Trigano progresse au troisième trimestre malgré des tensions logistiques

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Le fabricant français de véhicules de loisirs Trigano a publié un chiffre d’affaires de 1,16 milliard d’euros au troisième trimestre de son exercice 2025/2026, en hausse de 1,6 % sur un an, malgré des perturbations logistiques qui ont pesé sur les livraisons et légèrement déçu le consensus des analystes.

Trigano résiste sur un marché normalisé post-Covid

Le groupe Trigano a dévoilé, ce trimestre, un chiffre d’affaires de 1,16 milliard d’euros, en progression de 1,6 % par rapport au niveau record atteint un an plus tôt, tandis que la croissance organique — à périmètre et taux de change constants — s’établit à 1,5 %. Ces résultats, publiés à Paris, s’inscrivent dans un contexte de normalisation progressive du marché européen du camping-car, après les années de forte expansion consécutives à la pandémie de Covid-19. Le titre a immédiatement réagi positivement à la Bourse de Paris, gagnant près de 5 % dans les premiers échanges de la séance.

Le pôle camping-cars et caravanes, qui constitue le cœur de l’activité du groupe, a généré 985,9 millions d’euros de revenus sur la période, en hausse de 1,8 % en données publiées et de 1,7 % à périmètre et change constants. Ce segment, qui représente l’essentiel de la valeur ajoutée de Trigano, demeure le moteur principal de la croissance du groupe, même si celle-ci reste en deçà des attentes du marché, fixées à 1,189 milliard d’euros pour l’ensemble du trimestre. Les autres activités de loisirs, qui incluent notamment les équipements de plein air, ont affiché pour leur part un chiffre d’affaires de 176,3 millions d’euros, en légère progression de 0,2 %.

Sur les neuf premiers mois de l’exercice comptable 2025/2026, le groupe cumule un chiffre d’affaires de 2,94 milliards d’euros, en hausse de 4,3 % en données publiées et de 3,5 % à périmètre et change constants. Cette progression, solide sur la durée, témoigne de la résilience commerciale du groupe face à un environnement macroéconomique marqué par des pressions inflationnistes persistantes et une sensibilité accrue des ménages à leur pouvoir d’achat.

Des tensions logistiques au cœur des difficultés trimestrielles

La performance du troisième trimestre a été affectée par deux facteurs opérationnels distincts. En premier lieu, des tensions logistiques ont conduit à la sortie de véhicules incomplets des chaînes de production, retardant mécaniquement la comptabilisation des ventes. En second lieu, un incendie survenu chez un fournisseur de pièces de carrosserie a engendré un retard dans le traitement des véhicules concernés, perturbant le flux normal de livraisons. Ces éléments conjoncturels, bien qu’identifiés et circonscrits par la direction, ont pesé sur la lisibilité des résultats trimestriels et alimenté une légère révision à la baisse des estimations des bureaux d’études.

Face à ces aléas, la direction du groupe se montre néanmoins confiante dans ses perspectives pour la fin de l’exercice. Trigano indique en effet que la croissance attendue du chiffre d’affaires combinée à l’évolution positive de la production devrait permettre une amélioration des résultats à fin août 2026, ainsi qu’une génération de trésorerie qualifiée de solide. Le groupe ne fournit toutefois aucune guidance chiffrée précise, laissant les analystes travailler sur la base de leurs propres modèles de prévisions.

Par ailleurs, Trigano a procédé au rachat de 300 000 de ses propres actions au cours des dernières semaines, pour un montant total de 45,9 millions d’euros. Ce programme de rachat, qui traduit la confiance du management dans la valorisation du titre, doit se poursuivre au cours du quatrième trimestre de l’exercice, signalant une allocation du capital orientée vers la rémunération des actionnaires dans un contexte de génération de trésorerie jugée satisfaisante.

Les analystes maintiennent leur confiance sur Trigano

Les réactions des bureaux d’études à cette publication illustrent la nuance qui s’impose dans la lecture de ces résultats trimestriels. Oddo BHF maintient son conseil « surperformance » avec un objectif de cours inchangé à 191 euros. L’analyste impute le léger manque à gagner aux retards de livraison logistiques et à un recul de 1 % des livraisons aux clients finaux via le réseau intégré du groupe. Il souligne en revanche que les perspectives commerciales pour la saison 2026/2027 apparaissent rassurantes, avec un bon accueil des nouvelles gammes, des hausses de prix contenues et des stocks de distributeurs à des niveaux sains. Les révisions de bénéfice par action demeurent marginales : -0,5 % pour 2026 et -2,1 % pour 2027, pour un chiffre d’affaires annuel estimé à 3,822 milliards d’euros.

UBS confirme de son côté son conseil à l’achat sur le titre, tout en abaissant légèrement son objectif de cours de 193 à 187 euros. Le broker ajuste ses estimations de chiffre d’affaires d’environ 1 % sur l’activité camping-cars, ce qui se traduit par une révision à la baisse de 4 % de ses prévisions d’EBIT et de 5 % de son bénéfice par action. L’établissement anticipe néanmoins une reprise de la croissance des résultats en 2027, portée par le levier opérationnel et par le redémarrage attendu du segment des mobile homes.

Une lecture plus prudente est portée par TP ICAP Midcap, dont l’analyste juge que les ventes du troisième trimestre révèlent un ralentissement de la demande finale qui ne saurait être entièrement attribué aux seuls dysfonctionnements logistiques. Le courtier inscrit ce tassement dans un contexte structurel plus large : pressions inflationnistes durables, érosion du pouvoir d’achat des ménages et normalisation du marché après le pic post-pandémique. Dans ce cadre, TP ICAP Midcap table sur une croissance du chiffre d’affaires 2026 comprise entre 3,5 % et 4 % en données publiées, avec une marge opérationnelle courante d’environ 9,7 %, dans un environnement qu’il qualifie de plus défensif. Ces divergences d’appréciation entre analystes reflètent les incertitudes qui pèsent sur le secteur européen des loisirs motorisés, à la croisée des dynamiques de consommation des ménages et des contraintes industrielles persistantes sur les chaînes d’approvisionnement.

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