Le groupe Iliad, maison-mère de Free, affiche un EBITDAaL consolidé en progression de 1,2 % au premier trimestre 2025, porté par une croissance organique de 3,3 % et une performance remarquable en Italie. En parallèle, le consortium qu’il forme avec Bouygues Telecom et Orange avance dans le dossier de reprise d’actifs d’Altice France, une opération à 20,35 milliards d’euros qui pourrait redessiner le paysage des télécoms en France.
Iliad consolide ses positions malgré une concurrence accrue
Le groupe de télécommunications Iliad a publié jeudi ses résultats du premier trimestre, affichant un résultat opérationnel courant (EBITDAaL) consolidé de 942 millions d’euros, contre 931 millions d’euros sur la même période l’année précédente, soit une hausse de 1,2 % sur un an. La croissance organique du chiffre d’affaires s’établit à 3,3 %, un niveau qui traduit une dynamique commerciale soutenue malgré un environnement compétitif particulièrement intense sur les marchés français et italien.
C’est précisément en Italie qu’Iliad réalise sa meilleure performance trimestrielle. Le résultat opérationnel y bondit de 25 %, atteignant 111 millions d’euros. Entré sur le marché transalpin en 2018 avec des forfaits à bas coûts, le groupe a reproduit la stratégie de disruption tarifaire qui lui avait permis de bousculer les opérateurs historiques français dès 2012. Cette approche continue de porter ses fruits, même si la concurrence réplique avec vigueur.
« On continue à recruter malgré les attaques de nos concurrents », a déclaré Thomas Reynaud, directeur général d’Iliad, lors d’une conférence de presse. Il a qualifié le marché italien d’« hyper concurrentiel », pointant les offres agressives de certains rivaux. Cette capacité à maintenir une dynamique d’acquisition d’abonnés dans un contexte de guerre des prix illustre la résilience du modèle économique du groupe.
Le dossier SFR, épreuve de vérité pour la consolidation des télécoms en Europe
Au-delà des résultats trimestriels, c’est le dossier Altice France qui concentre l’attention des observateurs et des décideurs du secteur. Il y a un mois, Iliad a rejoint un consortium avec Bouygues Telecom et Orange pour déposer une offre conjointe portant sur une partie des actifs d’Altice France, dont SFR, le deuxième opérateur de télécommunications du pays. L’opération valorise l’ensemble à 20,35 milliards d’euros.
Si elle aboutit, cette transaction réduirait le nombre d’opérateurs mobiles nationaux de quatre à trois, une évolution structurelle majeure pour le marché français. Elle ferait également figure de précédent à l’échelle européenne, dans un secteur qui cherche depuis plusieurs années à atteindre une taille critique face aux géants américains et asiatiques des infrastructures numériques.
Thomas Reynaud s’est voulu prudent sur l’issue du processus. « Les discussions sont en cours avec un esprit constructif de l’ensemble des parties », a-t-il indiqué aux journalistes, avant d’ajouter que l’opération est « bien plus complexe que la plus complexe des opérations » et que « l’issue reste incertaine ». Cette formulation souligne à la fois la volonté de maintenir une dynamique de négociation et les nombreux obstacles réglementaires, financiers et opérationnels qui jalonnent encore le chemin vers une éventuelle conclusion.
La semaine dernière, Altice France a d’ailleurs prolongé jusqu’au 5 juin la période d’exclusivité accordée au consortium, signal que les discussions se poursuivent sans avoir encore abouti à un accord définitif. Cette extension témoigne de la complexité technique et juridique d’un montage impliquant trois opérateurs concurrents et des actifs stratégiques d’envergure nationale.
Un enjeu de souveraineté numérique pour la France et l’Europe
Au-delà des logiques financières et concurrentielles, l’opération soulève des questions de souveraineté économique et numérique. Les infrastructures de télécommunications — réseaux mobiles, fibre optique, data centers — constituent un socle critique pour la compétitivité des entreprises comme pour la résilience des États. La consolidation du secteur français pourrait, selon ses partisans, permettre d’atteindre les niveaux d’investissement nécessaires pour accélérer le déploiement du très haut débit et de la 5G sur l’ensemble du territoire.
Les régulateurs européens examineront néanmoins de près les effets d’une telle concentration sur les prix et la qualité de service pour les consommateurs. L’Autorité de la concurrence française et la Commission européenne auront un rôle déterminant dans la validation ou le rejet du schéma proposé. Le précédent de l’échec de la fusion entre O2 et Three au Royaume-Uni, finalement autorisée en 2024 après plusieurs années de procédure, montre que ces dossiers peuvent connaître des trajectoires longues et incertaines.
Pour Iliad, l’enjeu est double : préserver sa position de troisième opérateur français tout en participant activement à une recomposition du marché qui pourrait, à terme, modifier les équilibres concurrentiels dans lesquels le groupe a précisément construit son avantage compétitif. La capacité du groupe à naviguer entre ces intérêts parfois contradictoires sera l’un des marqueurs de sa maturité stratégique dans les prochains mois.
Les prochaines semaines seront déterminantes : la date butoir du 5 juin fixe un horizon à court terme pour mesurer l’état réel des négociations et la probabilité d’un accord. En attendant, les résultats du premier trimestre confirment qu’Iliad dispose d’une base opérationnelle solide pour aborder cette séquence stratégique depuis une position de force relative.
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