La mission d’information du Sénat sur la viticulture tire la sonnette d’alarme : la filière traverse une crise « historique », à la fois conjoncturelle, structurelle et climatique. Les rapporteurs plaident pour des « assises nationales de la viticulture » et un pacte de confiance engageant l’ensemble des acteurs, de la vigne à la distribution.
Une filière d’excellence fragilisée par un triple choc
Leader mondial par son savoir-faire et son poids économique, la viticulture française subit un recul durable de la consommation – particulièrement chez les jeunes – des chocs commerciaux internationaux (fermeture du marché chinois, tensions récurrentes avec les États-Unis, concurrence accrue) et les effets du changement climatique qui dégradent les rendements et imposent une adaptation accélérée des cépages. À cela s’ajoute la complexité réglementaire, la pression sur les intrants et le retrait de certaines molécules, qui renchérissent les coûts et pèsent sur la qualité de vie au travail des exploitants. Dans ce contexte, les rapporteurs (Henri Cabanel, Daniel Laurent, Sébastien Pla) jugent prioritaire de regagner la confiance par une stratégie partagée : produire, valoriser, sécuriser les débouchés.
Assises nationales, gouvernance rationalisée et cap sur la valeur
Le cœur de la feuille de route tient en 23 recommandations articulées autour de quatre axes.
1) Organiser des assises nationales sous l’égide du ministère de l’Agriculture. Objectif : contractualiser davantage entre vignerons, négociants, coopératives et distributeurs ; mieux valoriser les produits ; sécuriser le revenu par des mécanismes anti-volatilité ; fixer des engagements réciproques et un calendrier d’exécution. Les aides de l’État en situation de crise seraient conditionnées à la tenue de ces assises afin d’aligner l’accompagnement public et les efforts privés.
2) Mieux piloter la filière. Les sénateurs proposent de rationaliser les structures interprofessionnelles pour gagner en lisibilité et en efficacité, et de renforcer le rôle de l’INAO sur la qualité et l’évolution des cahiers des charges. L’enjeu : réarmer la puissance collective pour rehausser la valeur ajoutée, clarifier la segmentation (entrée de gamme, cœur de gamme, premium) et soutenir des politiques de marque plus offensives, en France comme à l’export.
3) Réorienter les soutiens et investir dans l’adaptation. La mission appelle à rediriger une part des fonds européens vers la restructuration collective (conversion de parcelles, densité, irrigation raisonnée), l’innovation agronomique (variétés résistantes), et la modernisation (mécanisation, data, sobriété). Le soutien accru aux coopératives, aux pépiniéristes et aux distilleries doit consolider les maillons techniques et de recyclage (gestion des surplus, alcool industriel), indispensables à la stabilité du marché.
4) Conquérir la demande et diversifier les revenus. Outre une relance coordonnée de la promotion, les sénateurs misent sur la montée en gamme, l’œnotourisme, de nouveaux circuits avec la restauration et la grande distribution, et une simplification des démarches pour professionnaliser l’accueil, la vente directe et les activités connexes. Objectif : élargir les débouchés, rajeunir la clientèle et reconnecter le vin à des usages plus responsables.
Pacte de confiance : condition d’un rebond durable
Au-delà des mesures, le rapport insiste sur la dimension humaine : faciliter la transmission d’exploitations, lutter contre le mal-être agricole, outiller la prévention des risques (climat, sanitaire, prix) et mieux partager la valeur tout au long de la chaîne. Les « assises » serviraient de cadre à un pacte de mutualisation des efforts : chaque acteur y prendrait des engagements vérifiables (volumes, qualité, prix, investissements marketing, innovations bas-carbone). L’État, lui, jouerait un rôle d’architecte et de tiers de confiance, orientant les aides vers les projets alignés avec cette trajectoire collective.
En creux, le message est clair : la sortie de crise passera moins par des perfusions ponctuelles que par une réorganisation concertée autour de la valeur, de l’adaptation climatique et d’une offensive commerciale ciblée. C’est à ce prix que le vignoble français préservera son rang mondial, tout en redonnant des perspectives aux territoires viticoles et aux femmes et hommes qui les font vivre.


