Le groupe suédois Saab a publié vendredi des résultats opérationnels au deuxième trimestre nettement supérieurs aux prévisions des analystes, portés par une demande soutenue en Europe et plusieurs contrats majeurs à l’international. La dynamique de réarmement du continent continue d’alimenter une croissance inédite pour l’industriel scandinave.
Un résultat opérationnel qui dépasse les attentes en défense
Le groupe suédois Saab a enregistré, au deuxième trimestre, un résultat d’exploitation de 2,79 milliards de couronnes suédoises, soit environ 252 millions d’euros, surpassant les 2,48 milliards anticipés par le consensus des analystes interrogés par LSEG. Ce chiffre représente une progression significative par rapport aux 1,98 milliard de couronnes enregistrés à la même période l’année précédente, soit une hausse d’environ 41 % en un an. Le chiffre d’affaires à périmètre constant a, quant à lui, progressé de près de 30 % en glissement annuel, illustrant l’ampleur de l’accélération industrielle à l’œuvre au sein du groupe. Micael Johansson, directeur général de Saab, a justifié cette performance par la diversité du portefeuille de produits du groupe et par l’expansion continue de ses capacités de production. L’entreprise, connue principalement pour son avion de chasse Gripen, opère en réalité sur un spectre industriel très large, couvrant les missiles, les systèmes électroniques militaires de haute technologie et les sous-marins. Cette diversification constitue un atout stratégique dans un contexte où les besoins des armées européennes s’étendent à l’ensemble du spectre capacitaire. Le groupe affirme maintenir le cap sur l’augmentation de ses volumes de production pour absorber une demande qui, selon ses propres projections, ne montre aucun signe de ralentissement.
Le réarmement européen, moteur structurel de la croissance en défense
La performance de Saab ne peut être dissociée du contexte géopolitique qui remodèle les budgets militaires à travers le continent depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. Les États européens ont massivement renforcé leurs dépenses de défense ces dernières années, créant un effet de demande durable pour les industriels du secteur. Saab bénéficie de cette dynamique depuis plusieurs exercices consécutifs, mais l’ampleur des contrats récemment conclus marque une nouvelle étape dans l’accélération de cette tendance. L’accord signé avec la Pologne pour la livraison de trois sous-marins de type A26 en constitue l’illustration la plus frappante : ce contrat, d’une valeur de 4,8 milliards de dollars, soit environ 4,2 milliards d’euros, représente l’un des engagements financiers les plus importants conclus par Varsovie dans le domaine de la défense sous-marine. La Pologne, confrontée directement à la menace russe sur son flanc oriental, figure parmi les nations de l’OTAN ayant le plus rapidement et le plus massivement accru leurs investissements militaires. Pour Saab, ce contrat ancre durablement sa présence sur le marché européen des capacités navales stratégiques, un segment hautement concurrentiel où les industriels français, allemands et britanniques s’affrontent également pour capter les commandes gouvernementales.
Gripen et GlobalEye : des programmes structurants à l’international
Au-delà du marché européen, le carnet de commandes de Saab se renforce également sur d’autres continents, avec des perspectives concrètes en Amérique du Sud et en Amérique du Nord. Le Brésil, qui dispose déjà d’une flotte de chasseurs Gripen, envisagerait d’acquérir vingt appareils supplémentaires, une commande qui consoliderait la position de Saab comme fournisseur exclusif de la chasse tactique brésilienne pour les décennies à venir. En parallèle, le groupe se retrouve en position de concurrent sérieux pour l’appel d’offres canadien portant sur le renouvellement de la flotte de chasse, un marché d’une envergure considérable qui mobilise l’attention des principaux avionneurs mondiaux. Le dossier ukrainien constitue, quant à lui, un signal fort de la réorientation stratégique du groupe : Saab se prépare à produire de nouveaux Gripen E destinés à Kiev, une décision aux implications aussi bien industrielles que diplomatiques. Par ailleurs, l’OTAN a exprimé son intention d’acquérir jusqu’à dix avions de surveillance GlobalEye, quelques semaines seulement après que le Canada a annoncé son propre intérêt pour ce système, dérivé d’une plateforme Bombardier. Le GlobalEye, conçu pour la surveillance aérienne à longue portée, répond à un besoin croissant des alliances militaires occidentales en matière de renseignement et de détection précoce.
Enjeux industriels pour les décideurs européens face à Saab
La trajectoire de Saab soulève des questions stratégiques pour les industriels de défense européens, au premier rang desquels les acteurs français. Alors que des groupes comme Dassault Aviation, Naval Group ou Thales se positionnent sur les mêmes marchés — chasse de combat, sous-marins, systèmes de surveillance —, la montée en puissance du groupe suédois illustre la compétition croissante qui s’exerce au sein même du périmètre européen pour capter les budgets de réarmement. Pour les décideurs économiques et les gouvernements, la question de la souveraineté industrielle de défense en Europe se pose avec une acuité renforcée : dans quelle mesure les commandes nationales et alliées doivent-elles privilégier les fournisseurs européens, et selon quelle géographie d’approvisionnement ? La dynamique de Saab démontre qu’une stratégie industrielle cohérente, articulée autour d’une gamme large et d’investissements constants dans les capacités de production, peut générer une croissance soutenue même dans un environnement de forte tension sur les chaînes d’approvisionnement. Pour les groupes français et leurs partenaires continentaux, l’exemple suédois constitue à la fois un indicateur de la vigueur du marché et un avertissement sur la nécessité d’accélérer leur propre montée en cadence industrielle.
