Le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun, s’est rendu mardi 25 août en Vaucluse pour une double étape symbolique : le quartier Saint-Michel à Apt, concerné par le futur troisième programme national de renouvellement urbain (NPNRU 3), puis la zone d’aménagement concerté (ZAC) du Jas de Beaumont à Pertuis, l’un des plus vastes chantiers de logements du département. Cette tournée de rentrée illustre la méthode retenue par l’exécutif pour tenter d’enrayer ce que le gouvernement qualifie lui-même de « plus grave crise du logement depuis l’après-guerre » : s’appuyer sur les grands groupes de promotion immobilière et sur les collectivités pour remettre en route une filière du bâtiment exsangue, tout en portant à l’Assemblée nationale, dès la rentrée parlementaire, le projet de loi Relance Logement adopté par le Sénat le 8 juillet.
Un chantier de 382 logements piloté par une filiale de Nexity
À Pertuis, le ministre a inspecté l’avancement de la ZAC du Jas de Beaumont, un aménagement de 14 hectares porté par le groupe immobilier Angelotti, filiale de Nexity, pour le compte de la Métropole Aix-Marseille-Provence, autorité concédante de l’opération. Le projet, dont l’origine remonte à une convention foncière signée en 2007 avec l’établissement public foncier PACA, a été créé sous forme de ZAC en 2016 avant qu’Angelotti n’en soit désigné aménageur en 2020. Il prévoit à terme environ 382 logements répartis en deux tranches : 115 logements locatifs sociaux, 40 en bail réel solidaire, 22 intermédiaires, 115 en accession abordable et 90 individuels en accession libre, complétés par des commerces de proximité et un parc urbain de 1,5 hectare, soit 30 % de la surface totale réservée aux espaces publics. Le bailleur social Famille & Provence, du groupe Habitat en Région, portera la partie sociale du programme. La viabilisation de la première tranche est aujourd’hui largement engagée : les premiers emménagements en accession individuelle sont attendus courant 2027, les livraisons de logements sociaux et intermédiaires courant 2028.
« Notre responsabilité consiste à coordonner la réalisation d’un quartier cohérent », a résumé Sylvain Vidal, directeur général d’Angelotti, associant les enjeux de mixité sociale à ceux, désormais incontournables pour tout aménageur, de sobriété environnementale.
Un déplacement qui prolonge le plan « Relance Logement »
À Apt, dans la matinée, Vincent Jeanbrun avait examiné les perspectives du quartier Saint-Michel dans la perspective d’un troisième programme national de renouvellement urbain (NPNRU 3), actuellement en préfiguration après deux vagues de rénovation urbaine pilotées par l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) depuis le milieu des années 2000. Le Vaucluse compte aujourd’hui 23 quartiers prioritaires répartis dans douze communes, concernant environ 70 000 habitants — un rappel que la politique du logement recouvre, au-delà de la seule production neuve, un enjeu de cohésion territoriale que l’exécutif entend également retraiter à l’occasion de ce futur programme.
Ce déplacement s’inscrit dans la continuité du projet de loi de « relance et de décentralisation du logement », adopté en première lecture par le Sénat début juillet et dont l’examen doit désormais se poursuivre à l’Assemblée nationale à la rentrée. Le texte fixe une ambition chiffrée — deux millions de logements produits d’ici 2030 — et repose sur quatre piliers revendiqués par le gouvernement : investir, simplifier les procédures d’urbanisme, engager un « choc de rénovation » du parc existant, et redonner des marges de manœuvre aux collectivités locales dans l’attribution du foncier constructible.
Une filière du bâtiment sous tension malgré une reprise de façade
Le contexte économique explique l’insistance de l’exécutif à multiplier les déplacements de terrain. Selon les derniers indicateurs de conjoncture de la Fédération française du bâtiment (FFB), le secteur a certes renoué avec une dynamique de mises en chantier sur les cinq premiers mois de 2026 — environ 307 000 logements commencés en rythme annuel, en hausse de 36,4 % sur un an, avec des autorisations de construire en progression de 10,5 % — mais cette embellie statistique masque une réalité industrielle plus fragile : l’emploi salarié du bâtiment a enregistré son treizième trimestre consécutif de repli fin mars 2026, avec près de 55 000 postes perdus depuis début 2023, et les coûts de production continuent de progresser, matériaux en tête.
C’est précisément cette tension entre la nécessité de reconstituer un appareil productif national — la filière du BTP demeure l’un des premiers employeurs industriels du pays, avec des emplois non délocalisables directement liés à la capacité du territoire à loger sa main-d’œuvre à proximité des bassins d’activité — et la fragilité persistante des entreprises du secteur que la loi Relance Logement est censée désamorcer. Le montage retenu à Pertuis, associant établissement public foncier, métropole, promoteur privé et bailleur social, est présenté par le ministère comme une préfiguration du type de partenariat que l’exécutif souhaite généraliser pour tenir l’objectif des deux millions de logements.
Reste à savoir si l’Assemblée nationale, où le texte devra composer avec un rapport de force plus incertain qu’au Sénat, confirmera cette ambition sans l’amputer des moyens budgétaires nécessaires à sa mise en œuvre — un point que l’ANRU elle-même avait mis en avant lors de l’adoption du dernier budget, tout en maintenant la pression sur le gouvernement pour le financement du futur troisième programme de renouvellement urbain.
