Le gouvernement français relance fortement sa stratégie en matière d’énergies renouvelables, en particulier sur l’éolien en mer. Après avoir réaffirmé son soutien au nucléaire, l’exécutif entend désormais structurer une montée en puissance industrielle autour de l’électricité bas carbone.
Au cœur de cette stratégie : une nouvelle série d’appels d’offres d’une ampleur inédite, visant à repositionner la France dans la compétition européenne.
Dix nouveaux parcs pour 10 gigawatts : un changement d’échelle
L’État prévoit de mettre en concurrence dix parcs éoliens offshore, représentant une capacité totale de 10 gigawatts (GW). Il s’agit d’un volume particulièrement important au regard du parc actuel, qui ne compte encore que 2 GW en service et environ 5,6 GW en développement.
Ces nouveaux projets seront répartis sur plusieurs façades maritimes :
- trois au large de la Normandie,
- deux en Bretagne,
- quatre en Méditerranée,
- un au large de l’île d’Oléron.
Le calendrier vise une désignation des premiers lauréats dès fin 2026 ou début 2027, marquant une volonté d’accélération dans un secteur longtemps freiné par les délais administratifs et les incertitudes réglementaires.
Une logique industrielle européenne assumée
Au-delà de la production d’électricité, ces appels d’offres s’inscrivent dans une stratégie industrielle plus large. Pour la première fois, les critères incluront des exigences liées à la résilience des chaînes d’approvisionnement et aux retombées économiques sur le territoire européen.
Cette orientation s’aligne avec le règlement européen visant à développer une industrie « zéro net », et traduit une volonté de réduire la dépendance aux importations, notamment asiatiques, dans la filière énergétique.
Aujourd’hui, l’éolien en mer représente déjà environ 5 000 emplois industriels en France, concentrés notamment autour de grands pôles portuaires et industriels. La nouvelle vague de projets pourrait générer jusqu’à 3 500 emplois supplémentaires, notamment dans la construction, l’assemblage et les infrastructures portuaires.
Le pari du flottant, encore incertain
La répartition des futurs projets illustre une stratégie duale :
- 50 % en éolien posé, technologie mature et déjà déployée,
- 50 % en éolien flottant, encore en phase de développement.
Ce choix traduit une volonté d’anticiper les marchés futurs, notamment en Méditerranée, où les profondeurs rendent le flottant indispensable. Mais il comporte aussi un risque technologique et financier, la filière étant encore loin de sa maturité industrielle.
Sur le plan économique, l’État vise un prix moyen inférieur à 100 €/MWh, dans un contexte marqué par l’inflation des coûts. À titre de comparaison, certains projets récents ont déjà affiché des niveaux nettement plus compétitifs, signe d’une baisse progressive des coûts à long terme.
Une transition énergétique encore sous contrainte
Cette relance intervient dans un contexte paradoxal. D’un côté, la France affiche des ambitions fortes en matière d’électricité bas carbone. De l’autre, la dynamique reste contrainte par une demande électrique qui progresse peu, limitant le rythme de déploiement.
Ainsi, les volumes prévus pour 2026 sont en recul sur d’autres segments :
- le solaire devrait représenter 2,9 GW attribués, contre 6,6 GW l’année précédente,
- l’éolien terrestre tomberait à 0,8 GW, contre près de 1,9 GW auparavant.
Cette situation met en lumière un enjeu clé : l’électrification de l’économie. Sans accélération de la demande (mobilité électrique, industrie, chauffage), le développement des capacités de production pourrait se heurter à des limites structurelles.
Une stratégie énergétique entre nucléaire et renouvelables
La feuille de route énergétique française repose désormais sur un double pilier :
- relance du nucléaire avec plusieurs nouveaux réacteurs,
- montée en puissance des énergies renouvelables.
L’objectif est clair : réduire la part des énergies fossiles dans la consommation finale, aujourd’hui dominante, et renforcer la souveraineté énergétique du pays.
Reste toutefois une inconnue majeure : la capacité du gouvernement à coordonner production et usages. Sans un plan structuré pour stimuler la consommation d’électricité bas carbone, le risque est de voir les investissements ralentir ou perdre en efficacité.

