Le patronat français a choisi la fermeté pour ouvrir sa grand-messe estivale. Réunis mercredi 26 août au stade Roland-Garros pour la Rencontre des Entrepreneurs de France (REF), quelque 20 000 chefs d’entreprise ont entendu leur président, Patrick Martin, dénoncer un « déclassement » national qu’il juge évitable, à condition que la France retrouve « lucidité » et « courage ». Un discours offensif, prélude à une séquence politique inédite : jeudi, pour la première fois de la campagne présidentielle 2027, sept candidats de premier plan débattront sur la scène du Medef, retransmis en direct sur LCI.
Un patronat inquiet, une consultation massive
Le ton de l’organisation patronale s’appuie sur une consultation Medef-OpinionWay menée entre avril et juillet 2026 auprès de 66 000 chefs d’entreprise, dont les résultats ont servi de socle au discours de Patrick Martin. Neuf entrepreneurs sur dix se disent inquiets de la politique économique qui sera menée après l’élection présidentielle. Seuls 20 % d’entre eux encourageraient aujourd’hui un jeune à créer son entreprise en France, contre le double s’il devait le faire à l’étranger — un différentiel que le Medef présente comme un symptôme direct de la perte d’attractivité du pays. L’organisation rappelle par ailleurs que 70 000 entreprises ont cessé leur activité l’an dernier.
Face à cette audience, Patrick Martin a dénoncé une accumulation réglementaire qu’il juge devenue ingérable — il a cité la 38e loi de simplification en préparation comme symptôme d’un empilement normatif sans fin — ainsi qu’une pression fiscale qu’il estime intenable : « Nous ne pouvons pas compenser nos pertes par des impôts », a-t-il lancé, avant d’ajouter que l’instabilité administrative et fiscale décourage l’investissement productif. Le sujet n’est pas nouveau pour le patronat : Patrick Martin avait déjà averti ces dernières semaines que les entreprises françaises avaient atteint leur « seuil de douleur » fiscal, alors que le gouvernement envisage de reconduire pour une troisième année consécutive la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises dans le projet de loi de finances 2027.
La souveraineté comme fil rouge
C’est toutefois sur le terrain de la souveraineté que le message patronal a été le plus tranchant. Patrick Martin a dénoncé des « offensives étrangères prédatrices » visant à la fois les industries et les données françaises, et posé le redressement des finances publiques comme un préalable incontournable à toute autonomie stratégique nationale. Une formule qui fait écho aux inquiétudes exprimées ces derniers mois par plusieurs filières industrielles françaises — cloud et données, énergie, défense, minéraux critiques — sur leur dépendance à des capitaux, des technologies ou des chaînes d’approvisionnement extérieures. Concluant son intervention d’une heure, le président du Medef a lancé un avertissement à double destinataire, aux pouvoirs publics comme aux compétiteurs étrangers : « Ne nous sous-estimez pas », rappelant que les 240 000 entreprises adhérentes de l’organisation patronale emploient 12 millions de salariés en France.
Jeudi, la présidentielle s’invite à Roland-Garros
La seconde journée de la REF marquera une bascule inédite dans le calendrier de la campagne 2027. Sept candidats déclarés ou pressentis — Marine Le Pen (RN), Bruno Retailleau (Les Républicains), Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), Gabriel Attal (Renaissance), Édouard Philippe (Horizons), Raphaël Glucksmann (Place publique) et Marine Tondelier (Les Écologistes) — se succéderont de 16h45 à 18h45 sur le court Philippe-Chatrier, interrogés par cinq chefs d’entreprise sous la modération de la journaliste Amélie Carrouër. Fiscalité, compétitivité, simplification administrative, capacité productive, transition écologique et modèle social figurent au programme des échanges ; Édouard Philippe devrait notamment être questionné sur son projet de report progressif de l’âge légal de départ à la retraite à 67 ans.
En choisissant d’organiser ce premier grand oral économique de la présidentielle, le Medef entend peser sur un débat qu’il juge trop souvent réduit aux seuls enjeux sociétaux, en imposant la compétitivité et l’indépendance économique du pays comme critères de jugement des candidats. Le symbole est appuyé : c’est sur les mêmes courts qui accueillent chaque printemps le tournoi de tennis que les prétendants à l’Élysée devront cette fois défendre leur crédibilité économique devant l’organisation patronale la plus influente du pays.
Un test de crédibilité pour la rentrée
Au-delà de la mise en scène, cette édition de la REF illustre une évolution de posture du patronat français : moins revendicative sur les seules baisses de charges, davantage centrée sur un discours de souveraineté et de puissance économique, dans la continuité des débats qui ont traversé l’appareil d’État français ces derniers mois — cloud souverain, minéraux critiques, dette publique, budget de la défense. Pour Refrance, cette séquence confirme que la question de l’indépendance économique et industrielle de la France s’installe durablement au cœur du débat public, bien au-delà des seuls cercles spécialisés, à un an d’une élection présidentielle dont l’issue conditionnera directement les arbitrages budgétaires et réglementaires que réclame aujourd’hui l’ensemble du tissu entrepreneurial français.
