Le gouvernement a décidé de lancer une mission visant à actualiser le modèle de financement et de gouvernance des petites lignes ferroviaires. Cette mission, confiée à François Philizot, s’inscrit dans la continuité de ses rapports de 2018 et 2020 et doit proposer d’ici la fin de l’année une stratégie adaptée aux contraintes budgétaires actuelles et aux nouveaux enjeux de mobilité.
Les petites lignes, un patrimoine ferroviaire sous tension
Longtemps négligées, les petites lignes ferroviaires représentent pourtant près d’un tiers du réseau ferré français. Elles relient les territoires ruraux, périurbains et de montagne, souvent dépourvus d’alternatives de transport collectif efficaces. Pour les habitants, elles constituent un service essentiel à la mobilité quotidienne, à l’attractivité économique et à la transition écologique.
En 2020, après plusieurs décennies de sous-investissement, un plan spécifique a été lancé entre l’État, les régions et SNCF Réseau. Ce plan reposait sur une classification des petites lignes en trois catégories, avec des modalités de financement adaptées. Grâce à cette approche partenariale, de nombreuses dessertes ont pu être maintenues en exploitation et certaines rénovations ont été engagées.
Toutefois, cinq ans après le lancement du plan, la question de leur viabilité financière demeure posée. Si les régions ont pris une part croissante dans la gouvernance et l’entretien, la soutenabilité budgétaire reste fragile.
De nouvelles priorités qui rebattent les cartes
La conférence « Ambition France Transports », présidée par Dominique Bussereau, a récemment rendu ses conclusions. Elle appelle à un bilan actualisé du plan « petites lignes » et à une révision du modèle de financement, dans un contexte marqué par de nouvelles priorités nationales.
Depuis 2020, plusieurs axes stratégiques mobilisent des ressources considérables :
- la régénération et la modernisation du réseau ferré national, vieillissant et nécessitant des investissements massifs,
- le développement des services express régionaux métropolitains (SERMs), qui visent à offrir une alternative crédible à la voiture dans les grandes agglomérations,
- le renforcement du fret ferroviaire pour répondre aux objectifs climatiques,
- la prise en compte croissante des besoins militaires, dans un contexte international tendu.
Ces priorités exercent une forte pression sur les budgets de l’État et des collectivités, compliquant le financement durable des petites lignes.
L’innovation au service des territoires
Face à ces contraintes, la mission Philizot devra explorer des solutions innovantes. Parmi elles, le développement de trains légers ou très légers, moins coûteux à exploiter et plus adaptés à des lignes à faible fréquentation. Ces matériels roulants de nouvelle génération, souvent conçus avec des technologies plus sobres et modulables, permettraient de réduire significativement les coûts d’exploitation et de maintenance.
En parallèle, l’utilisation de systèmes de signalisation simplifiés, la réduction des charges d’infrastructure ou encore le recours à des modèles de gouvernance locaux pourraient contribuer à bâtir un modèle plus économe et plus flexible. L’objectif est de rendre les petites lignes non seulement viables, mais aussi attractives, en répondant aux attentes de mobilité de proximité, tout en limitant l’impact financier pour les pouvoirs publics.
Un enjeu de cohésion territoriale
Au-delà de la question technique et budgétaire, l’avenir des petites lignes ferroviaires pose un enjeu de cohésion nationale. Leur maintien conditionne la vitalité économique et sociale de nombreux territoires, où elles constituent parfois le seul lien de transport collectif fiable. Elles participent également à la transition écologique, en offrant une alternative crédible à l’autosolisme et en réduisant les émissions de CO₂.
La mission confiée à François Philizot doit donc permettre d’actualiser la vision stratégique et de clarifier le partage des responsabilités entre l’État, les régions et SNCF Réseau. D’ici la fin de l’année, ses conclusions devront tracer les contours d’un modèle économique plus robuste, capable de concilier contraintes budgétaires et ambitions territoriales.
En misant sur des solutions innovantes comme les trains légers et sur un cadre de gouvernance renouvelé, l’exécutif espère doter la France d’un réseau ferroviaire équilibré, où les petites lignes retrouveraient toute leur place dans une mobilité durable et accessible à tous.
