La destruction, le 20 janvier 2026, du siège de l’UNRWA à Jérusalem-Est par les autorités israéliennes a provoqué une réaction diplomatique immédiate et coordonnée d’une ampleur rare. Dans une déclaration conjointe publiée le 28 janvier, onze ministres des Affaires étrangères – dont ceux de la France, du Royaume-Uni, du Canada et du Japon – ont condamné fermement un acte qualifié de « sans précédent » à l’encontre d’une institution des Nations Unies.
Au-delà de l’événement lui-même, cette démolition cristallise les tensions croissantes entre le gouvernement israélien et l’agence onusienne, pilier historique de l’aide aux réfugiés palestiniens depuis plus de soixante-dix ans. Elle intervient dans un contexte de durcissement législatif et de crise humanitaire persistante à Gaza, accentuant les inquiétudes de la communauté internationale sur le respect du droit international humanitaire.
Une atteinte directe aux principes des Nations Unies
Pour les signataires de la déclaration, la destruction des locaux de l’UNRWA constitue une violation manifeste des obligations internationales d’Israël en tant qu’État membre de l’Organisation des Nations Unies. Ils rappellent explicitement la Convention de 1946 sur les privilèges et immunités des Nations Unies ainsi que la Charte de l’ONU, qui garantissent l’inviolabilité des installations onusiennes.
La portée symbolique de cet acte est considérable. En visant une agence des Nations Unies, Israël envoie un signal politique fort, interprété par de nombreuses capitales comme une tentative assumée de restreindre, voire d’empêcher, l’action de l’UNRWA à Jérusalem-Est et sur l’ensemble de son territoire de compétence. Les ministres exhortent ainsi le gouvernement israélien à mettre fin aux démolitions et à respecter strictement le cadre juridique international.
UNRWA : un acteur humanitaire jugé indispensable
La déclaration réaffirme un soutien « plein et entier » à la mission de l’UNRWA, décrite comme indispensable à la survie quotidienne de millions de Palestiniens. L’agence assure des services essentiels, notamment en matière de santé et d’éducation, dans les territoires palestiniens occupés, en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et surtout dans la bande de Gaza.
Les signataires soulignent également les efforts de réforme engagés par l’UNRWA, notamment à travers la mise en œuvre des recommandations du rapport Colonna, destiné à renforcer les garanties de neutralité et d’intégrité de l’institution. Un rappel qui vise clairement à répondre aux accusations récurrentes portées contre l’agence et à légitimer la poursuite de son action sur le terrain.
Un durcissement législatif aux conséquences humanitaires lourdes
Au cœur des préoccupations figure la législation israélienne adoptée par la Knesset en octobre 2024, puis renforcée en décembre 2025. Ces textes interdisent tout contact entre les autorités israéliennes et l’UNRWA, excluant de facto l’agence de toute présence officielle en Israël et à Jérusalem. Ils prévoient également l’interdiction de fournir eau, électricité ou gaz aux biens enregistrés au nom de l’UNRWA.
Pour les ministres signataires, ces mesures ont un impact direct et grave sur la capacité opérationnelle de l’agence, et plus largement sur l’acheminement de l’aide humanitaire. Elles contribuent à fragiliser un dispositif déjà sous tension dans une région confrontée à une crise humanitaire majeure.
Gaza, l’urgence humanitaire au centre des appels internationaux
La déclaration rappelle enfin les engagements pris par Israël dans le cadre du plan de paix en vingt points porté par le président américain Donald Trump, incluant la facilitation sans entrave de l’aide humanitaire coordonnée par les Nations Unies et le Croissant-Rouge. Si une augmentation des flux d’aide est constatée, les signataires jugent la situation à Gaza toujours « désastreuse », avec des approvisionnements très en deçà des besoins.
Ils appellent donc à des mesures urgentes : accès humanitaire sécurisé et sans entrave à Gaza et en Cisjordanie, assouplissement des conditions imposées aux ONG internationales, réouverture complète des points de passage – notamment Rafah – et levée des restrictions sur les biens à « double usage » indispensables aux opérations de secours et de reconstruction rapide.
À travers cette déclaration collective, les capitales occidentales et partenaires affichent une ligne claire : la remise en cause de l’UNRWA et les entraves à l’aide humanitaire constituent non seulement un enjeu humanitaire, mais aussi un test majeur du respect du droit international et de l’ordre multilatéral.


