La startup deeptech aubagnaise IPSOMEL INNOVATION, spécialisée dans la bioproduction de molécules d’origine biologique, annonce une augmentation de capital de 2,3 millions d’euros et se rebaptise ASKLEIA — du nom d’Asclépios, dieu de la médecine dans la mythologie gréco-romaine. L’opération, souscrite par les actionnaires historiques et le fonds iXcore (spécialisé biotech et deeptech), doit permettre d’accélérer la validation industrielle de sa technologie brevetée d’extraction et de purification de biomolécules. Fondée en 2021 et basée à Aubagne depuis 2023 au sein de l’écosystème Eurobiomed, Askleia ambitionne de commercialiser des équipements industriels de bio-production d’ici 2030 et de dépasser 400 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2040.
Une technologie de rupture brevetée : optimiser l’extraction des biomolécules pour réduire le coût des biomédicaments
La technologie développée par Askleia s’attaque à l’un des goulots d’étranglement les plus coûteux de la production de biomédicaments : la purification. Lors de la production de molécules d’intérêt biologique — ARN messagers, protéines recombinantes, peptides, anticorps conjugués — la molécule cible doit être extraite du milieu de culture dans lequel elle a été produite. Cette étape de purification, généralement réalisée par chromatographie, représente l’essentiel du coût de fabrication des biomédicaments. Les systèmes de chromatographie actuellement utilisés sont coûteux à l’achat, consommateurs de solvants et génèrent des rejets polluants significatifs. Askleia a développé, au cours de trois ans de R&D, une technologie alternative couverte par deux brevets, qui optimise l’extraction de la molécule d’intérêt directement de son milieu de culture, remplaçant avantageusement les systèmes chromatographiques conventionnels avec une purification plus poussée, des coûts de production réduits et des rejets polluants significativement moindres.
L’application visée est large : Askleia cible l’ensemble des biomédicaments produits par des micro-organismes ou des cellules animales — anticorps monoclonaux pour l’oncologie et les maladies auto-immunes, protéines recombinantes pour les maladies rares, peptides thérapeutiques, ARNm pour les vaccins et thérapies géniques. Selon une étude du BCG, le marché émergent de la bio-production dans les industries cosmétique et agro-alimentaire devrait atteindre 200 milliards de dollars d’ici 2040 — un marché que la startup entend adresser une fois sa technologie qualifiée pour le secteur pharmaceutique. La France démontre ainsi sa capacité à faire émerger des technologies de rupture dans l’ensemble de la chaîne de valeur biomédicale — de la thérapie FLASH-VHEE développée par Thales et l’Institut Curie pour traiter les cancers inaccessibles jusqu’aux outils de bioproduction qui rendent les médicaments biologiques moins coûteux et plus durables.
Une feuille de route structurée de 2026 à 2030 : du screening à la commercialisation industrielle
La nouvelle équipe dirigeante — Jean-François Hilaire (Président et CEO), Hervé Jeanpierre (DG et CFO) et Jean-Étienne Fortier (COO), en place depuis avril 2025 — a mis en place une feuille de route précise articulée sur quatre jalons. En 2026, Askleia lance une offre de services destinée au stade précoce du développement de nouveaux médicaments, notamment pour l’extraction de protéines d’intérêt lors des phases de screening — une étape critique dans la recherche pharmaceutique où des milliers de molécules candidates sont testées pour identifier celles qui présentent une activité thérapeutique. En 2027, l’entreprise produira des lots destinés aux études pré-cliniques, en 2028 des lots cliniques — les premières productions réglementaires destinées aux essais sur l’humain —, et en 2030 elle commercialisera des équipements de bio-production de taille industrielle.
Pour soutenir cette trajectoire, Askleia devrait doubler son effectif d’ici fin 2026 pour atteindre une trentaine de collaborateurs, avant de monter à une centaine de salariés à l’horizon 2030 pour assurer la mise sur le marché de ses équipements. Cette montée en puissance est soutenue par l’écosystème Eurobiomed — pôle de compétitivité santé du Sud de la France regroupant les régions PACA et Occitanie, qui accompagne les acteurs de la santé dans l’accès aux financements publics et à l’internationalisation — et par le programme d’accélération Go4Bio dans le cadre duquel Askleia bénéficie d’un accompagnement structuré.
Aubagne, Eurobiomed et le tissu biotech provençal : un écosystème d’innovation sanitaire en construction
La localisation d’Askleia à Aubagne, dans les Bouches-du-Rhône, n’est pas anodine. La région Aix-Marseille-Provence abrite un tissu biotech et healthtech en développement rapide, structuré autour d’Eurobiomed et de structures d’accueil comme le campus de Luminy ou le pôle médical de la Timone. La présence d’un fonds comme iXcore, créé en 2001 et spécialisé dans les startups biotech et deeptech, confirme que l’écosystème financier accompagnant ces entreprises se structure progressivement à l’échelle régionale. La levée de 2,3 millions d’euros est modeste au regard des besoins d’une deeptech biomédicale — les validations industrielles et cliniques exigeront des financements ultérieurs de plusieurs dizaines de millions d’euros — mais elle constitue le palier indispensable pour démontrer la viabilité industrielle de la technologie avant d’accéder aux financements de croissance. La santé constitue aujourd’hui l’un des secteurs où la France déploie le plus d’efforts de souveraineté économique — que ce soit dans la prévention par la santé mentale au travail ou dans les technologies de production des médicaments — et Askleia s’inscrit pleinement dans cette dynamique industrielle et scientifique provençale.
Le changement de nom d’Ipsomel Innovation en Askleia est un signal délibéré de changement d’échelle : quitter l’identité d’une startup de R&D pour assumer celle d’une entreprise industrielle en construction. Référencer un nom inspiré d’Asclépios, divinité de la guérison, dans l’identité d’une startup qui cherche à rendre la production de biomédicaments moins coûteuse et plus propre, traduit une vision à long terme — celle d’une entreprise qui ne se contente pas de résoudre un problème chimique mais qui entend contribuer à l’accessibilité des médicaments biologiques à l’échelle mondiale.


