La ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants, Alice Rufo, s’est rendue au Danemark et en Suède les 26 et 27 février 2026. Un déplacement stratégique, marqué par un renforcement des coopérations militaires, industrielles et politiques entre Paris, Copenhague et Stockholm, sur fond de guerre en Ukraine et de montée en puissance du pilier européen de l’OTAN.
Une présence française affirmée en mer Baltique et en Arctique
Lors de ce déplacement, Alice Rufo est allée à la rencontre des équipages français du Groupe aéronaval (GAN), engagés en Baltique, en mer du Nord et en Atlantique Nord. Cette présence navale vise à sécuriser des espaces maritimes devenus hautement stratégiques depuis le début du conflit en Ukraine.
La ministre a notamment visité une frégate multi-missions (FREMM) en escale à Copenhague, avant de se rendre à Malmö, en Suède, à bord du porte-avions Charles de Gaulle, qui y faisait escale pour la première fois. À cette occasion, elle a accueilli le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, ainsi que la délégation suédoise conduite par le Premier ministre Ulf Kristersson.
Au-delà de la façade baltique, l’Arctique s’impose désormais comme un théâtre central de la stratégie française. Depuis juin 2025, la France y déploie une stratégie de défense dédiée. Elle participe notamment à l’exercice Arctic Endurance, à l’opération Arctic Sentry et aux Forward Land Forces en Finlande, sous commandement suédois. En miroir, le Danemark avait apporté par le passé un soutien précieux aux forces françaises au Sahel, illustrant une solidarité stratégique croisée entre Nord et Sud de l’Europe.
Des choix industriels en faveur de l’autonomie stratégique européenne
Le déplacement d’Alice Rufo intervient dans un contexte de décisions industrielles majeures en faveur de l’autonomie stratégique européenne.
Le Danemark a confirmé l’acquisition de systèmes de défense aérienne VL-MICA et SAMP/T-NG. De son côté, la France a notifié l’achat d’avions radar suédois GlobalEye, préférant cette solution européenne à l’alternative américaine E-7 Wedgetail. Ces choix traduisent une volonté commune de consolider une base industrielle et technologique de défense européenne, à rebours d’une dépendance accrue aux équipements extra-européens.
Dans le domaine naval, la dynamique se poursuit : la Suède et le Danemark examinent actuellement l’offre française de Frégates de défense et d’intervention (FDI) pour moderniser leurs marines. Si ces discussions aboutissent, elles renforceraient encore l’intégration industrielle et capacitaire entre les trois pays.
Soutien à l’Ukraine et consolidation du pilier européen de l’OTAN
Au-delà des coopérations bilatérales, la visite a également permis d’évoquer l’avenir de l’architecture de sécurité européenne et le soutien à l’Ukraine, que la France qualifie d’indéfectible.
Paris, Copenhague et Stockholm entendent jouer un rôle moteur dans le soutien européen à Kiev. Cette dynamique s’inscrit dans un cadre plus large, récemment marqué par la mise en place d’un emprunt européen de 90 milliards d’euros destiné à renforcer l’effort collectif.
La France et la Suède coopèrent également au sein de l’initiative ELSA pour développer des capacités de feux dans la profondeur. Cette collaboration s’est concrétisée le 12 février 2026 par la signature d’un accord portant sur le développement de munitions téléopérées avec d’autres partenaires européens.
Ce déplacement nordique confirme ainsi l’ancrage croissant de la France dans la sécurité du flanc nord de l’Europe. Entre projection navale, coopération industrielle et coordination politique, Paris consolide un axe stratégique avec les pays scandinaves, dans une Europe appelée à prendre davantage en main sa propre défense.
