Après l’échec du SCAF, la France se tourne vers la Suède pour son futur avion de combat

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À la veille d’une visite d’État d’Emmanuel Macron à Stockholm, prévue le 31 août, Paris multiplie les signaux d’ouverture envers son partenaire suédois : coopération possible sur un chasseur de nouvelle génération, proposition d’exportation du missile de croisière naval MdCN. Une double manœuvre qui illustre la recomposition, en cours, de l’industrie européenne de défense.

Le SCAF dans l’impasse, Stockholm en embuscade

Le programme SCAF (Système de combat aérien du futur), porté depuis 2017 par la France, l’Allemagne et l’Espagne, s’est enlisé au printemps 2026 sur fond de désaccords industriels persistants entre Dassault Aviation et ses partenaires allemands, notamment autour du partage de la maîtrise d’œuvre. Sans attendre un hypothétique déblocage, Paris explore désormais une voie alternative du côté scandinave.

Selon les informations rapportées le 29 août par Zone Militaire (opex360.com) et Meta-Defense, un responsable de l’Élysée a confirmé, le 28 août, que la France se dit « ouverte » à une coopération avec la Suède pour développer un avion de combat de nouvelle génération, appelé à succéder au Gripen suédois et, potentiellement, au Rafale français. « Nous recherchons tous les deux des avions assez similaires, de taille assez réduite », a précisé cette source, tout en reconnaissant une divergence de fond : la France a besoin d’un appareil biréacteur, apte au catapultage depuis porte-avions et capable de mission nucléaire, quand la Suède privilégie un monoréacteur léger, dans la continuité opérationnelle du Gripen.

L’argument français mis en avant pour surmonter cette divergence est industriel : la motorisation. « Nous disposons d’une capacité de production de moteurs d’avions que la Suède n’a pas », a fait valoir l’Élysée, une allusion directe à Safran, alors que le Gripen actuel est propulsé par un réacteur américain General Electric F404. Fournir la propulsion d’un futur appareil suédois reviendrait, pour la filière française, à s’assurer une position stratégique sur un programme dont Saab garderait la maîtrise d’ouvrage — une répartition des rôles que Paris présente comme plus respectueuse de l’autonomie industrielle de son partenaire que les schémas concurrents.

Car la concurrence est vive : Berlin et Londres courtisent également Stockholm, respectivement autour du programme britannique GCAP et de schémas de coopération avec Airbus. Le constructeur suédois Saab mène actuellement des études conceptuelles sous l’intitulé « Konceptprogram Framtida Stridsflygsystem », avec une échéance de décision fixée à septembre 2027 et un objectif d’entrée en service autour de 2045.

Un missile naval français en approche

Second dossier mis sur la table à l’approche du déplacement présidentiel : l’exportation du MdCN (missile de croisière naval), développé par MBDA. Toujours selon Zone Militaire, la France a proposé ce système à la marine suédoise — une opération qui constituerait la toute première exportation de ce missile, jusqu’ici réservé aux forces françaises, alors que l’équivalent américain, le Tomahawk, équipe déjà plusieurs marines européennes.

Cette proposition s’inscrit dans le prolongement du contrat conclu fin août par Naval Group : la Suède a commandé quatre frégates de défense et d’intervention (FDI, classe Ronarc’h), pour un montant de 4,3 milliards d’euros — le plus important investissement militaire suédois depuis un demi-siècle selon plusieurs médias suédois, et qui doit être formellement scellé lors de la visite de Macron à Stockholm le 31 août. Les FDI suédoises sont actuellement configurées avec des lanceurs verticaux Sylver A50 ; l’intégration du MdCN nécessiterait de passer à la version A70, plus longue. Selon le chef d’état-major suédois, cette capacité de frappe dans la profondeur permettrait aux forces suédoises de « frapper ses infrastructures et ses zones de rassemblement » — une allusion à la posture de dissuasion face à la Russie dans la Baltique. La démarche s’inscrit également dans l’initiative européenne ELSA (European Long Strike Approach), qui réunit autour de capacités de frappe longue portée la France, l’Italie, la Pologne, le Royaume-Uni et l’Allemagne.

Une diversification stratégique pour la BITD française

Pour l’industrie française de défense, ce double mouvement dépasse le seul cas suédois. Après le blocage du SCAF, disposer d’une option de coopération alternative constitue un signal de résilience pour Dassault Aviation et Safran, tout en ouvrant à MBDA un marché d’exportation inédit pour son missile naval le plus avancé. Cette diversification des partenariats européens, conjuguée à la confirmation du contrat naval avec Naval Group, illustre la stratégie française consistant à consolider sa base industrielle et technologique de défense (BITD) par l’exportation, plutôt que par la seule dépendance à des programmes multilatéraux fragiles. Reste à savoir si les annonces attendues à Stockholm le 31 août se traduiront par des engagements fermes, ou resteront, comme le programme suédois lui-même, au milieu du gué jusqu’en 2027.

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