Le géant danois du transport maritime Maersk a annoncé jeudi le passage réussi de deux de ses navires par le détroit d’Ormuz, une voie stratégique paralysée depuis le déclenchement du conflit en Iran le 28 février. Sur les 47 000 conteneurs initialement bloqués dans la région, 44 000 ont désormais été livrés à destination.
Le détroit d’Ormuz retrouve une circulation partielle
Le groupe Maersk a confirmé jeudi que le Maersk Baltimore et un navire affrété à temps avaient franchi le détroit d’Ormuz dans la nuit, quittant ainsi le Golfe dans des conditions sécurisées. Ces mouvements ont été réalisés en coordination étroite avec des partenaires de sécurité, à l’issue d’évaluations préalables approfondies, selon la compagnie danoise. Il s’agit d’une avancée notable pour un acteur dont les opérations dans la zone ont été sévèrement entravées depuis le début des hostilités.
Le conflit en Iran, engagé le 28 février, a rapidement désorganisé l’ensemble du trafic maritime commercial dans le Golfe. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial ainsi qu’un volume considérable de marchandises conteneurisées, s’est transformé en zone à très haut risque opérationnel. Les armateurs ont suspendu ou redirigé leurs rotations, exposant les chaînes d’approvisionnement mondiales à de nouvelles tensions, quelques mois à peine après les perturbations engendrées par les attaques en mer Rouge.
Maersk n’a pas été seul à subir ces contraintes. Ses principaux concurrents, l’allemand Hapag-Lloyd et le français CMA CGM, ont également été affectés par l’impossibilité d’entrer dans le Golfe ou d’en sortir. La paralysie simultanée de trois des cinq plus grands armateurs mondiaux illustre l’ampleur des répercussions logistiques d’un conflit régional sur le commerce international.
44 000 conteneurs livrés, 3 000 encore en attente
Au moment où le conflit a éclaté, Maersk avait 47 000 conteneurs en transit ou en attente de livraison à destination de la région du Golfe. La compagnie indique que 44 000 d’entre eux ont depuis atteint leur destination finale. Quelque 3 000 unités demeurent en souffrance, dans l’attente d’une livraison que les circonstances opérationnelles n’ont pas encore permis de finaliser.
Trois navires restent par ailleurs stationnés dans le Golfe. Maersk a précisé qu’un transit supplémentaire par le détroit d’Ormuz serait organisé à une date non encore communiquée pour l’un d’entre eux. Les deux autres seront réaffectés à des liaisons intra-golfe, une solution permettant de maintenir une activité commerciale à l’intérieur du bassin régional sans exposer les navires aux risques associés au franchissement du détroit.
Cette répartition témoigne d’une stratégie de désengagement progressif et maîtrisé, caractéristique des grands groupes maritimes confrontés à des environnements à risque élevé. Maersk, qui opère l’une des flottes les plus importantes au monde, a déjà démontré cette capacité d’adaptation lors des crises précédentes en mer Rouge, où des itinéraires alternatifs via le cap de Bonne-Espérance avaient été activés au prix d’un allongement significatif des délais et d’une hausse des coûts d’exploitation.
Des enjeux stratégiques qui dépassent le seul secteur maritime
La reprise, même partielle, des transits par le détroit d’Ormuz revêt une dimension qui dépasse les seuls intérêts des armateurs. Pour les économies européennes, fortement dépendantes des importations de composants industriels, de produits finis et d’hydrocarbures en provenance d’Asie et du Moyen-Orient, chaque semaine de perturbation dans cette zone génère des effets en cascade sur les chaînes de valeur industrielles, les délais de production et les coûts logistiques.
Pour CMA CGM, troisième armateur mondial et fleuron français du transport maritime, la situation dans le Golfe constitue un test opérationnel supplémentaire après les lourdes contraintes imposées par la crise de la mer Rouge. Le groupe marseillais, qui a engagé ces dernières années une stratégie de diversification vers la logistique intégrée et le fret aérien, dispose néanmoins de leviers d’adaptation que n’ont pas tous ses concurrents.
À l’échelle européenne, ces crises successives sur les grandes routes maritimes relancent le débat sur la résilience des approvisionnements et la dépendance du continent à des corridors géographiques exposés aux aléas géopolitiques. La concentration du trafic mondial sur un nombre limité de détroits stratégiques — Ormuz, Bab-el-Mandeb, Malacca — constitue une vulnérabilité structurelle que les décideurs économiques et politiques peinent encore à compenser par des alternatives crédibles.
Une normalisation encore fragile du détroit d’Ormuz
Si le passage du Maersk Baltimore marque un signal positif, la prudence reste de mise. La coordination avec des partenaires de sécurité mentionnée par Maersk suggère que le franchissement du détroit d’Ormuz nécessite toujours un accompagnement militaire ou paramilitaire, ce qui n’est pas le signe d’un retour à la normale commerciale. Les assureurs maritimes, qui avaient sensiblement relevé leurs primes dans la zone depuis le début du conflit, n’ont pas encore indiqué de révision à la baisse de leur évaluation du risque.
Dans ce contexte, la capacité de Maersk à récupérer 44 000 conteneurs sur 47 000 en quelques semaines seulement, malgré les contraintes opérationnelles, témoigne d’une organisation logistique robuste. Elle reflète également la pression exercée par les chargeurs — industriels, distributeurs, importateurs — sur les armateurs pour limiter au maximum la durée des ruptures d’approvisionnement. La reprise progressive des rotations dans le Golfe sera suivie avec attention par l’ensemble des acteurs du commerce international dans les prochaines semaines.


