Avec Mensonge d’État – Imposture écologique, Henri Wallard signe une charge sévère contre la conduite des politiques environnementales françaises. Ancien haut fonctionnaire, notamment passé par l’Andra, il ne parle pas en militant extérieur mais en homme du système. C’est ce qui donne à son enquête un relief particulier : la critique vient de l’intérieur.
Son propos est clair : la transition écologique en France ne souffrirait pas d’un manque d’intentions, mais d’une dérive technocratique et d’une gestion erratique.
Une transition annoncée comme stratégique, menée dans l’improvisation
Le livre part d’un paradoxe. L’écologie est présentée comme le « combat du siècle », guidée par la science et structurée par des trajectoires longues. Pourtant, dans les faits, les décisions apparaissent souvent instables, réversibles ou mal préparées.
Henri Wallard cite plusieurs exemples récents : le leasing social pour les véhicules électriques stoppé brutalement, les dispositifs successifs et changeants autour du chèque carburant, ou encore les évolutions incessantes des règles de rénovation énergétique. Pour l’auteur, ces ajustements permanents brouillent la lisibilité et fragilisent la confiance des ménages comme des entreprises.
Ce n’est pas tant l’ambition climatique qui est contestée que la méthode. L’État, selon lui, multiplie les annonces spectaculaires mais peine à inscrire ses choix dans une cohérence industrielle et sociale de long terme.
Le nucléaire, révélateur des hésitations françaises
Le dossier nucléaire occupe une place centrale dans la démonstration. Wallard souligne les revirements successifs : fermeture annoncée de réacteurs, puis relance du programme ; hésitations sur les EPR ; débats récurrents sur la place du nucléaire dans la taxonomie européenne.
Pour l’auteur, ces oscillations traduisent une difficulté plus profonde : l’incapacité à articuler transition écologique et souveraineté énergétique. Le nucléaire, industrie stratégique par excellence, devient le symbole d’une planification fluctuante.
Dans un contexte international marqué par le retour des politiques industrielles, notamment aux États-Unis et en Chine, l’ouvrage interroge implicitement la capacité française à tenir une ligne claire.
Une critique de la technocratie plus que de l’écologie
L’un des apports du livre réside dans sa cible réelle : ce n’est pas l’écologie qui est dénoncée comme « imposture », mais la manière dont elle est administrée. Wallard décrit une gouvernance verticale, marquée par des analyses superficielles, des arbitrages tardifs et une difficulté à intégrer les réalités économiques.
Il pointe également un décalage entre la communication politique et l’exécution opérationnelle. À force d’annonces et de corrections successives, la transition perd en crédibilité.
Pour autant, l’ouvrage ne se limite pas à la dénonciation. L’auteur esquisse des pistes : stabiliser les dispositifs dans le temps, clarifier les priorités industrielles, réconcilier planification écologique et stratégie productive. En filigrane, il plaide pour un État stratège cohérent plutôt qu’un État gestionnaire sous pression permanente.
Une lecture stimulante dans le débat sur la souveraineté
Dans le paysage éditorial actuel, Mensonge d’État s’inscrit dans un courant critique vis-à-vis des politiques publiques climatiques. Il parlera particulièrement à ceux qui s’interrogent sur la capacité de la France à concilier urgence climatique, compétitivité industrielle et cohésion sociale.
L’ouvrage a ses limites : le ton peut parfois sembler à charge et certaines démonstrations gagneraient à intégrer davantage de comparaisons internationales. Mais il a le mérite de poser une question centrale : comment faire de la transition écologique un projet stable, crédible et souverain ?
À l’heure où l’écologie devient indissociable des enjeux énergétiques, industriels et géopolitiques, la question dépasse largement le seul champ environnemental. C’est celle de la capacité de l’État à planifier dans la durée.
Et sur ce terrain, le débat ne fait que commencer.
