Atos et EDF annoncent, lundi 19 octobre, un partenariat stratégique pouvant courir jusqu’à quinze ans pour les projets nucléaires à l’export de l’électricien. Atos concevra le système de gestion de l’information des opérations des futures centrales. Explications.
Le fait est daté et précis. Lundi 19 octobre 2026, Atos a annoncé dans un communiqué avoir été choisi par EDF pour développer l’OIMS (Operations Information Management System), le système censé servir d’épine dorsale numérique à l’exploitation et à la maintenance des centrales construites hors de France. Le partenariat, présenté comme stratégique, peut s’étendre sur une durée allant jusqu’à quinze ans.
Le communiqué ne donne ni montant, ni date de démarrage, ni pays, ni projet précis. Il évoque seulement les « projets d’exportation EPR » d’EDF et les futurs programmes nucléaires de l’électricien hors de France.
OIMS, l’épine dorsale numérique des centrales EDF hors de France
Selon le communiqué, EDF apporte son expertise d’exploitant nucléaire, Atos ses compétences en systèmes critiques, en intégration de plateformes complexes, en gestion des données industrielles, en cybersécurité et en convergence entre informatique de gestion (IT) et systèmes industriels (OT). Le groupe de services numériques promet un modèle d’OIMS évolutif, standardisé et reproductible, destiné à être déployé d’un programme à l’autre.
L’objectif affiché est une approche industrialisée de la gestion des données, des processus métier et des activités pendant la phase d’exploitation. Parmi les bénéfices annoncés figurent un meilleur contrôle des coûts, une planification plus précise, la réduction des arrêts, l’optimisation des cycles de maintenance, l’anticipation des pannes et une moindre obsolescence grâce à l’interopérabilité.
Xavier Ursat, senior vice-président exécutif d’EDF en charge de la stratégie, des technologies, de l’innovation et du développement, estime que la solution sera globale et clé en main, avec une continuité numérique des données du concept à l’exploitation. Franck Chartier, vice-président exécutif et directeur d’Atos France, met en avant la combinaison de l’expertise d’exploitation d’EDF et des capacités d’Atos pour bâtir une plateforme de nouvelle génération.
Les clients internationaux d’EDF bénéficieront en outre d’un support local grâce au réseau mondial d’Atos et de ses partenaires, ce qui doit aussi soutenir l’activité économique locale, précise le communiqué.
Cybersécurité et traçabilité : le cahier des charges d’un système nucléaire
Le communiqué insiste sur la sécurité opérationnelle, l’intégrité des données et la disponibilité des systèmes, face à des cybermenaces de plus en plus sophistiquées. La cybersécurité, la résilience et le contrôle sont placés au cœur de la conception de l’OIMS, avec des exigences de protection des données, de traçabilité, de conformité réglementaire et de gestion des risques.
Atos rappelle accompagner depuis plusieurs décennies des opérateurs d’infrastructures critiques, dans la cybersécurité, le cloud, l’intelligence artificielle, la gestion des données et les opérations de missions critiques. Le groupe se présente comme le numéro un européen de la cybersécurité.
Pour EDF, le contrat s’inscrit dans la logique d’un exportateur de technologie qui ne vend plus seulement des réacteurs, mais aussi leur exploitation numérique. Cette offre d’accompagnement s’ajoute à celle que l’électricien esquisse dans d’autres métiers du cycle de vie, comme le démantèlement de Chinon A2 avec Cyclife.
Du contrôle-commande des EPR2 en 2023 à l’exportation en 2026
Ce n’est pas la première fois qu’Atos travaille pour EDF sur ses nouveaux réacteurs. Le 20 juillet 2023, Zonebourse rapportait qu’Eviden, la marque de produits et systèmes du groupe, et Schneider Electric avaient décroché un contrat d’EDF portant sur les systèmes de contrôle-commande standard de niveau 1 des six EPR2 prévus par l’électricien. Worldgrid, filiale d’Eviden, devait assurer l’intégration et la programmation des automates, ainsi que fournir un logiciel de conversion automatique des schémas fonctionnels en programmes d’automates, tandis que Schneider Electric apportait l’infrastructure matérielle.
Le contrat annoncé lundi change d’échelle géographique et de nature. Il ne s’agit plus du contrôle-commande des réacteurs, mais du système d’information qui pilote l’exploitation, et il vise les clients étrangers d’EDF plutôt que le parc national.
Atos, 7,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires et un plan Genesis à prolonger
Atos Group emploie près de 54 000 personnes dans 54 pays et réalise un chiffre d’affaires annuel proche de 7,2 milliards d’euros, selon le communiqué. Il opère sous deux marques, Atos pour les services et Eviden pour les produits et systèmes, et il est coté sur Euronext Paris. La marque Atos revendique plus de 52 000 collaborateurs et plus de 4 500 clients.
Le groupe sort d’une période de restructuration. Selon Option Finance, Atos a publié le 30 juillet un chiffre d’affaires de 1,661 milliard d’euros au deuxième trimestre, en repli organique de 6,3 % sur un an, avec un book-to-bill de 91 %, en hausse de 7 points. La marge opérationnelle du semestre ressort à 190 millions d’euros, en progression de 43 %, avec un objectif d’économies du plan Genesis atteint à 112 %.
Atos a confirmé ses objectifs 2026, d’après le même article : une baisse organique du chiffre d’affaires d’environ 5 %, soit le bas de la fourchette de -1 % à -5 %, et une marge opérationnelle d’environ 7 % du chiffre d’affaires. Dans ce contexte, un contrat pluriannuel de long terme avec EDF offre de la visibilité à un groupe dont le défi reste la croissance. Reste que, faute de montant, l’impact sur les comptes est impossible à chiffrer.
Quinze ans de contrat, aucun montant
Le communiqué précise que le partenariat peut durer « jusqu’à » quinze ans, une formule qui laisse ouverte la question de l’engagement ferme. Il ne dit rien du calendrier de déploiement, ni des projets EPR concernés à l’export.
Reste à connaître les premiers pays et projets concernés, que ni EDF ni Atos n’ont désignés.
