Wavestone rachète l’américain Sand Cherry : le conseil numérique français passe à l’offensive aux États-Unis

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Le cabinet de conseil français Wavestone a annoncé le 14 septembre l’acquisition de Sand Cherry, une société américaine de conseil en transformation basée à Denver. L’opération, structurée autour d’un paiement initial de 35 millions de dollars et d’un complément de prix pouvant atteindre 12 millions de dollars selon les performances réalisées jusqu’en décembre 2027, soit jusqu’à 47 millions de dollars au total, illustre une dynamique moins commentée que les défenses de champions nationaux face aux prédateurs étrangers : celle d’un acteur français du numérique qui grossit délibérément outre Atlantique pour peser face aux géants anglo saxons du conseil.

Une cible ciblée dans le conseil télécoms et énergie

Fondée en 2001 à Denver, Sand Cherry emploie environ 130 collaborateurs permanents aux États-Unis. Le cabinet vise un chiffre d’affaires proche de 31,5 millions de dollars (environ 27,1 millions d’euros) en 2026, après une croissance annuelle moyenne supérieure à 15% sur les trois derniers exercices, avec une marge d’EBITDA ajustée de 15%. Historiquement positionnée sur les secteurs des télécommunications, du haut débit et des médias, la société a récemment étendu son expertise à l’énergie, aux utilities et aux infrastructures, en s’appuyant sur un portefeuille de clients incluant plusieurs entreprises du classement Fortune 200.

Pour Wavestone, cette acquisition porte ses effectifs nord américains à environ 370 collaborateurs, sur un total mondial de 6 000 personnes réparties entre l’Europe et l’Amérique du Nord, avec une présence désormais renforcée à Dallas, Denver, New York, Pittsburgh, Toronto et Washington. Reza Maghsoudnia, qui pilote les activités nord américaines de Wavestone, a qualifié l’opération d’« étape importante », renforçant selon lui la capacité du groupe à offrir aux grandes entreprises américaines une combinaison d’expertise sectorielle et d’excellence technologique. John Calhoon, dirigeant de Sand Cherry, a de son côté évoqué l’ouverture d’« un nouveau chapitre », en assurant vouloir préserver la proximité avec les clients qui a fait la réputation du cabinet.

L’annonce a été bien accueillie par les marchés : l’action Wavestone, cotée sur Euronext Paris sous le code WAVE, a progressé de 1,7% dans la foulée.

Une stratégie de croissance adossée à l’intelligence artificielle

Cette acquisition s’inscrit dans un plan stratégique plus large, baptisé « Lead the Shift », qui vise un chiffre d’affaires de 1,4 milliard d’euros à l’horizon 2030, contre 954,3 millions d’euros sur le dernier exercice clos (résultat net de 82,1 millions d’euros, en hausse de 8%, pour une marge nette de 8,6%). Le plan répartit une partie de cette ambition entre 350 millions d’euros visés en Allemagne, Suisse et Autriche, et 350 millions d’euros aux États-Unis et au Royaume-Uni. Wavestone prévoit d’y consacrer jusqu’à 100 millions d’euros de dépenses opérationnelles dans l’intelligence artificielle et jusqu’à 800 millions d’euros en acquisitions ciblées, dont celle de Sand Cherry constitue une première illustration concrète.

Signe de l’évolution du modèle, l’intelligence artificielle représente désormais 17% du chiffre d’affaires du groupe, contre 8% un an plus tôt, une montée en puissance qui s’ajoute à une demande soutenue sur la cybersécurité, le cloud et les solutions SAP, autant de segments sur lesquels Wavestone a bâti sa réputation en France, notamment auprès de grands comptes et d’administrations publiques.

Un enjeu de souveraineté à rebours des récits habituels

La plupart des dossiers de souveraineté numérique suivis ces dernières semaines concernent la défense d’actifs français face à des rachats ou des dépendances technologiques étrangères, qu’il s’agisse de cloud, de semi-conducteurs ou de financement obligataire. Le mouvement de Wavestone relève d’une logique inverse, mais tout aussi stratégique : un cabinet de conseil français, coté à Paris et dirigé depuis la France par Pascal Imbert, construit une taille critique aux États-Unis pour concurrencer directement les géants américains et anglo saxons du secteur, tels Accenture, Deloitte ou les activités numériques des grands cabinets de stratégie, plutôt que de rester une cible potentielle pour l’un d’entre eux.

Ce choix n’est pas anodin dans un secteur du conseil où la consolidation profite le plus souvent aux groupes américains, capables de racheter des pépites européennes pour intégrer leurs compétences en intelligence artificielle et en cybersécurité. En prenant l’initiative outre Atlantique, Wavestone cherche à inverser ce rapport de force, tout en conservant son ancrage capitalistique et décisionnel en France. L’entreprise reste ainsi un point d’appui pour les administrations et grands groupes français en matière de conseil en cybersécurité et en transformation numérique, un savoir faire jugé sensible, sans que sa croissance internationale ne dilue ce rôle.

Reste à mesurer, dans les prochains mois, la capacité de Wavestone à intégrer Sand Cherry sans perdre la proximité client revendiquée par ses dirigeants, et à transformer ces acquisitions successives en véritable relais de croissance rentable, condition nécessaire pour atteindre l’objectif de 1,4 milliard d’euros affiché pour 2030.

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