annoncé cette année un investissement de 200 millions de dollars dans une nouvelle usine de moteurs LEAP à Hyderabad, renforçant son empreinte industrielle sur le sol indien. En parallèle, les discussions se poursuivent entre les deux pays sur l’acquisition par la marine indienne de 26 Rafale Marine et de trois sous-marins Scorpène supplémentaires, dans le prolongement du contrat historique des six Scorpène du programme P-75 déjà livrés par Naval Group.
Pour l’industrie française de défense, ce type d’accord illustre une stratégie où l’export ne se limite plus à la vente d’équipements finis mais s’accompagne d’un ancrage industriel local, via des coentreprises et des transferts de compétences ciblés — une approche qui permet à des groupes comme Safran de sécuriser des débouchés de long terme sur un marché indien en forte expansion, tout en conservant la maîtrise des briques technologiques les plus sensibles du moteur. Côté indien, l’accord s’inscrit dans la politique d’autonomie stratégique portée par New Delhi (« Atmanirbhar Bharat »), qui cherche à réduire sa dépendance aux fournisseurs étrangers dans l’aéronautique militaire tout en s’appuyant sur des partenariats technologiques choisis.
Le calendrier reste toutefois conditionné aux validations gouvernementales indiennes encore attendues sur les programmes IMRH et DBMRH eux-mêmes, avant qu’un premier vol motorisé par l’Aravalli ne soit envisageable à l’horizon de la décennie suivante.
