TotalEnergies cède 1,8 milliard de dollars de ses infrastructures africaines à la filiale de BlackRock GIP

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TotalEnergies a annoncé le 17 septembre 2026 un accord avec Global Infrastructure Partners (GIP), la plateforme d’investissement dans les infrastructures rachetée par BlackRock fin 2024, portant sur une partie de ses actifs d’infrastructures pétrolières et gazières en Afrique. L’opération, révélée dans un communiqué du groupe et relayée par plusieurs agences financières le lendemain, mobilise 1,8 milliard de dollars de capitaux frais pour la major française, sans céder la propriété opérationnelle des installations concernées.

Un mécanisme de « tolling » plutôt qu’une cession

Le montage retenu n’est pas une vente d’actifs classique. GIP apporte les fonds en échange d’une rémunération indexée sur les volumes transportés par les infrastructures médianes (« midstream ») de TotalEnergies sur le continent africain, sur une durée pouvant atteindre quinze ans. Le groupe pétrolier conserve le contrôle opérationnel et l’essentiel de l’exposition aux réserves de production, tout en s’engageant à verser un tarif de passage à son nouveau partenaire financier.

Le directeur financier de TotalEnergies, Jean-Pierre Sbraire, a résumé l’opération en expliquant qu’elle permettait de « cristalliser la valeur de certains actifs d’infrastructures médianes en Afrique » tout en renforçant la relation du groupe avec GIP. Les détails précis des installations concernées, pays par pays, n’ont pas été communiqués dans l’annonce officielle, une réserve habituelle pour ce type de transaction structurée.

L’Afrique, terrain d’expansion et de financement pour le groupe

L’Afrique représente aujourd’hui environ 17 % de la production de TotalEnergies, soit 414 000 barils équivalent pétrole par jour au deuxième trimestre 2026, avec des volumes de gaz en hausse de 16 % sur un an. Le continent concentre plusieurs chantiers structurants pour le groupe. Le pipeline EACOP (East African Crude Oil Pipeline), qui doit acheminer jusqu’à 246 000 barils par jour depuis les champs pétroliers ougandais du lac Albert jusqu’au port tanzanien de Tanga, a franchi le seuil des 92 % d’avancement début septembre. TotalEnergies y détient 62 % des parts, aux côtés des sociétés pétrolières publiques ougandaise et tanzanienne (15 % chacune) et du groupe chinois CNOOC (8 %).

En Angola, le groupe a par ailleurs confirmé début septembre une découverte sur le bloc 17 (gisement Acacia-5), destinée à être raccordée au FPSO Pazflor, et pris des participations opératrices de 40 % sur deux blocs supplémentaires proches d’infrastructures existantes où six unités flottantes de production sont déjà en exploitation. Ces développements s’inscrivent dans un effort d’investissement annoncé de plusieurs milliards de dollars sur cinq ans.

Une opération qui s’explique par la trajectoire financière du groupe

L’accord avec GIP intervient alors que TotalEnergies poursuit un désendettement marqué : la dette nette du groupe est passée de 23 milliards de dollars fin mars 2026 à 19,7 milliards fin juin, ramenant le ratio d’endettement à 13,1 %, contre 17,9 % un an plus tôt. Dans le même temps, le groupe a maintenu une politique de retour aux actionnaires soutenue, avec un second acompte sur dividende 2026 porté à 0,90 euro par action (+5,9 % sur un an) et un programme de rachat d’actions autorisé jusqu’à 1,5 milliard de dollars pour le troisième trimestre.

Le montant levé auprès de GIP équivaut ainsi à 92 % des produits de cession du groupe sur l’ensemble du premier semestre 2026 (1,95 milliard de dollars), ce qui illustre le rôle croissant de ce type de montage dans le financement de la croissance et des distributions, en complément des cessions d’actifs traditionnelles.

Ce que révèle l’opération sur la maîtrise des actifs stratégiques français à l’étranger

Au-delà de sa technicité financière, cette opération illustre une tendance de fond : le recours croissant des groupes énergétiques français à des géants de la gestion d’actifs américains pour financer leurs infrastructures critiques hors de France. BlackRock, dont GIP est désormais une filiale, gère plus de 11 000 milliards de dollars d’actifs dans le monde et multiplie depuis plusieurs années les prises de position sur les infrastructures énergétiques stratégiques, des pipelines africains aux terminaux gaziers.

Pour TotalEnergies, ce choix permet de sécuriser des financements sans diluer son capital ni recourir à un endettement supplémentaire, tout en conservant la conduite opérationnelle de ses actifs. Mais il pose aussi la question de la répartition, à long terme, de la valeur générée par les infrastructures énergétiques que les groupes français opèrent en Afrique : une part croissante des flux de trésorerie qu’elles génèrent est désormais contractuellement due à un acteur financier américain, même si la France conserve la maîtrise industrielle du projet. Cette architecture, de plus en plus courante dans le secteur, place les majors pétrolières et gazières dans une position d’interdépendance accrue avec la finance mondiale, au moment même où la souveraineté des chaînes de valeur énergétiques fait l’objet d’une attention politique croissante en Europe.

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