Défense : Paris lance un plan de 100 000 recrutements pour muscler sa base industrielle d’ici 2030

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Le gouvernement a dévoilé, le 15 septembre, un plan national visant à recruter 100 000 personnes dans l’industrie de défense française d’ici 2030. Présentée par le ministre du Travail et des Solidarités Jean-Pierre Farandou sur le site MBDA de Selles-Saint-Denis (Loir-et-Cher), cette initiative traduit l’ampleur de l’effort de réarmement engagé par la France et la tension croissante que celui-ci exerce sur le marché du travail spécialisé.

Un secteur en tension malgré la hausse des commandes

La base industrielle et technologique de défense (BITD) française emploie aujourd’hui entre 210 000 et 220 000 personnes et génère environ 40 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel. Mais la montée en cadence des programmes d’armement, portée par la loi de programmation militaire actualisée et par le contexte géopolitique (guerre en Ukraine, instabilité au Sahel, tensions en Indo-Pacifique), se heurte à une pénurie de compétences. Le secteur compte déjà environ 10 000 postes vacants.

Sur les 100 000 recrutements visés, environ 70 000 correspondent à des départs à la retraite à compenser d’ici la fin de la décennie, les 30 000 restants représentant des créations nettes de postes liées à la croissance de l’activité. Au total, 411 métiers ont été cartographiés par les services de l’État, avec une attention particulière portée aux techniciens en électricité et en électronique ainsi qu’aux ouvriers qualifiés de l’usinage, de la maintenance aéronautique et de la soudure navale.

Cette pénurie de main-d’œuvre survient alors que les commandes publiques d’équipements militaires devraient dépasser 40 milliards d’euros en 2026, un niveau inédit qui profite aux grands maîtres d’œuvre (Naval Group, Dassault Aviation, Thales, Safran, KNDS, MBDA) autant qu’à leur écosystème de sous-traitants. Pour ces derniers, souvent de taille plus modeste et moins connus du grand public que les groupes cotés, attirer des candidats reste plus difficile, faute de marque employeur établie. C’est précisément ce maillon que le plan gouvernemental entend renforcer en priorité.

Une cellule dédiée au sein de France Travail

Pour piloter cet effort, France Travail a annoncé la constitution d’une cellule spécialisée d’une trentaine de conseillers consacrés exclusivement à l’accompagnement des entreprises de défense, mobilisant potentiellement jusqu’à 595 agences sur le territoire. Cette structure doit qualifier les besoins en compétences des industriels, en particulier des PME et ETI sous-traitantes, et orienter les candidats vers ces filières.

Le dispositif s’appuie également sur la formation professionnelle : en 2027, 15 000 des 25 000 préparations opérationnelles à l’emploi programmées au niveau national devront être orientées vers les métiers de la défense.

Une approche territorialisée, pilotée par les préfets

Le plan identifie 27 bassins d’emploi prioritaires répartis sur neuf régions, de Cherbourg à Toulon, où se concentrent les grands sites industriels du secteur : Hauts-de-France et Île-de-France pour l’armement terrestre et les systèmes, Occitanie pour l’aéronautique, Bretagne pour le naval, Grand Est pour l’armement terrestre, ou encore le Centre-Val-de-Loire, où le seul bassin de Selles-Saint-Denis et ses environs devrait générer près de 5 000 emplois.

Dans chacun de ces territoires, les préfets sont chargés de coordonner, avec les collectivités locales, les entreprises et les organismes de formation, des feuilles de route locales attendues pour fin janvier 2027. Ces documents devront traiter non seulement des enjeux de formation, mais aussi des conditions d’accueil des nouveaux salariés : logement, transports, et services du quotidien comme les écoles ou les crèches, autant de freins déjà identifiés à l’installation de main-d’œuvre dans certains bassins industriels excentrés.

Un acte de souveraineté industrielle assumé

Le choix de MBDA, missilier européen où la France pèse aux côtés du britannique BAE Systems et de l’italien Leonardo, pour lancer cette annonce n’est pas anodin. Jean-Pierre Farandou a présenté le plan comme « un acte de souveraineté industrielle et une opportunité pour l’emploi qualifié », insistant sur le fait qu’il s’agit de « beaux métiers, bien rémunérés, ouverts à tout le monde ». Le déplacement ministériel intervient alors que MBDA a par ailleurs entamé la transformation de son site de Selles-Saint-Denis dans le cadre de son plan de développement à horizon 2030, et que le groupe multiplie les contrats à l’export, du système antimissile naval SIMBAD RC vendu à l’Espagne à l’ouverture d’une première usine en Pologne.

Cette mobilisation de l’appareil public de l’emploi autour de la défense illustre un changement d’échelle dans la manière dont l’État articule désormais politique industrielle, politique de l’emploi et politique de souveraineté. Reste à savoir si les bassins d’emploi concernés, souvent situés en zones rurales ou périurbaines à l’écart des grandes métropoles, parviendront à attirer une main-d’œuvre technique déjà disputée par d’autres secteurs industriels également en tension, de l’aéronautique civile au nucléaire.

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