Chaleur fatale : Enogia signe avec Naphtachimie, filiale d’Ineos à Lavéra, un premier contrat de dix ans minimum

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Le marseillais Enogia, coté sur Euronext Growth, annonce lundi 19 octobre un contrat de long terme avec Naphtachimie, sur son site de Lavéra. Explications.

Le fabricant marseillais de modules à cycle organique de Rankine (ORC) Enogia a annoncé, lundi 19 octobre, la signature d’un contrat de long terme avec Naphtachimie, une entreprise du groupe Ineos, sur le site de Lavéra, près de Marseille. Il s’agit du premier projet industriel de son offre Green Shield Power Solutions, selon le communiqué de la société publié à 8 heures.

Les modules, conçus et fabriqués à Marseille, doivent capter une chaleur aujourd’hui en partie perdue par le site pétrochimique et la convertir en électricité décarbonée, consommée sur place. La mise en service interviendra après les phases d’études, de fabrication et d’intégration, dont le calendrier sera arrêté avec le client, précise le communiqué.

Dix ans minimum, une filiale détenue avec l’Ademe

Le contrat court sur une durée minimale de dix ans. Il est porté par Enogia Assets Industry, une filiale codétenue avec ADEME Investissement. Le montage change la nature de la relation commerciale : Enogia ne se contente pas de vendre une machine, il conserve l’actif et fournit l’énergie récupérée au site industriel.

Le communiqué indique que l’accord fait suite à plus de deux ans de travail commun avec Naphtachimie. Il ne mentionne ni valeur du contrat, ni puissance installée, ni montant d’investissement.

Pour Arthur Leroux, directeur général d’Enogia, ce contrat « montre qu’un grand site industriel peut transformer une chaleur qu’il perdait en électricité décarbonée ». Alexandra Loewenstein, directrice générale de Naphtachimie, évoque de son côté la volonté de « mieux valoriser une énergie aujourd’hui perdue afin d’améliorer l’efficacité énergétique de notre site ».

Un objectif 2026 du plan Turbo 2028

L’annonce s’inscrit dans le plan stratégique Turbo 2028 de l’entreprise : la signature d’un premier projet Green Shield figurait parmi ses cibles pour 2026. Dans son communiqué du 9 septembre, Enogia avait confirmé viser une croissance de son chiffre d’affaires supérieure à 30 % cette année, avec une marge d’Ebitda en nouvelle amélioration, et, à horizon 2028, environ 30 % de croissance annuelle moyenne, 25 millions d’euros de chiffre d’affaires et 20 % de marge d’Ebitda.

Au premier semestre 2026, le chiffre d’affaires a progressé de 32 % à 7,15 millions d’euros, l’Ebitda de 59 % à 1,10 million d’euros (15,4 % de marge) et le résultat net a atteint 0,11 million d’euros. Le carnet de commandes s’établit à un niveau record de 30,0 millions d’euros, en hausse de 70 % sur un an. Les modules ORC pèsent 91,4 % des ventes du semestre.

Trésorerie de 1,5 million d’euros au 30 juin, usine des Arnavaux

La croissance a un coût. Le flux de trésorerie disponible du premier semestre ressort à -4,4 millions d’euros, en raison de délais sur le besoin en fonds de roulement et des investissements dans la nouvelle usine et dans un module ORC de moyenne puissance. La dette nette atteint 7,6 millions d’euros, contre 3,3 millions fin 2025, pour une trésorerie de 1,5 million d’euros au 30 juin. Enogia indique par ailleurs avoir obtenu fin juillet 5,4 millions d’euros de financements européens au titre du projet Turbo4Transition, via la Région Sud.

L’usine en question a été inaugurée le mercredi 1er juillet dans la zone industrielle des Arnavaux, dans les quartiers Nord de Marseille, rapporte Made in Marseille. Il s’agit du troisième site du groupe dans la ville, où il est implanté depuis treize ans. Le média local évoque un chiffre d’affaires de 12,6 millions d’euros, une croissance de 57 % en 2025 et une part d’export de 91 %. Le retour sur investissement des machines est de un à trois ans à l’international, de deux à cinq ans en France, selon les chiffres cités par le titre.

De MSC Croisières aux data centers, une chaleur pas toujours assez chaude

Jusqu’ici, la clientèle d’Enogia se trouvait surtout à l’étranger et dans le maritime. Selon Made in Marseille, MSC Croisières équipe sa nouvelle flotte de classe World, tandis que des discussions sont en cours avec La Méridionale, Corsica Linea et CMA CGM, sans marché local conclu à ce stade. Le contrat de Lavéra constitue donc une première référence terrestre d’ampleur dans le bassin de Fos-Lavéra pour l’offre Green Shield.

Les limites existent. Arthur Leroux reconnaît dans les colonnes de Made in Marseille que « La chaleur des centres de données est trop basse pour notre solution actuelle. » La R&D vise ce marché pour les années à venir.

Le dossier rejoint les initiatives de valorisation de chaleur industrielle déjà suivies par Refrance, comme l’installation de récupération de chaleur inaugurée par Fresenius Medical Care et Dalkia à L’Arbresle.

Prochain rendez-vous pour les actionnaires : la publication du chiffre d’affaires annuel 2026, le 11 février 2027 après la clôture des marchés.

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