Jeudi 30 octobre 2025, un navire de croisière a été alimenté pour la première fois depuis la terre au quai Pierre Callet. Une étape déterminante pour la décarbonation des escales sur la Pointe de Floride au Havre.
Une bascule opérationnelle pour la transition énergétique
Le projet de Raccordement Électrique des Navires À Quai (RENAQ) entre dans sa phase concrète : au Havre, les paquebots peuvent désormais couper leurs moteurs pendant l’escale et se brancher au réseau terrestre. À la clé : baisse immédiate des émissions de CO₂ et des particules fines, ainsi qu’une forte réduction des nuisances sonores et vibratoires pour les riverains.
La première connexion réalisée au quai Pierre Callet précède l’électrification des quais Roger Meunier et Joannes Couvert, annoncée pour 2026. Une fois les trois postes opérationnels, HAROPA PORT anticipe 15 000 à 20 000 tonnes de CO₂ évitées par an. « Conjuguer performance et responsabilité environnementale » : la formule du directeur général Benoît Rochet résume l’ambition d’un dispositif pensé pour concilier attractivité croisière et exigence climatique.
32 M€ investis, 30 MW délivrés : l’infrastructure de la « prise géante »
La montée en puissance ne se résume pas à une prise au bout du quai. Pour la Pointe de Floride, le chantier a mobilisé des travaux lourds :
- 3 km de câbles haute tension (20 kV Enedis) enterrés,
- un transformateur HTB/HTA de 40 MVA,
- l’aménagement d’une cellule de 1 200 m² dans le nouveau terminal 2/3 (ex-Hangar 13) transformé en poste de conversion et de distribution.
L’alimentation des navires passe par un CMS (Cable Management System) monté sur véhicule, doté d’un bras articulé et de prises haute tension jusqu’à 13 MW chacune, pour s’ajuster aux positions de coque selon les marées. À terme, jusqu’à 30 MW pourront être délivrés simultanément — l’équivalent de la consommation d’environ 20 000 foyers.
Le financement global atteint 32 M€, porté par HAROPA PORT (12,5 M€) et soutenu par l’État via France Relance (13,6 M€), le Fonds de recherche pour le charbon et l’acier (0,9 M€) et le CPIER 2023-2027 (5 M€). Ce montage illustre une logique d’investissement public-privé alignée sur les trajectoires nationales de décarbonation.
Territoire, industrie, compagnies : une coalition prête à brancher
Au niveau local, Le Havre Seine Métropole assume l’objectif d’un port exemplaire « innovant et durable », comme l’a souligné Édouard Philippe. Côté État, le préfet Jean-Benoît Albertini rattache l’électrification des usages portuaires à une région « en forte production d’électricité décarbonée », créant un alignement rare entre transition énergétique et compétitivité industrielle.
Techniquement, Enedis et VINCI Energies – Actemium figurent parmi les partenaires clefs du déploiement. Côté armateurs, les essais ont été menés avec des compagnies volontaires : Viking Ocean Cruises, MSC SPA et Carnival Maritime — un trio significatif pour ancrer la solution dans les opérations réelles des grands paquebots.
Ce qu’il faut retenir
- Première : un paquebot s’est branché à quai le 30 octobre 2025 au quai Pierre Callet (Le Havre).
- Calendrier : extension aux quais Roger Meunier et Joannes Couvert en 2026.
- Impact : 15 000 à 20 000 tCO₂ évitées/an attendues lorsque les trois postes seront actifs.
- Capacité : jusqu’à 30 MW délivrés simultanément, 13 MW par prise.
- Investissement : 32 M€, cofinancés par HAROPA PORT et l’État (France Relance, FRCA, CPIER).
Avec ce premier branchement, HAROPA PORT convertit une vision en réalité industrielle : l’électrification à quai devient un standard d’exploitation, à la fois pour le climat, pour la qualité de vie urbaine et pour la compétitivité de la place portuaire havraise. Les prochaines étapes en 2026 diront la vitesse à laquelle cette « prise géante » deviendra le nouveau geste métier des escales en Manche.


