La ministre française des Armées Catherine Vautrin a annoncé le 15 juin 2026, à l’ouverture d’Eurosatory, l’entrée en négociations exclusives avec le consortium Safran-MBDA pour fournir à l’armée de Terre son futur système de frappe longue portée terrestre, le Thundart. Cette décision marque une étape structurante pour la base industrielle et technologique de défense française.
Le Thundart remporte la compétition FLP-T face à ArianeGroup et Thales
La ministre des Armées Catherine Vautrin a officiellement désigné, le 15 juin 2026 lors de l’ouverture du salon Eurosatory en région parisienne, le groupement Safran et MBDA comme lauréat du programme Frappe Longue Portée Terrestre, dit FLP-T. Cette annonce ouvre une phase de négociations exclusives en vue de la contractualisation du système Thundart, qui succédera au Lance-Roquettes Unitaire actuellement en service dans l’armée de Terre française.
Le programme FLP-T avait été lancé en 2023 par la Direction générale de l’armement, la DGA, dans le cadre d’un appel à la concurrence opposant deux consortia souverains. Face au binôme Safran Electronics et Defense et MBDA, ArianeGroup et Thales avaient soumis une offre concurrente sous la dénomination FLP-T 150. Les deux équipes avaient bénéficié de contrats de partenariat d’innovation et procédé chacune à des tirs de démonstration au printemps 2026 sur le site d’essais de la DGA à l’Île du Levant. Le Thundart a effectué son premier tir le 14 avril 2026, suivi du tir de la solution ArianeGroup-Thales le 5 mai 2026. C’est donc à l’issue d’un processus de sélection rigoureux, associant démonstrations techniques et évaluation industrielle, que le choix s’est porté sur la solution Safran-MBDA.
En prenant la parole lors de cette annonce, Catherine Vautrin a insisté sur la dimension souverainiste de la décision, soulignant la qualité des offres de l’ensemble des candidats tout en rappelant l’importance de la chaîne de valeur nationale. Elle a expressément cité Eurenco, spécialiste des explosifs et propulsifs, ainsi que Roxel, fabricant de moteurs pour missiles, comme maillons essentiels de l’écosystème industriel que le programme ambitionne de consolider.
Un doublement de portée et une montée en puissance de la flotte
Le choix du Thundart répond à une exigence opérationnelle précise : dépasser les limites du Lance-Roquettes Unitaire, dont la portée est bridée à environ 70 kilomètres. Ce système, dérivé du lanceur américain M270 et opéré par le 1er Régiment d’Artillerie, équipe actuellement l’armée de Terre à hauteur de neuf exemplaires. Les documents parlementaires situent sa fin de service aux environs de 2027, rendant impérative l’entrée en service rapide d’un successeur.
Dans sa configuration initiale, le Thundart affiche une portée de 150 kilomètres, soit plus du double de celle du LRU. La roquette guidée de 227 millimètres s’appuie sur la chaîne de guidage de l’AASM, le kit de précision développé par Safran, et a été conçue pour être compatible avec les lanceurs LRU existants, ce qui facilite la transition opérationnelle sans nécessiter de remplacement immédiat des plateformes sol. Élément stratégique supplémentaire, le système est développé sans composants soumis à la réglementation américaine ITAR, garantissant une liberté totale à l’exportation.
Sur le plan capacitaire, la Loi de programmation militaire actualisée prévoit un doublement de la cible initiale, portant la flotte prévue de 13 à 26 systèmes. Treize exemplaires au minimum sont attendus d’ici 2030, dans le cadre d’une enveloppe budgétaire évaluée à 600 millions d’euros. Les deux industriels estiment qu’une capacité opérationnelle initiale avant 2030 est atteignable, avec des premières livraisons possibles dès 2029. Safran et MBDA envisagent par ailleurs la constitution d’une coentreprise à parts égales pour piloter le développement du programme, y compris ses déclinaisons futures à portée étendue.
Le Thundart, socle d’une famille de frappe multi-domaines
Au-delà de sa vocation terrestre initiale, le Thundart a été présenté sur le stand Safran à Eurosatory 2026 comme la brique technologique d’une famille complète de systèmes de frappe. Plusieurs trajectoires d’évolution ont été exposées par le constructeur, illustrant l’ambition industrielle du programme.
Une variante sol à portée étendue poussant jusqu’à 300 kilomètres est ainsi à l’étude, de même qu’une version aéroportée destinée à l’intégration sur avions de chasse. L’adaptation navale constitue également un axe de développement, avec une compatibilité envisagée avec les frégates FREMM et FDI ainsi qu’avec le porte-hélicoptères amphibie de la Marine nationale. Le dispositif sera par ailleurs intégré au système de gestion du tir d’artillerie ATLAS, renforçant l’interopérabilité au sein du système de forces terrestre.
Cette architecture modulaire confère au Thundart une dimension bien au-delà du seul remplacement du LRU. Il s’agit d’un investissement structurant pour la filière missiles française, qui positionne MBDA et Safran au cœur d’une capacité de frappe en profondeur couvrant les trois milieux. Dans un contexte européen marqué par une relance généralisée des budgets de défense et par la volonté affichée de réduire les dépendances technologiques extérieures, la sélection du Thundart illustre la capacité de l’industrie française à répondre souverainement aux besoins les plus exigeants de ses armées, tout en ouvrant des perspectives commerciales à l’international.
La phase de négociations exclusives désormais ouverte entre l’État français et le consortium Safran-MBDA devra aboutir à la formalisation d’un contrat de développement et de production. Les prochaines échéances budgétaires et parlementaires permettront de préciser les modalités de financement et le calendrier définitif de livraison de ce programme au cœur de la modernisation de l’artillerie de l’armée de Terre.
