Le paysage du médicament générique en France s’apprête à changer de mains. L’État a donné son feu vert à la cession de Biogaran, principal acteur du secteur dans l’Hexagone, à un fonds d’investissement basé à Londres. Une opération sensible, politiquement et industriellement, que les pouvoirs publics ont choisi d’encadrer étroitement.
Créée en 1996, Biogaran s’est imposée au fil des années comme un pilier du médicament générique, représentant près d’un tiers des ventes sur ce segment en France. Jusqu’ici détenue par le groupe Servier, l’entreprise va désormais passer sous le contrôle du fonds BC Partners, à l’issue d’un processus de validation réglementaire mené à l’échelle nationale et européenne.
Une cession sous surveillance renforcée de l’État
Compte tenu du caractère stratégique de Biogaran pour l’approvisionnement en médicaments, la transaction a été examinée dans le cadre du contrôle des investissements étrangers en France. Les autorités ont assorti leur accord de conditions strictes, visant à préserver la souveraineté sanitaire du pays.
L’État a notamment acté son entrée au capital de l’entreprise, à hauteur de 15 %, via Bpifrance, afin de garantir un ancrage national durable. Le maintien du siège social en France, la continuité des activités industrielles et la préservation de l’emploi figurent parmi les engagements pris par le nouvel actionnaire.
Aujourd’hui, la quasi-totalité des médicaments commercialisés par Biogaran est produite en Europe, dont près de la moitié sur le sol français, via un réseau de sous-traitants industriels. Un modèle que les pouvoirs publics entendent voir perdurer.
Un dossier politiquement inflammable
La vente de Biogaran n’a jamais été un sujet neutre. Dès l’annonce initiale du projet de cession, le dossier avait suscité de fortes oppositions dans le débat public, plusieurs responsables politiques dénonçant le risque d’une perte de contrôle sur un acteur clé du médicament générique.
À l’époque, plusieurs candidats étrangers s’étaient positionnés, avant que le processus ne soit temporairement suspendu. Ce n’est qu’à l’été 2025 que les discussions ont repris de manière formelle, débouchant sur une négociation exclusive avec BC Partners.
L’opération a depuis franchi l’ensemble des étapes réglementaires nécessaires, tant au niveau de la Commission européenne que des instances françaises, ouvrant la voie à une finalisation prochaine de la transaction.
Un enjeu industriel et sanitaire durable
Si le montant précis de la cession n’a pas été rendu public, les estimations évoquent une valorisation comprise entre 800 millions et 1 milliard d’euros. Au-delà des chiffres, l’enjeu principal reste la capacité de Biogaran à maintenir la disponibilité de médicaments essentiels sur le territoire, dans un contexte de tensions récurrentes sur les chaînes d’approvisionnement pharmaceutiques.
Pour le gouvernement, cette opération illustre une ligne de crête : accepter l’ouverture du capital à des acteurs internationaux, tout en conservant des leviers de contrôle sur des entreprises jugées stratégiques. Un équilibre délicat, appelé à se répéter dans d’autres secteurs sensibles de l’économie française.
