Entre stratégie d’attractivité, transition écologique et horizon olympique, les Alpes du Sud se présentent comme un territoire pilote de la mutation touristique française. Les documents stratégiques de la Région et du Comité régional de tourisme en témoignent : c’est ici que se joue l’une des principales batailles économiques de la prochaine décennie, celle d’un tourisme plus durable, mieux équilibré et pensé pour ses habitants comme pour ses visiteurs.
Au moment où s’ouvre la saison 2025-2026, la dynamique est forte. Les stations phares – de Montgenèvre à Serre Chevalier, d’Auron aux Orres – rouvrent progressivement leurs domaines, portées par une fréquentation qui a retrouvé un haut niveau et par des investissements massifs. Le territoire affiche une ambition claire : s’imposer comme la vitrine d’un tourisme de montagne réinventé, capable d’articuler performance économique, sobriété environnementale et souveraineté territoriale. Comme le résume François de Canson, « nous devons continuer de chasser en meute pour valoriser nos territoires d’exception », une formule devenue un marqueur de la stratégie régionale.
Un poids économique stratégique pour la région
Les chiffres fournis par la Région sont éloquents. Les Alpes du Sud, avec leurs 62 stations et leurs 15 grands domaines, représentent le deuxième domaine skiable du pays. La montagne sud-alpine pèse désormais 2 milliards d’euros de retombées directes et 27 millions de nuitées, un ancrage puissant dans l’économie régionale. À l’heure où certaines destinations historiques perdent des parts de marché, le territoire affiche une progression continue, notamment grâce à la fidélité d’une clientèle française et intra-régionale qui représente plus de la moitié des visiteurs. « Nous essayer, c’est nous adopter », glisse François de Canson, rappelant la fidélité exceptionnelle des publics.
Ces résultats doivent beaucoup à une politique d’investissement assumée : modernisation des remontées, montée en gamme de l’hébergement, développement d’espaces sportifs et innovants comme le tapis incliné des Orres 1650, ou encore création de nouvelles solutions de mobilité douce. Les stations ont compris l’enjeu majeur : la différenciation par la qualité et par l’expérience. Dans plusieurs domaines, de Montgenèvre à Valberg, l’innovation se conjugue au patrimoine, et la dimension culturelle rejoint la dimension sportive pour créer une attractivité plus large, moins saisonnière.
Jeux olympiques 2030 : accélérateur territorial et enjeu de souveraineté
La Région l’affirme : l’accueil des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2030 n’est pas une parenthèse médiatique mais une trajectoire. L’héritage est au cœur du projet. Les investissements prévus – 522 millions d’euros pour moderniser la ligne Marseille–Briançon, sécuriser les routes alpines et fluidifier les accès – traduisent un basculement stratégique. Pour la première fois depuis plusieurs décennies, la montagne sud-alpine bénéficie d’un programme d’infrastructures pensé pour durer, avec un impact direct sur les habitants.
Cette “révolution ferroviaire” est une réponse structurante à la dépendance automobile des vallées alpines. Elle permet aussi de repositionner la montagne française dans le champ de la concurrence touristique internationale. Car derrière l’événement sportif se joue un enjeu de souveraineté : la capacité de la France à maîtriser ses flux, à garantir une accessibilité décarbonée et à rester une destination majeure dans un contexte mondial où la part de marché des pays historiques s’effrite. « Les Jeux ne sont pas faits pour deux semaines de lumière, mais pour plusieurs décennies de transformation », insiste de Canson.
Le défi est technique, financier mais aussi technologique. Le rôle croissant de l’intelligence artificielle dans les parcours touristiques est identifié comme un tournant stratégique. « L’IA n’est plus un outil de communication, elle devient la matrice du parcours touristique », avertit-il, appelant à un repositionnement rapide des acteurs régionaux.
Un modèle plus durable, entre sobriété et attractivité maîtrisée
Le discours régional insiste sur une ligne directrice forte : accueillir mieux plutôt qu’accueillir plus. Dans les vallées alpines, cette orientation se traduit par la montée en puissance des mobilités bas carbone, par le développement de pass intermodaux comme le Pass Journée ZOU!, ou encore par le renforcement d’une offre touristique quatre saisons, moins dépendante de l’enneigement.
Ce repositionnement s’observe aussi dans les stations elles-mêmes. À Serre Chevalier, la production locale d’énergie via le mix micro-éolien, photovoltaïque et hydroélectricité fait figure de pionnière. À Valberg, la création d’un observatoire doté du plus grand planétarium du Sud-Est affirme une autre manière de valoriser la montagne, davantage tournée vers la connaissance et l’expérience immersive. Dans l’Ubaye, les rénovations d’hôtels et le développement de pratiques alternatives – biathlon, ski de randonnée, raquettes – élargissent la clientèle tout en réduisant la pression sur les domaines alpins.
La tendance est nette : la montagne sud-alpine mise sur la qualité, la sobriété et la montée en gamme raisonnée. C’est cette combinaison qui doit permettre de préserver un territoire fragile tout en consolidant une économie structurante.
Un collectif soudé autour d’une marque territoire
Depuis 2018, la marque « Alpes du Sud » fonctionne comme un outil stratégique. Elle fédère les acteurs des Hautes-Alpes, des Alpes-de-Haute-Provence et des Alpes-Maritimes autour d’une stratégie commune, alignée sur les enjeux climatiques, touristiques et économiques. Cette logique collective est saluée comme un facteur différenciant face à d’autres massifs français encore marqués par la fragmentation institutionnelle.
En 2026, près d’un million d’euros seront consacrés à la promotion du massif. « La promotion de nos montagnes ne peut être qu’une bataille collective, cohérente et ambitieuse », rappelle François de Canson.
Les premiers résultats sont encourageants : hausse du taux d’occupation, dynamique positive sur les vacances d’hiver, amélioration nette des réservations, et une visibilité renforcée sur les marchés internationaux.
Une montagne qui assume son ambition
Les Alpes du Sud apparaissent ainsi comme un territoire qui se transforme vite, sans renier son identité. À travers son plan d’actions, la Région revendique une ligne claire : « nous ne voulons pas accueillir toujours plus, nous voulons accueillir mieux ». Une ambition qui trace le chemin d’un tourisme durable, choisi, équilibré.
Entre transition écologique, mutation technologique et renouveau des mobilités, les Alpes du Sud s’imposent aujourd’hui comme un laboratoire grandeur nature des politiques touristiques régionales. Une montagne qui ne subit pas le futur : elle le fabrique.
