Mycoprotéine : Maash lève 12,15 millions d’euros et fait renaître l’ancien site MetEx de Carling

Site industriel de Maash en Moselle
Site industriel de Maash en Moselle - crédits photo : Maash

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Une friche industrielle mosellane retrouve un avenir. La start-up Maash, spécialisée dans la production de protéines fongiques par fermentation, a annoncé le 24 août 2026 avoir bouclé un financement de 12,15 millions d’euros pour accélérer le développement de son usine de Carling-Saint-Avold (Moselle), installée sur l’ancien site de Metabolic Explorer (MetEx), tombé en liquidation il y a deux ans. L’opération, structurée avec un soutien massif de Bpifrance, illustre la manière dont l’argent public et privé français est mobilisé pour reconstruire, sur les décombres d’un échec industriel, une filière jugée stratégique : celle des protéines alternatives.

Un tour de table hybride, entre capital et argent public

Le financement se décompose en trois blocs. D’abord, une levée en fonds propres de 5,85 millions d’euros, souscrite par cinq nouveaux investisseurs : le fonds Ambra Capital, InvestPro, la structure d’investissement industriel Bpifrance Amorçage Industriel, ainsi que deux poids lourds de l’agro-industrie sucrière, le français Tereos et l’allemand Nordzucker. Ensuite, une subvention de 4,3 millions d’euros au titre du dispositif « Première Usine » de Bpifrance, conçu pour financer le passage des jeunes pousses industrielles du laboratoire à l’échelle de production. Enfin, un prêt d’amorçage de 2 millions d’euros adossé au programme France 2030, via le mécanisme Amorçage Investissement.

Cette architecture de financement est révélatrice d’une doctrine désormais bien installée à Bpifrance : plutôt que de laisser le capital-risque seul porter le risque industriel des technologies de rupture, l’État cofinance directement l’outil de production, en particulier lorsqu’il s’agit de réindustrialiser un site déjà équipé. La présence à la table de Tereos, coopérative sucrière tricolore et acteur historique de la chimie du végétal, ajoute une dimension de filière : elle ouvre la voie à des synergies entre betterave, sucre et fermentation industrielle, un savoir-faire que la France maîtrise de longue date.

Un site relevé après la faillite de MetEx

L’histoire du site de Carling-Saint-Avold est celle d’un rebond industriel guetté de près par les pouvoirs publics locaux. Racheté par Metabolic Explorer pour y produire de la lysine par fermentation, l’établissement avait basculé en redressement puis en liquidation judiciaire en 2023, entraînant la perte d’emplois dans un bassin mosellan déjà fragilisé par les fermetures successives dans la chimie et la sidérurgie. La reprise par Maash, jeune pousse belge fondée par Gaspard Gilbert et Frédéric Van Gansberghe, avait été validée en 2024, avec l’ambition de convertir les cuves de fermentation industrielle à un nouvel usage : la production de mycoprotéine.

Le produit phare de l’entreprise, commercialisé sous la marque LoCylia™, est un ingrédient protéique issu de la fermentation fongique, riche en protéines et en fibres, destiné aux industriels de l’agroalimentaire en quête d’alternatives aux protéines animales et végétales importées. Une unité de démonstration de 12 m³ tourne déjà sur le site ; l’ambition affichée par Maash est de porter la capacité à 10 000 tonnes annuelles à l’échelle industrielle, ce qui en ferait l’un des sites de référence en Europe sur ce segment.

Une gouvernance renforcée pour passer à l’échelle

Le tour de table s’accompagne d’un changement de gouvernance. Samah Garringer, forte de plus de vingt-cinq ans d’expérience dans l’agroalimentaire et les ingrédients, notamment chez Enough Foods, prendra la direction générale de Maash en septembre 2026. Gaspard Gilbert, cofondateur et jusqu’ici directeur général, devient directeur commercial et assure l’intérim de la direction financière, tandis que Frédéric Van Gansberghe prend la présidence du conseil d’administration. « Cette signature marque une nouvelle étape », résume Bpifrance dans son communiqué, sans toutefois préciser d’objectif chiffré d’emplois créés à ce stade.

Un test pour la filière française des protéines alternatives

Au-delà du cas Maash, cette opération s’inscrit dans un mouvement plus large de relocalisation de la chaîne de valeur des protéines alternatives en France, un secteur où l’Hexagone dispute à l’Allemagne et aux Pays-Bas le leadership européen. La filière peine encore à convaincre à grande échelle, freinée par des coûts de production supérieurs à ceux des protéines conventionnelles et par une acceptabilité grand public encore incertaine. Le pari de Maash — miser sur la compétitivité-coûts et l’intégration à des débouchés B2B plutôt que sur la vente directe au consommateur — est aussi un pari sur la capacité de la France à transformer un site industriel sinistré en pôle d’excellence, sans dépendre des géants nord-américains ou asiatiques de la protéine fermentée. Pour Bpifrance, dont l’engagement financier constitue près de la moitié du tour de table, l’enjeu dépasse le seul dossier Maash : il s’agit de démontrer que l’argent public peut transformer une friche industrielle en avant-poste d’une filière naissante, plutôt que de la voir démantelée ou reprise par des capitaux étrangers.

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