Sans dépenser un euro, Amundi étend son emprise sur la gestion d’actifs américaine

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Le groupe français, filiale du Crédit Agricole, tire parti de sa participation dans l’américain Victory Capital pour peser un peu plus lourd sur le marché financier le plus riche du monde. L’occasion : le rachat, annoncé le 26 août, du gestionnaire First Eagle Investments pour environ 7 milliards de dollars.

Amundi n’a signé aucun chèque, mais c’est bien le premier gestionnaire d’actifs européen qui sort renforcé de l’opération. Le 26 août, Victory Capital, société de gestion basée à San Antonio, au Texas, a annoncé un accord définitif pour racheter First Eagle Investments, une maison de gestion new-yorkaise réputée pour ses fonds patrimoniaux et son approche « value », pour environ 7 milliards de dollars. La transaction fait naître une plateforme combinée pesant 571 milliards de dollars d’encours, tous types d’actifs confondus : multi-actifs, actions, obligataire et crédit alternatif.

Amundi n’est partie prenante ni à l’acquisition ni à son financement. Mais le groupe dirigé par Valérie Baudson est aujourd’hui le premier actionnaire de Victory Capital, avec une participation économique de 27 %. Mécaniquement, chaque dollar de valeur créé par la fusion Victory-First Eagle profite donc, en proportion, au bilan d’Amundi. « Nous saluons chaleureusement cette opération transformatrice. Victory Capital et First Eagle sont deux gestionnaires d’actifs de premier plan que nous connaissons très bien », a réagi Valérie Baudson dans un communiqué diffusé le jour même de l’annonce. Amundi distribue en effet depuis plusieurs années les stratégies des deux maisons auprès de sa clientèle internationale, hors des frontières américaines.

Le marché a salué la nouvelle : l’action Amundi a gagné environ 1 % à la Bourse de Paris pour s’établir autour de 95,2 euros, les investisseurs anticipant un effet relutif sur le bénéfice par action une fois l’intégration de First Eagle achevée et les synergies de coûts — évaluées à 280 millions de dollars par Victory Capital — pleinement réalisées.

Une participation héritée d’un troc sans numéraire

Cette influence sans capital engagé n’a rien d’un hasard : elle est le fruit d’une opération conclue par Amundi il y a deux ans et finalisée le 1er avril 2025. En juillet 2024, le groupe français avait annoncé la fusion de sa filiale américaine, Amundi US, avec Victory Capital. Plutôt que de vendre ses activités outre-Atlantique contre du cash, Amundi avait choisi de les échanger contre des actions du repreneur : 17,6 millions de titres, représentant à la clôture 21,2 % du capital de Victory Capital, une participation portée depuis à 27 % au fil des ajustements post-clôture. Aucune contrepartie en espèces n’a été versée dans un sens comme dans l’autre. L’accord prévoyait aussi des partenariats de distribution croisés sur quinze ans, chacun des deux groupes commercialisant les produits de l’autre sur son propre marché.

Le pari, à l’époque : plutôt que de rester un acteur de taille moyenne face aux géants américains (BlackRock, Vanguard, Fidelity), Amundi préférait devenir actionnaire de référence d’un groupe en pleine consolidation, sans les coûts ni la complexité d’une filiale directement gérée depuis Paris.

Deux ans plus tard, la stratégie porte ses fruits. Adossé à la force de frappe de son actionnaire français, Victory Capital poursuit sa propre course à la consolidation : après avoir intégré les activités américaines d’Amundi, le groupe texan avale aujourd’hui First Eagle, l’une des maisons de gestion indépendantes les plus respectées de Wall Street. Amundi, en creux, engrange les bénéfices de cette expansion sans avoir eu à mobiliser un euro de capitaux propres supplémentaires.

Le bras armé financier du Crédit Agricole

Cette opération illustre une facette moins visible de la puissance économique française à l’international : celle qui ne passe pas par la prise de contrôle direct, mais par des participations minoritaires structurantes, capables de générer de la valeur sans exposer le bilan. Amundi, détenu à 68,7 % par Crédit Agricole S.A., est déjà le premier gestionnaire d’actifs européen, avec près de 2 600 milliards d’euros d’encours et plus de 200 millions de clients à travers le monde. Sa participation dans Victory Capital constitue l’un de ses principaux relais de croissance sur le marché américain, le plus vaste et le plus lucratif au monde pour la gestion d’actifs, mais aussi l’un des plus difficiles à pénétrer pour un acteur étranger.

À l’heure où plusieurs dossiers industriels ou financiers alimentent régulièrement l’inquiétude sur la capacité de la France à conserver la maîtrise de ses fleurons, l’exemple d’Amundi rappelle qu’une autre voie existe : celle d’un groupe tricolore qui, sans jamais détenir la majorité d’un acteur américain, en capte une part croissante de la valeur créée à mesure que ce dernier grossit par acquisitions successives. Reste à savoir si cette influence par participation interposée suffira, à terme, à peser sur les orientations stratégiques d’un ensemble combiné qui approchera bientôt les 600 milliards de dollars d’encours — et dans lequel Amundi n’est, malgré son rang de premier actionnaire, toujours pas majoritaire.

Aucun calendrier précis de clôture de l’acquisition de First Eagle par Victory Capital n’a été communiqué à ce stade ; l’opération reste soumise aux conditions usuelles, dont les autorisations réglementaires habituelles à ce type de transaction aux États-Unis.

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