Entrepreneuriat féminin : Bpifrance mise sur les territoires

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Bpifrance a réuni les 7 et 8 septembre à Paris les 101 lauréates de la troisième édition de son concours « 101 Femmes Entrepreneures », une par département métropolitain et ultramarin, en présence de la ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes Aurore Bergé et du directeur général de Bpifrance Nicolas Dufourcq. L’occasion pour l’État et sa banque publique d’investissement de renouveler, pour la période 2026-2028, un accord-cadre engageant notamment BNP Paribas et les Caisses d’Épargne en faveur du financement des créatrices et repreneuses d’entreprise.

Un maillage territorial pensé comme un outil économique

Le principe du concours, lancé en 2024 et organisé sous le haut patronage du Premier ministre, tient en une contrainte simple : sélectionner une lauréate par département, y compris dans les territoires ultramarins, parmi près d’un millier de candidates évaluées par des jurys régionaux. Toutes sont des entrepreneures en amorçage, porteuses de projet, créatrices ou repreneuses depuis moins de trois ans, et accompagnées par au moins une structure du collectif Cap Créa, qui rassemble vingt-cinq réseaux d’appui à la création et à la reprise d’entreprise, dont les réseaux consulaires.

Ce choix d’un maillage systématique par département, plutôt qu’une sélection concentrée sur les métropoles où se trouvent naturellement le plus de candidatures, traduit une intention affichée par Bpifrance : traiter l’entrepreneuriat féminin comme un sujet d’irrigation économique des territoires autant que d’égalité. Les lauréates ont bénéficié, durant le bootcamp parisien, de formations, d’un accompagnement en ingénierie financière et d’une mise en réseau avec les promotions précédentes.

Un accord-cadre reconduit avec les grands réseaux bancaires

Le dispositif s’appuie sur un accord-cadre État-Bpifrance pour l’entrepreneuriat des femmes, en vigueur depuis 2012 et renouvelé cette année pour la période 2026-2028, dans lequel BNP Paribas et les Caisses d’Épargne ont signé une charte d’engagements. Les priorités affichées portent sur le renforcement de l’autonomie financière des entrepreneures, le post-accompagnement après la création, le développement du repreneuriat féminin et des déclinaisons régionales construites avec les Régions.

Nicolas Dufourcq a résumé l’enjeu en des termes qui dépassent la seule politique de diversité : « Elles sont une force de transformation économique. » Pour la ministre Aurore Bergé, le sujet est d’abord celui d’un déblocage : « Elles n’ont pas besoin qu’on les autorise à réussir : elles ont besoin que nous levions les obstacles qui freinent encore leurs ambitions. »

Le financement bancaire, obstacle persistant

Cette insistance sur le financement n’est pas rhétorique. Le baromètre DGE-Bpifrance sur l’entrepreneuriat féminin, publié au printemps 2026 dans le cadre du plan « Toutes et tous égaux », chiffre précisément l’obstacle : si la part des femmes parmi les créateurs d’entreprise atteint désormais 39 %, en progression régulière d’environ deux points par an depuis 2021, un écart net subsiste à l’accès aux ressources. Seules 32 % des femmes entrepreneures obtiennent le financement recherché, contre 40 % des hommes, soit un écart de huit points. L’accès au conseil suit la même pente : 32 % des femmes en bénéficient contre 39 % des hommes.

Le paradoxe est que cet accès plus difficile au crédit ne se traduit pas par une fragilité économique plus grande. Sur les micro-entreprises, le taux de pérennité à cinq ans atteint 45 % chez les femmes contre 36 % chez les hommes ; sur les entreprises classiques, il est strictement identique entre les deux sexes. Autrement dit, les créatrices d’entreprise en France affichent des taux de survie égaux ou supérieurs à ceux des hommes, tout en accédant moins facilement au capital qui leur permettrait de croître plus vite. C’est précisément ce goulet d’étranglement, plus que l’ambition entrepreneuriale elle-même, que l’accord-cadre 2026-2028 cible en resserrant les engagements des banques partenaires.

Une lecture en termes de souveraineté économique

Replacé dans la ligne éditoriale de la souveraineté économique française, ce type de dispositif touche à un enjeu rarement formulé en ces termes : la capacité du pays à mobiliser l’intégralité de son gisement entrepreneurial, plutôt qu’une fraction restreinte par des barrières d’accès au financement. Avec 39 % des créations d’entreprise portées par des femmes mais un accès au crédit inférieur de huit points, la France laisse mécaniquement une partie de son potentiel de croissance, d’innovation et de création d’emplois sous-exploitée, singulièrement dans les territoires les moins dotés en réseaux bancaires et en capital-risque.

La logique du maillage département par département répond aussi à une préoccupation plus ancienne de Bpifrance : irriguer l’économie productive au-delà des grandes métropoles, dans une France où la vitalité entrepreneuriale des territoires ruraux et périurbains conditionne largement l’autonomie économique locale. Le volet repreneuriat de l’accord-cadre s’inscrit dans le même registre : au moment où des dizaines de milliers de dirigeants partent chaque année à la retraite, la reprise d’entreprise par des femmes constitue un levier direct pour éviter la disparition de savoir-faire et d’emplois dans les bassins économiques concernés, un enjeu que Refrance a documenté à propos des outils numériques dédiés à la transmission d’entreprise.

Un dispositif parmi d’autres dans l’écosystème d’accompagnement

L’accord-cadre 2026-2028 complète un écosystème public d’accompagnement des TPE-PME déjà dense, où s’inscrit aussi le service Conseillers-Entreprises, récemment intégré à la Direction de l’information légale et administrative. Leur cohérence, plutôt que leur seul empilement, déterminera la capacité de l’État à transformer un discours désormais bien installé sur l’entrepreneuriat féminin en résultats mesurables sur l’écart de financement identifié par le baromètre DGE-Bpifrance.

La publication de l’édition 2027 du baromètre permettra de vérifier si l’écart de huit points sur l’accès au crédit se réduit effectivement.

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