Pelagon sort de l’ombre pour protéger ports, câbles et bases navales sous la mer

Image d'illustration

Table des matières

La start-up Pelagon, issue du start-up studio Hexa, a annoncé lundi 2 novembre son premier tour de table, auprès de Bpifrance, Elaia, Seedcamp et Hexa, et ses premiers déploiements commerciaux. Elle applique l’IA physique à la protection des infrastructures maritimes critiques. Le montant n’est pas communiqué.

Pelagon a choisi la veille d’Euronaval pour se dévoiler. Lundi 2 novembre, la jeune société, fondée en 2026 par Gauthier Bouxin et Aymeric de Pontbriand, est sortie de l’ombre en annonçant son premier tour de table, apprend-on dans un communiqué diffusé par Bpifrance. Bpifrance, via son fonds Digital Venture, Elaia, Seedcamp et Hexa y figurent, « aux côtés d’entrepreneurs de la défense, de familles de l’industrie de défense européenne et de chercheurs en IA issus de grands laboratoires, dont FAIR et OpenAI », précise le communiqué. Aucun montant n’est rendu public.

La société, qui dispose de bureaux à Paris, Marseille et Amsterdam, conçoit, déploie et opère des zones de protection autour des ports de commerce, des sites énergétiques offshore, des câbles sous-marins et des bases navales. Chaque zone associe surveillance, levée de doute et interception sous-marine. Pelagon vise à la fois les marines européennes et alliées et les opérateurs civils, à qui elle propose déploiement, exploitation et maintenance sous forme de service managé.

De Novorossiisk aux câbles, la menace des drones maritimes

Le communiqué part d’un précédent. En décembre 2025, des drones sous-marins du SBU, le service de sécurité ukrainien, ont frappé un sous-marin russe à quai dans la base navale de Novorossiisk. Selon Pelagon, les drones maritimes, de surface comme sous-marins, sont désormais « à la portée de n’importe quel État ou groupe armé », et ports, bases navales, câbles et sites offshore se trouvent exposés, notamment au sabotage le long des tracés de câbles et aux points d’atterrissement.

Raphaël Vullierme, associé chez Hexa, en tire la conclusion industrielle : « L’Europe a fait émerger de nouveaux champions de la défense dans les airs et sur terre. La mer est un environnement singulier : l’histoire a montré que, pour l’emporter en mer, il faut un champion dédié, capable de mener la recherche, de fabriquer le matériel et de déployer sur le terrain sous un même toit. »

Pour sa part, Carlos Espinal, Managing Partner de Seedcamp, rappelle que les câbles sous-marins « acheminent 99 % du trafic numérique » et estime que « nos systèmes exclusivement militaires n’évoluent pas assez vite pour suivre le rythme ».

Interdiction Dome, du capteur PEARLS à l’intercepteur MARLIN

Le cœur de l’offre porte un nom martial : Interdiction Dome. Le système combine PEARLS, un réseau de capteurs distribués ; ORCA, un modèle d’IA qui interprète les signaux acoustiques sous-marins et s’adapte à l’évolution des conditions ; MARLIN, un intercepteur sous-marin placé sous supervision humaine ; et Pelagon OS, le logiciel qui relie l’ensemble. Le matériel est conçu et fabriqué par l’entreprise elle-même.

L’enjeu est physique avant d’être numérique. Les ondes radio, GPS compris, ne pénètrent quasiment pas l’eau de mer, et en zone côtière le son se réfléchit sur la surface et sur le fond, souligne le communiqué. Or un drone sous-marin progressant à la vitesse d’un piéton peut ne laisser que quelques minutes entre la première alerte et l’impact. « Sous l’eau, la physique décide de tout. Le son se réfracte, se réfléchit et s’atténue, et un modèle entraîné dans un port peut échouer dans le suivant », déclare Aymeric de Pontbriand, cofondateur, co-CEO et CTO de Pelagon.

Côté terrain, un premier essai d’ORCA en conditions réelles a eu lieu en mai en Suède, avec la détection, la classification et la cartographie en temps réel de navires de surface sans équipage. Depuis août, Pelagon est déployée commercialement en Méditerranée. D’autres déploiements sont prévus en Baltique et en mer Noire d’ici fin 2026.

Un ancien officier de frégate et le fondateur de Scortex aux commandes

Le binôme fondateur, qui codirige l’entreprise, réunit marine et intelligence artificielle. Gauthier Bouxin a servi huit ans comme officier de la Marine nationale, dont cinq à bord de frégates, avec des déploiements en mer de Chine méridionale, dans le détroit de Bab el-Mandeb et en mer Rouge, avant de conseiller pendant quatre ans des organisations de défense chez McKinsey. Aymeric de Pontbriand, chercheur en IA et physicien, est passé par Safran, sur les capteurs inertiels, puis a fondé Scortex, dont les systèmes d’inspection par deep learning ont équipé plus de 100 usines sur trois continents, avant le rachat de la société par TRIGO Group / Ardian.

Chez Bpifrance, l’argument est explicitement souverain. « La sécurité et la souveraineté stratégique de l’Europe dépendront de plus en plus de sa capacité à surveiller et à protéger le domaine sous-marin », affirme Quentin Mayolle, directeur d’investissement. Bpifrance se dit ainsi « fière d’accompagner l’ambition de Pelagon : bâtir la capacité européenne de référence en matière de sécurité sous-marine ». De son côté, Anne-Sophie Carrese, Managing Partner chez Elaia, déclare avoir été convaincue « par le besoin du marché de la défense maritime et par la qualité de l’équipe ».

Pelagon n’est pas seule sur le créneau de la surveillance sous-marine en France, à l’image de la pépite niçoise Cosma et de ses drones sous-marins.

Recrutements et stand I135 à Euronaval

Pelagon annonce recruter en recherche en IA, logiciel, traitement du signal, ventes et relations institutionnelles. L’entreprise sera présente à Euronaval, au Parc des expositions de Paris Nord Villepinte, du 3 au 6 novembre 2026, hall 6, stand I135. Le montant levé, lui, restera sous la surface.

Et si vous receviez notre newsletter mensuelle ?

    Plus d'articles

    Abonnez-vous à notre newsletter

    Une sélection d'articles, dans votre boîte mail. Rien d'autre, promis.

    Vous vous êtes abonné à la newsletter avec succès

    Une erreur est survenue lors de l'envoi de votre requête. Veuillez réessayer.

    Refrance : Revue Economique de France utilisera les informations que vous fournissez sur ce formulaire pour rester en contact avec vous et vous proposer des mises à jour et du marketing.