Gabon : le bénéfice de TotalEnergies EP double, révélateur d’un ancrage français toujours stratégique en Afrique centrale

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TotalEnergies EP Gabon, filiale cotée du groupe pétrolier français à Libreville, a publié le 28 août ses résultats du premier semestre 2026 : un bénéfice net de 51 millions de dollars, en hausse de 132 % sur un an, porté par la flambée des prix du pétrole liée aux tensions au Moyen-Orient. Un résultat en apparence technique, mais qui éclaire la solidité — et les enjeux — d’un des plus anciens partenariats économiques de la France en Afrique, à un moment où Paris et Libreville referment tout juste la parenthèse ouverte par le coup d’État de 2023.

Un semestre porté par les prix, pas par les volumes

Le chiffre d’affaires de la filiale gabonaise recule légèrement, de 4 %, à 209 millions de dollars, la faute à un calendrier d’enlèvements de cargaisons moins favorable qu’un an plus tôt. Mais la rentabilité, elle, s’envole : le prix de vente moyen du brut gabonais a bondi de 41 % sur un an, à 96,9 dollars le baril, tandis que la production reste stable à 15 600 barils par jour. Une variation de stock favorable de 65 millions de dollars a également soutenu le résultat, partiellement compensée par une charge fiscale alourdie de 26 millions de dollars. TotalEnergies détient plus de 58 % du capital de cette entité, cotée sur Euronext Paris sous le nom historique de Total Gabon.

Le facteur explicatif tient en une phrase, reprise par la filiale elle-même : la remontée du Brent depuis la mi-mars, conséquence directe du conflit qui oppose l’Iran à ses adversaires régionaux depuis février et des incidents à répétition dans le détroit d’Ormuz, voie de passage d’environ un cinquième du pétrole mondial. Le baril s’est durablement installé au-dessus de 110 dollars sur la période, très au-delà des 65,1 dollars sur lesquels Libreville avait bâti son budget 2026 — un écart qui génère, selon les analystes locaux, un gain brut potentiel de l’ordre de 9,7 milliards de francs CFA par jour pour l’ensemble de la filière pétrolière gabonaise, dont l’État ne capte toutefois que 40 à 60 % selon les termes des contrats de partage de production.

Un ancrage vieux de neuf décennies, reconduit jusqu’en 2042

Ce résultat semestriel prend tout son relief à la lumière du cadre contractuel dont bénéficie TotalEnergies au Gabon. Présent dans le pays depuis plus de 90 ans, le groupe français a obtenu en 2024 la prolongation de ses droits d’exploration et d’exploitation jusqu’au 30 juin 2042, sans participation de l’État gabonais ni de la société publique Gabon Oil Company dans le capital des concessions concernées — un régime plus favorable que celui accordé à d’autres opérateurs présents dans le pays, comme le britannique Perenco. Le Gabon reste le troisième producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne, avec une production nationale d’environ 216 000 barils par jour, mais ne couvre que 28 % de ses besoins en produits raffinés, restant largement dépendant des importations.

Cet ancrage pétrolier s’inscrit dans une relation bilatérale en pleine recomposition. Depuis le coup d’État d’août 2023 qui a porté Brice Oligui Nguema au pouvoir, puis son élection à la présidence en 2025, Paris et Libreville ont progressivement renoué le dialogue : rencontre entre Emmanuel Macron et Oligui Nguema en marge du sommet Africa Forward à Nairobi en mai, puis, point d’orgue, une visite d’État du président gabonais à Paris les 20 et 22 juillet 2026 — le statut protocolaire le plus élevé, succédant à une simple visite officielle en 2024, et perçu à Libreville comme une véritable « consécration diplomatique ». Les discussions ont porté sur la transformation locale du manganèse, la modernisation du chemin de fer transgabonais et les enjeux forestiers du bassin du Congo, mais aussi, plus largement, sur l’énergie, l’eau et l’industrie, dans une approche que les deux capitales présentent comme « repensée », fondée sur la réciprocité et la création de valeur locale.

Une France en concurrence pour son influence économique

Cette insistance gabonaise sur la « transformation locale » et la « souveraineté industrielle » n’est pas anodine : elle traduit la volonté de Libreville de ne plus se contenter d’un rôle de fournisseur de matières premières brutes, alors que la concurrence pour l’influence économique s’est intensifiée ces dernières années. La Chine, via le forum de coopération Chine-Afrique (FOCAC), avait ainsi mobilisé plus de 4,3 milliards de dollars d’investissements promis au Gabon fin 2024, couvrant infrastructures et industrie extractive — un rappel que l’ancrage historique de TotalEnergies, aussi solide soit-il sur le papier avec une concession courant jusqu’en 2042, ne dispense pas la France de conforter activement sa présence économique face à d’autres puissances désormais très actives sur le continent.

Pour Refrance, ce résultat trimestriel en apparence mineur illustre donc un mécanisme plus large : la rente pétrolière d’un partenaire africain historique de la France profite directement à un groupe français coté à Paris, dans un contexte géopolitique — la guerre au Moyen-Orient et la tension sur le détroit d’Ormuz — qui, par ricochet, redonne de la valeur à des actifs pétroliers hérités d’une présence économique française vieille de près d’un siècle. Reste à savoir si cette rente, appelée à se tarir avec le reflux attendu des prix du pétrole vers 60 dollars en 2027 selon les projections locales, sera mise à profit par Paris et Libreville pour bâtir la coopération industrielle plus diversifiée que les deux capitales appellent aujourd’hui de leurs vœux.

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