La Commission de régulation de l’énergie a validé, par une délibération du jeudi 8 octobre rendue publique le vendredi 9, la construction anticipée d’ouvrages électriques dans la zone industrielle de Fos-Lavéra (Bouches-du-Rhône). Capacité d’accueil promise aux industriels : 2 500 MW dès 2029. Explications.
Fos-Lavéra : 2 500 MW d’accueil dès 2029
Vendredi 9 octobre, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a annoncé dans un communiqué avoir validé le projet de RTE d’anticiper et de mutualiser les travaux de raccordement électrique de la zone de Fos-Lavéra. La décision correspond à la délibération n° 2026-203, datée du 8 octobre.
« Par cette décision, la CRE autorise la construction anticipée d’un ensemble d’ouvrages permettant de créer 2 500 MW de capacité d’accueil dans la zone de « Fos-Lavéra » dès 2029 », précise le communiqué. Le texte ne détaille pas la liste des ouvrages concernés.
Le régulateur indique que « la stratégie proposée par RTE permettra toutefois la mise à disposition d’une partie des capacités dès cette année ». Les travaux, ajoute-t-il, « seront lancés sans délai », en raison du nombre important de demandes de raccordement et conformément à la doctrine du schéma décennal de développement du réseau (SDDR) de RTE.
116,06 € par mégawatt : la quote-part des industriels
Le mécanisme repose sur le code de l’énergie, qui permet à RTE, sous autorisation de la CRE, d’anticiper les besoins de raccordement dans une zone ainsi que les travaux associés. Plutôt que de construire poste par poste, au gré de chaque demande, le gestionnaire du réseau de transport prépare l’infrastructure en amont.
Les entreprises qui souhaiteront se raccorder devront ensuite s’acquitter d’une quote-part du coût des travaux, fixée à 116,06 € par mégawatt selon le communiqué. Le document ne cite aucun industriel nommément.
La CRE justifie la démarche par le contexte d’électrification et de décarbonation de l’industrie, dans lequel l’optimisation et la rapidité des raccordements sont, écrit-elle, « stratégiques pour atteindre la neutralité carbone et soutenir le développement industriel français ».
Une ligne à 400 000 volts vers Fos, entre demande industrielle et opposition en Camargue
L’accueil de 2 500 MW suppose de renforcer l’alimentation de la zone, un sujet déjà sensible. Selon une dépêche AFP reprise en avril 2024 par ID, l’Info Durable, RTE projetait alors une ligne de 400 000 volts de 65 kilomètres entre Jonquières-Saint-Vincent (Gard) et le port de Fos-sur-Mer, pour un coût de 300 millions d’euros. L’article rapportait que les demandes de raccordement équivalaient à un « doublement de la puissance à la pointe de la consommation actuelle » de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, avec 8 à 10 milliards d’euros d’investissements privés potentiels sur la zone, désignée début 2023 comme l’une des premières « zones industrielles bas carbone » du pays.
Le préfet de région, Christophe Mirmand, y avançait que les industriels iraient ailleurs sans l’assurance d’une ligne dans les cinq à sept ans, selon la même dépêche.
Le dossier a ensuite avancé. En septembre 2024, ID, l’Info Durable rapportait, là encore d’après l’AFP, qu’un fuseau avait été retenu : il contourne Beaucaire et Arles par l’ouest et traverse une partie de la réserve naturelle de Camargue. Le préfet conditionnait la suite à un débat public, à une étude indépendante sur le choix aérien plutôt que souterrain, à une expertise des besoins futurs en électricité et à une concertation avec le monde agricole. Les travaux étaient alors envisagés pour 2027.
Arles, 8 juin : les opposants aux pylônes toujours mobilisés
La contestation n’a pas cessé. Lundi 8 juin 2026, près de 200 personnes se sont rassemblées à Arles à l’appel de l’Association de sauvetage des terres de Camargue et de Crau, rapporte Objectif Gard. Le média évoque plus de 160 pylônes de 70 à 90 mètres de haut. Selon les projections des opposants citées par le titre, l’enquête publique devait se tenir au troisième trimestre 2026, avec un lancement des travaux en 2027.
Le Collectif THT 13/30 plaide pour sa part pour un enfouissement de la ligne, avec un passage maritime ou fluvial en courant continu, indique la même source.
Ce que le communiqué de la CRE ne dit pas
Le communiqué du 9 octobre ne précise ni le coût total des ouvrages autorisés, ni la liste des industriels demandeurs, ni le lien exact avec la ligne de 400 000 volts. Il n’indique pas non plus quelles capacités seront disponibles dès 2026. Ces éléments figurent, le cas échéant, dans le texte intégral de la délibération 2026-203, dont la page de présentation est publiée sur le site du régulateur.
Prochaine échéance connue : la mise à disposition d’une première partie des capacités avant la fin de l’année, puis les 2 500 MW annoncés en 2029.
