Dette souveraine : Fitch maintient la note France à A+, mais alourdit ses prévisions de déficit jusqu’en 2028

Image d'illustration

Table des matières

L’attente aura duré toute la semaine. Vendredi 28 août au soir, l’agence de notation Fitch a rendu son verdict sur la solvabilité de la France : la note souveraine est maintenue à A+, avec perspective stable. Un statu quo qui évite au pays une dégradation supplémentaire, un an après la perte de son double A historique, mais qui s’accompagne d’un satisfecit en trompe-l’œil : l’agence relève sensiblement ses projections de déficit et de dette pour les prochaines années, signe que la trajectoire des finances publiques françaises continue de se dégrader aux yeux des marchés.

Un maintien sous surveillance

Fitch avait dégradé la France de AA− à A+ en septembre 2025, dans la foulée de l’instabilité politique consécutive à la dissolution de l’Assemblée nationale. Depuis, l’agence scrute chaque échéance budgétaire avec une attention particulière. Cette fois, elle a choisi de ne pas franchir un cran supplémentaire — le scénario que redoutaient les marchés — mais son communiqué ne cache pas son scepticisme. Selon l’agence, trois facteurs pèsent structurellement sur la note française : « une dette élevée et en augmentation, un contexte social et politique qui rend difficile une consolidation des comptes publics, ainsi qu’un faible potentiel de croissance ».

C’est précisément ce que redoutaient les économistes interrogés dans les jours précédant l’annonce. Hadrien Camatte, économiste chez Natixis CIB, avait anticipé dès mercredi que « le statu quo semble être le scénario le plus probable », faute d’éléments budgétaires nouveaux avant la présentation du projet de loi de finances, prévue le 30 septembre par le Premier ministre Sébastien Lecornu. Un autre économiste, cité par la presse économique, résumait crûment la position de l’agence : « Si j’étais à la place de Fitch, je garderais la note inchangée », pour ne pas ajouter de la volatilité à une situation politique déjà tendue.

Des prévisions revues nettement à la hausse

Le point le plus significatif du rapport de Fitch ne porte pas sur la note elle-même, mais sur la trajectoire qu’elle projette. L’agence table désormais sur un déficit public de 5,1 % du PIB en 2025, puis 5,2 % en 2026, un pic à 5,5 % en 2027 — année de l’élection présidentielle — avant un léger repli à 5,2 % en 2028. Ces chiffres sont nettement plus pessimistes que l’objectif affiché par le gouvernement, qui vise 4,9 % pour 2026. Côté endettement, Fitch anticipe une dette publique atteignant 122,7 % du PIB en 2028, contre 115,7 % en 2025 — une hausse continue que l’agence attribue à l’affaiblissement de la croissance, à l’alourdissement du service de la dette et au renforcement des dépenses militaires.

La charge d’intérêts illustre concrètement cette dérive : elle est passée de 29,2 milliards d’euros en 2025 à 34,5 milliards d’euros sur le seul premier semestre 2026. Sur les marchés obligataires, le rendement de l’OAT à 10 ans a atteint 4,14 % vendredi, son plus haut niveau depuis 2008, tandis que l’écart de taux avec le Bund allemand — le fameux « spread », baromètre de la confiance des investisseurs — s’est élargi d’environ 60 à 85 points de base en l’espace de quelques semaines. Ce mouvement avait déjà provoqué, jeudi, un net repli des valeurs bancaires françaises en Bourse (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole), les investisseurs anticipant un risque de dégradation.

Une équation politique sans marge de manœuvre

Le rapport de Fitch pointe explicitement l’absence de majorité stable à l’Assemblée nationale comme un obstacle structurel à toute consolidation budgétaire crédible. La France insoumise a d’ores et déjà fait savoir qu’elle censurerait le budget que doit présenter Sébastien Lecornu fin septembre, ravivant le spectre d’une nouvelle crise institutionnelle. Fitch va jusqu’à estimer que l’élection présidentielle de 2027 n’apportera pas de clarification rapide, la fragmentation politique française étant appelée à perdurer au-delà de cette échéance.

Pour Refrance, l’enjeu dépasse la seule mécanique financière. La hausse continue de la charge de la dette — désormais un poste budgétaire de premier plan — réduit d’autant la capacité de l’État à financer ses priorités stratégiques, qu’il s’agisse de l’effort de défense, de la réindustrialisation ou des grands programmes de souveraineté technologique et énergétique engagés ces derniers mois. Un déficit persistant au-dessus de 5 % du PIB, conjugué à des taux d’emprunt au plus haut depuis quinze ans, restreint mécaniquement les marges de manœuvre budgétaires de la France au moment même où elle cherche à accélérer ses investissements souverains. La prochaine échéance à surveiller sera la présentation du budget 2027, le 30 septembre, dont dépendra la crédibilité de la trajectoire promise aux agences de notation.

Et si vous receviez notre newsletter mensuelle ?

    Plus d'articles