Sécurité : est-on entré dans un âge sans braquage de banque ? 

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Le 24 mars dernier, des malfaiteurs ont tenté de braquer un fourgon blindé de transport de fonds à Beynost, au nord-est de Lyon. Sans succès. Depuis, la police judiciaire de Lyon traque les assaillants. En France comme ailleurs, ce type d’attaque devient de plus en plus rare. Voici pourquoi.  

Une voiture devant, une voiture derrière. Objectif : prendre en sandwich le fourgon de transport de fonds. Le guet-apens semblait presque parfait à Beynost, en ce milieu de matinée du mardi 24 mars 2026, dans cette opération minutieusement étudiée par les malfaiteurs – ils seraient entre trois et cinq. Mais face à la détermination et la résistance des convoyeurs, les assaillants ont dû prendre la fuite avant d’incendier leurs propres véhicules. L’enquête de la PJ de Lyon a rapidement commencé, mais n’a pas encore rendu son verdict. 

IBNS, un système hyper dissuasif 

Dans l’actualité, les précédentes occurrences de tels braquages se sont elles aussi soldées par des échecs, comme en avril 2025 quand des malfrats ont tenté de braquer un fourgon devant la Banque de France de Grenoble. Après des mois d’enquête, la Division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS) de la police nationale de l’Isère et l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO) ont réussi à appréhender, le 16 septembre dernier, les auteurs de cette tentative de braquage. « On en comptait jusqu’à 10 à 20 par an dans les années 90, estimait en 2020 Yann Sourisseau, alors directeur de l’OCLCO. Désormais, on a une ou deux affaires par an maximum, voire aucune. Il y a très peu d’équipes qui peuvent le faire. Il faut une logistique importante, savoir qu’il y a un certain montant dans un fourgon blindé à tel moment, être suffisamment nombreux mais agir de façon discrète, avoir des armes, des gilets pare-balles, des voitures volées. Ça ne s’improvise pas du jour au lendemain. » Les braquages réussis – sous-entendu avec des butins à plusieurs millions d’euros – sont ainsi devenus beaucoup plus rares qu’avant. Et ce pour plusieurs raisons. 

La raison nº1, c’est l’ensemble des dispositifs de sécurité qui entourent la protection de la monnaie fiduciaire, au moment de son transport comme lors de son utilisation dans les terminaux tels que les distributeurs automatiques (DAB). En France, les établissements bancaires ont principalement recours à Oberthur Feerica, leader européen né de la fusion en décembre dernier entre l’entreprise française Oberthur Cash Protection (OCP) et de l’entreprise portugaise Feerica. Côté français, l’entreprise peut s’appuyer sur quatre décennies d’expérience, OCP étant né du rachat en 1993 par Oberthur Fiduciaire du fleuron du secteur, Axytrans (fondé en 1985). Au fil des années, cette entreprise tricolore a perfectionné son système IBNS (Intelligent Banknote Neutralisation System), capable de neutraliser instantanément les billets visés par les voleurs. Que ceux-ci soient placés dans les DAB, dans des valises sécurisées ou dans des fourgons blindés, ils sont – en cas de tentative d’effraction – aspergés d’encre indélébile et ainsi rendus inutilisables. 

Aujourd’hui, ce leader européen est en passe de devenir un leader mondial de la protection de l’argent liquide. Le système IBNS d’Oberthur Cash Protection a déjà été adopté et attesté par des clients issus des cinq continents. En Europe, il est largement utilisé en Belgique, au Royaume-Uni, en Suède, en Autriche ou en Suisse ; mais aussi en Afrique, en Océanie et même en Amérique du Nord. En février dernier, lors de la conférence ATMIA aux États-Unis, un débat autour de la sécurité des distributeurs automatiques de billets de grande capacité (DAB-GC) a été d’ailleurs très révélateur des enjeux liés aux braquages des terminaux américains, bien plus fréquents qu’en Europe. Au micro, Paul Nicholls, directeur Business Development chez Oberthur Feerica, et Preston Suggs, vice-président chez Regions Bank, ont noté que les attaques à l’explosif se poursuivaient aux États-Unis, et ont largement échangé leur expérience. Pour les deux professionnels, il est impératif de travailler sur la dissuasion : « Le vol aux distributeurs automatiques de billets rapporte généralement 100000 dollars et n’entraîne pas plus de deux ans de prison, a regretté Preston Suggs. Le système IBNS est donc le seul moyen de dissuasion qui fonctionne de manière constante. » Un point de vue partagé par Paul Nicholls d’Oberthur Feerica qui considère que le dispositif IBNS est le seul et unique moyen de dissuader les éventuels criminels de s’attaquer aux DAB, même ceux installés dans des « zones à haut risque et à forte demande ». 

Le grand banditisme s’est rabattu sur le cyber 

La raison nº2 expliquant cette diminution du nombre de braquages est en réalité l’une des conséquences de la première. Certes, les attaques dans le monde physique sont devenues de plus en plus rares grâce aux systèmes de protection actuels, mais le crime organisé n’a pas pour autant disparu. Il s’est en réalité reporté sur le trafic de drogue, mais surtout sur l’écosystème digital. Selon les chiffres du ministère français de l’Intérieur, cette cybercriminalité est aujourd’hui devenue l’une des composantes majeures du crime organisé et du grand banditisme. Le rapport 2025 publié par le Centre d’analyse et de regroupement des Cybermenaces (CECyber) du Commandement du ministère de l’Intérieur dans le cyberespace (COMCYBER-MI) fait ainsi état de 348000 atteintes numériques en 2024, soit une hausse de +74 % en 5 ans. À cela s’ajoutent les fraudes aux moyens de paiement (618 millions d’euros au premier semestre 2025 selon les chiffres de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiements), ou encore la fraude par manipulation (382 millions d’euros selon les données de la Banque de France). Il est donc aujourd’hui plus facile – et bien moins risqué – de vider des coffres virtuels, ou d’arnaquer des usagers en ligne et des administrations que de braquer des fourgons blindés. 

L’arrivée du grand banditisme dans le monde cyber a été prise très au sérieux par les autorités françaises ces dernières années. Selon Vincent Strubel, directeur général de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), « le niveau de cybermenace reste élevé, n’épargne personne et est le fait d’attaquants toujours plus difficiles à suivre. Les frontières entre acteurs étatiques et cybercriminels s’érodent. Les attaquants se spécialisent mais partagent outils et méthodes, ils profitent de faiblesses dans des produits ou équipements peu supervisés, ils revendiquent bruyamment ou se cachent silencieusement pour préparer des actions futures dont les objectifs inconnus doivent collectivement nous alarmer ». Il est donc logique de voir là le principe des vases communicants : la cybercriminalité explose pendant que la criminalité physique baisse. 

Le ministère de l’Intérieur relève en effet une baisse des attaques à main armée en France (-7% en 2025), statistique comprenant les braquages de banques, les attaques de fourgons blindés et les vols à main armée contre des commerçants. Cette baisse sensible est en réalité la conjugaison de deux facteurs : la diminution continue du nombre de points de retrait en liquide (environ 58000 DAB en 2015 contre 42000 en 2025) et le renforcement de leur sécurité grâce au dispositif IBNS. Il est donc bien possible que nous soyons en train d’entrer dans un âge sans braquage de banque… 

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