Le compte rendu de la réunion de politique monétaire des 9 et 10 septembre, publié jeudi 8 octobre, détaille les débats du Conseil des gouverneurs de la BCE avant la première hausse des taux directeurs de ce cycle. Lecture des coulisses.
Jeudi 8 octobre, la Banque de France a relayé la publication du compte rendu de la réunion de politique monétaire du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), tenue à Berlin les 9 et 10 septembre. Le document éclaire les arguments qui ont conduit l’institution de Francfort à relever ses trois taux directeurs de 25 points de base, avec effet le 16 septembre.
Un taux de dépôt porté de 2,25 % à 2,50 %
Le 10 septembre, le Conseil des gouverneurs avait annoncé la décision dans un communiqué : « Le Conseil des gouverneurs a décidé, ce jour, d’augmenter les trois taux d’intérêt directeurs de la BCE de 25 points de base. » Le taux de la facilité de dépôt passe ainsi à 2,50 %, celui des opérations principales de refinancement à 2,65 % et celui de la facilité de prêt marginal à 2,90 %.
Le compte rendu précise que Philip Lane, chef économiste de la BCE, a proposé cette hausse. Selon le document (traduit de l’anglais), relever le taux de dépôt de 2,25 % à 2,50 % « constituait une décision robuste dans un large éventail de scénarios ».
Les marchés, eux, n’avaient plus de doute : la section consacrée aux évolutions financières indique qu’ils anticipaient pleinement un relèvement à cette réunion, ainsi qu’un taux terminal supérieur à 3 %, une première depuis le début de ce cycle de resserrement. Les opérateurs misaient sur environ 84 points de base de hausses d’ici fin 2027, contre 64 points en juillet.
Gaz, Moyen-Orient et inflation à 3,3 % en août
Le moteur de cette décision tient en grande partie à l’énergie. Le communiqué du 10 septembre l’affirmait : « Le conflit au Moyen-Orient continue de générer des tensions sur l’inflation ». Le compte rendu note que ce conflit est devenu plus persistant et que les pressions sur les prix de l’énergie pourraient durer. Les prix du gaz naturel avaient « fortement augmenté ces dernières semaines » et des inquiétudes s’étaient exprimées sur le faible niveau des stocks, rapporte le document (traduit de l’anglais). La Banque de France ajoute que le gaz a atteint son plus haut niveau depuis début 2023.
L’inflation totale de la zone euro est ressortie à 3,3 % en août, avec une énergie en hausse de 14,3 %. Les projections des équipes de la BCE tablent sur une inflation moyenne de 3,0 % en 2026, de 2,5 % en 2027 et de 2,1 % en 2028, l’inflation sous-jacente restant supérieure à 2 % sur tout l’horizon.
Tous les membres ne voyaient toutefois pas l’épisode sous le même angle. Certains ont fait valoir que le choc énergétique pourrait être moins durable, car largement lié à des décisions politiques. D’autres ont rappelé que la moindre intensité gazière de l’économie et la montée des renouvelables devraient limiter les dégâts par rapport à 2022.
Services à 3,0 %, salaires compatibles avec la cible
Le compte rendu relève aussi des signaux plus rassurants. L’inflation sous-jacente a connu en août une légère surprise à la baisse, et celle des services est retombée de 3,3 % en juillet à 3,0 % en août. Les perspectives de salaires nominaux paraissaient cohérentes avec la cible d’inflation, dans un contexte de faible chômage.
Du côté des anticipations, les attentes de long terme restaient proches de 2 %, mais celles à court terme étaient élevées : les ménages anticipaient 2,5 % à cinq ans en août.
Sur la croissance, l’activité s’est montrée résiliente au deuxième trimestre. Les prévisions pour 2026 et 2027 ont été relevées à 0,9 % et 1,4 %. Les membres jugeaient néanmoins les risques orientés à la baisse pour l’activité et à la hausse pour l’inflation. Ils étaient largement d’accord pour juger que les perspectives d’inflation s’étaient détériorées, en citant le conflit au Moyen-Orient et la guerre russe en Ukraine. Le scénario défavorable leur paraissait plus probable que le scénario central.
Meeting par meeting, sans trajectoire annoncée
Sur la suite, la BCE se refuse à tout engagement. Le communiqué du 10 septembre le dit sans détour : « Le Conseil des gouverneurs ne s’engage pas à l’avance sur une trajectoire de taux particulière. » Le compte rendu confirme cette ligne : conserver une approche dépendante des données, réunion après réunion, sans engagement préalable sur une trajectoire.
Le document revient également sur les tensions de marché. Les rendements longs mondiaux ont augmenté, tirés par les États-Unis, où l’émission massive de dette et les inquiétudes budgétaires pèsent sur les primes de terme. La Banque de France précise que les chocs américains de prime de terme expliquent désormais environ 20 % des variations en zone euro, contre l’essentiel auparavant. Les écarts de rendement des dettes souveraines sont restés stables, les marchés continuant de distinguer les émetteurs.
Autre point d’attention : les inquiétudes montantes sur la dette du secteur de l’intelligence artificielle, en grande partie hors bilan. Les marchés obligataires de la zone euro ont absorbé l’émission accrue des hyperscalers sans dégradation notable des conditions de financement des autres émetteurs.
La prochaine réunion de politique monétaire se tiendra les 28 et 29 octobre à Francfort, avec conférence de presse le 29, avant celle des 16 et 17 décembre.
