TotalEnergies de retour en Syrie pour l’exploration offshore en Méditerranée orientale

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TotalEnergies, aux côtés de QatarEnergy et ConocoPhillips, a signé le 12 mai 2026 un Memorandum of Understanding avec la Syrian Petroleum Company portant sur l’exploration du bloc offshore 3 au large de la Syrie en mer Méditerranée. Ce retour du groupe français en Syrie, quinze ans après la rupture imposée par les sanctions internationales, illustre le repositionnement géoéconomique accéléré du pays depuis la chute du régime Assad en décembre 2024 et la levée progressive des sanctions occidentales.

Un MoU d’exploration offshore dans le bassin levantin, au large de Lattaquié

Le bloc offshore 3, objet du MoU signé avec la Syrian Petroleum Company (SPC), se situe dans le bassin levantin, en mer Méditerranée orientale, au large de la ville de Lattaquié. Il couvre des profondeurs d’eau allant de 100 à 1 700 mètres, un profil typique des gisements offshore à potentiel gazier significatif identifiés dans cette zone depuis une décennie. L’accord prévoit une évaluation technique conjointe de la zone par les trois partenaires — TotalEnergies, QatarEnergy et ConocoPhillips — et établit un cadre pour les discussions techniques et commerciales relatives aux activités d’exploration. À ce stade, il ne s’agit pas encore d’un contrat d’exploration-production mais d’une première étape contractuelle, courante dans l’industrie, qui précède l’engagement financier ferme. La composition du consortium est elle-même significative : un major français, un national qatari et un major américain — trois logiques géopolitiques complémentaires sur un terrain disputé.

Le retour de TotalEnergies en Syrie, quinze ans après la rupture de 2011

TotalEnergies était présent en Syrie de 1988 à 2011, date à laquelle les sanctions internationales imposées au régime Assad avaient mis fin à ses activités dans le pays. Le retour du groupe en 2026 est rendu possible par la levée progressive des sanctions européennes et américaines qui a suivi la chute d’Assad en décembre 2024. L’Union européenne et le Royaume-Uni ont levé leurs sanctions dès mai 2025, suivis par les États-Unis lors de la rencontre entre Donald Trump et le président syrien Ahmad al-Charaa en Arabie saoudite. Ce contexte a ouvert une fenêtre d’opportunité pour les majors pétroliers internationaux. Le gouvernement syrien a repris en janvier 2026 le contrôle de la majeure partie de ses ressources pétrolières et gazières, notamment les champs du nord-est jusqu’alors contrôlés par les Forces démocratiques syriennes. La production nationale, effondrée à environ 80 000 barils par jour avant la chute du régime — contre 380 000 barils par jour avant 2011 —, nécessite des investissements massifs pour être relancée.

La Méditerranée orientale, nouveau front de l’exploration offshore de TotalEnergies

Ce MoU sur le bloc 3 syrien s’inscrit dans une stratégie d’expansion cohérente de TotalEnergies en Méditerranée orientale. Le groupe avait déjà officialisé en janvier 2026 son entrée dans le permis d’exploration offshore du bloc 8 libanais, confirmant un positionnement de plus en plus structuré dans ce bassin à fort potentiel gazier. La région concentre plusieurs gisements déjà prouvés — dont le champ gazier de Léviathan en Israël — et reste sous-explorée sur ses marges syriennes et libanaises. Pour TotalEnergies, diversifier son portefeuille d’exploration dans cette zone présente un double intérêt : accéder à des ressources gazières potentiellement exportables vers l’Europe, et consolider une présence géopolitique sur un arc méditerranéen où les intérêts énergétiques et stratégiques français se superposent.

Une compétition géoéconomique sur les hydrocarbures syriens entre Occident, Russie et Golfe

L’arrivée du trio TotalEnergies-QatarEnergy-ConocoPhillips ne se fait pas dans un vide concurrentiel. La Russie reste un acteur historique du secteur pétrolier syrien via des coentreprises héritées de la période Assad, et demeurait en janvier 2026 le principal fournisseur de brut à la Syrie avec environ 115 000 barils par jour exportés. La Chine maintient également une présence industrielle dans le pays. Face à cette concurrence, l’intégration de la Syrie dans une architecture énergétique partiellement occidentalisée sert les intérêts de Washington — réduire l’influence russe et chinoise — autant que ceux des acteurs du Golfe, qui cherchent à sécuriser leur influence levantine. La participation de QatarEnergy à ce consortium illustre précisément cette logique : Doha combine sa puissance financière à l’expertise technique de ses partenaires pour s’ancrer dans un marché en reconstruction à fort potentiel de valorisation à long terme.

La souveraineté énergétique syrienne, condition de la reconstruction économique

Pour la Syrie post-Assad, l’enjeu dépasse la seule dimension commerciale. Avant 2011, les hydrocarbures représentaient près d’un quart des recettes budgétaires du pays. La relance de la production pétrolière et gazière est donc une condition structurelle de la reconstruction de l’État syrien — financer les services publics, alimenter le réseau électrique, soutenir la monnaie nationale et restaurer un contrat social fracturé par quatorze années de guerre. Les nouvelles autorités syriennes pratiquent une posture délibérément multipolariste : attirer les capitaux et technologies occidentales sans rompre avec leurs partenaires historiques russes, tout en laissant une place aux acteurs du Golfe. Comme en Namibie où TotalEnergies structure une présence de long terme dans un pays à fort potentiel, le groupe française mise sur une relation nouée tôt, avant que le marché ne soit saturé de concurrents, pour s’assurer une position d’opérateur privilégié dans un pays dont les ressources offshore restent très largement inexploitées.

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