TotalEnergies dépose le permis du plus grand parc éolien offshore français

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La société de projet Centre Manche Énergies, filiale à 100 % de TotalEnergies, a officiellement déposé le 28 mai 2026 sa demande d’Autorisation Unique pour un parc éolien en mer de 1,5 gigawatt au large de la Normandie, huit mois après l’attribution du projet par l’État français.

Un projet éolien offshore d’envergure inédite en France

C’est TotalEnergies qui, le 28 mai 2026, franchit une étape décisive dans le développement d’un parc éolien en mer au large des côtes normandes, en déposant auprès des autorités compétentes la demande d’Autorisation Unique pour un projet d’une capacité installée de 1,5 gigawatt. Ce dépôt intervient huit mois après que l’État a attribué le projet à la société de projet Centre Manche Énergies, entité détenue intégralement par le groupe énergétique français. La démarche confirme la volonté du groupe de s’imposer comme un acteur central de la transition énergétique nationale, dans un secteur où la France accuse encore un retard significatif par rapport à ses voisins européens tels que le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou le Danemark.

Avec une capacité de 1,5 GW, le projet Centre Manche dépasse en puissance tous les parcs éoliens offshore actuellement en exploitation ou en construction sur le territoire français. À titre de comparaison, les premiers parcs éoliens en mer mis en service en France, notamment Saint-Nazaire et Fécamp, affichent des capacités comprises entre 480 et 500 mégawatts. Le projet normand représente donc un saut qualitatif et quantitatif majeur pour la filière nationale, qui peine depuis une décennie à tenir le rythme fixé par les objectifs de la programmation pluriannuelle de l’énergie.

La Manche constitue géographiquement l’un des couloirs maritimes les plus fréquentés au monde, ce qui confère au projet une complexité opérationnelle et réglementaire particulière. Le processus d’Autorisation Unique, qui regroupe l’ensemble des procédures administratives nécessaires à l’implantation d’un tel équipement en mer — permis de construire, autorisation d’occupation du domaine public maritime, autorisation au titre de la loi sur l’eau —, constitue une phase longue et exigeante. Son dépôt officiel marque néanmoins le début d’une nouvelle séquence, celle de l’instruction administrative et de la consultation des parties prenantes.

L’éolien offshore, levier stratégique pour la souveraineté énergétique européenne

Le projet Centre Manche s’inscrit dans un contexte européen où la sécurité d’approvisionnement énergétique est redevenue une priorité absolue depuis les crises successives de ces dernières années. L’Union européenne a fixé des objectifs ambitieux en matière d’énergie renouvelable, avec une cible de 300 gigawatts d’éolien offshore à l’horizon 2050 pour l’ensemble du continent. La France, dotée du deuxième plus grand espace maritime au monde, dispose d’un potentiel considérable en la matière, mais sa capacité installée en éolien en mer reste marginale comparée aux ambitions affichées.

Pour TotalEnergies, ce projet représente bien davantage qu’un simple actif de production. Il matérialise le repositionnement stratégique du groupe vers les énergies renouvelables, engagé publiquement depuis plusieurs années. En pilotant seul, via Centre Manche Énergies, un projet de cette ampleur, le groupe démontre sa capacité à porter des développements complexes sur le territoire national, tout en consolidant son savoir-faire industriel dans un secteur où la concurrence internationale est vive — notamment face aux acteurs scandinaves, britanniques et danois qui dominent historiquement la filière.

La localisation normande du projet n’est pas anodine. La Normandie concentre des infrastructures industrielles et portuaires susceptibles d’accueillir la construction, l’assemblage et la maintenance des équipements offshore. La région a d’ailleurs exprimé des ambitions fortes pour devenir un pôle d’excellence de l’éolien en mer, en s’appuyant notamment sur les ports du Havre et de Cherbourg, qui font l’objet d’investissements publics et privés dédiés à la filière. Ce projet pourrait ainsi générer des retombées économiques directes et indirectes significatives pour le tissu industriel local et régional.

Le dépôt du permis, point de départ d’un long processus réglementaire

Si le dépôt de la demande d’Autorisation Unique constitue une étape formellement importante, il ne préjuge pas des délais qui s’ouvrent désormais. En France, l’instruction de tels dossiers pour des projets d’éolien en mer s’étend généralement sur plusieurs années, entre l’examen des impacts environnementaux, les enquêtes publiques, les recours contentieux potentiels et la délivrance effective des autorisations. Les acteurs du secteur appellent régulièrement à une simplification et à une accélération de ces procédures, jugées trop longues au regard des urgences climatiques et de l’intensité de la concurrence internationale pour attirer les investissements dans la filière.

La loi d’accélération de la production d’énergies renouvelables, adoptée en France en 2023, a introduit plusieurs dispositions visant à raccourcir ces délais administratifs et à sécuriser juridiquement les projets. Reste à savoir si ces mesures produiront leurs effets à la hauteur des attentes pour un projet de l’ampleur du Centre Manche. Les décideurs publics et les investisseurs institutionnels suivront de près l’évolution du calendrier d’instruction, tant les enjeux financiers et industriels associés à ce chantier sont considérables.

Pour l’heure, le dépôt officiel du dossier par Centre Manche Énergies confirme que TotalEnergies entend tenir le calendrier de développement fixé lors de l’attribution du projet par l’État. Le plus grand projet d’énergie renouvelable jamais initié en France entre ainsi dans sa phase administrative déterminante, dont l’issue conditionnera la capacité du pays à honorer ses engagements climatiques et à renforcer son autonomie énergétique dans la décennie à venir.

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