L’arrêté ministériel modifiant le cahier des charges de la filière à responsabilité élargie des producteurs (REP) des textiles, linges de maison et chaussures (TLC) est paru au Journal officiel. Ce texte officialise le plan de soutien exceptionnel aux acteurs de la collecte, du tri et du réemploi annoncé par Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition écologique. Face à la crise qui frappe le recyclage textile (dite REP textiles), l’État rehausse son aide pour garantir la pérennité d’un secteur clé de l’économie circulaire.
Un financement renforcé pour faire face à une crise sans précédent
Conformément à l’engagement de la ministre, le soutien financier aux opérateurs de la filière sera relevé à 49 millions d’euros pour l’année 2025, soit 223 €/tonne sur la base de 220 000 tonnes triées. En 2026, cette aide passera à 57 millions d’euros, représentant 228 €/tonne pour un volume cible de 250 000 tonnes.
Cette revalorisation répond à une situation critique. La filière du recyclage des textiles usagés subit depuis plusieurs mois les effets conjugués d’une conjoncture économique défavorable et d’un bouleversement des marchés internationaux. L’essor de la mode ultra éphémère (« fast fashion ») entraîne un afflux massif de vêtements de faible qualité, plus difficiles à recycler, et une volatilité accrue des débouchés à l’export.

Le recyclage textile : un pilier de l’économie sociale et solidaire
La filière TLC s’appuie largement sur les acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS), notamment les structures d’insertion par l’activité économique (SIAE). Ces opérateurs emploient plusieurs milliers de personnes sur le territoire français, dont une part importante en parcours de réinsertion professionnelle. La loi AGEC a renforcé leur rôle dans la gestion des déchets issus des filières classiques.
Leur mission dépasse la simple gestion des déchets :
- Réduction de l’impact environnemental en évitant l’incinération ou l’enfouissement de centaines de milliers de tonnes de textiles chaque année.
- Soutien aux collectivités locales, en complément de la collecte des déchets ménagers.
- Valorisation des matières, grâce au réemploi, à la réparation, à la transformation et au recyclage des fibres.
En 2023, selon les données d’Eco TLC (désormais Refashion), près de 244 000 tonnes de TLC ont été collectées, soit environ 3,6 kg par habitant, mais seule une partie a pu être effectivement recyclée ou réemployée.

Une refonte structurelle de la filière REP textiles en préparation
Au-delà de ce soutien ponctuel, Agnès Pannier-Runacher a annoncé une refonte complète de la filière REP textiles. L’objectif est double :
- Renforcer la capacité de recyclage sur le territoire national afin de réduire la dépendance aux débouchés étrangers.
- Stabiliser le modèle économique de la collecte et du tri, en sécurisant les revenus des opérateurs face aux fluctuations des prix des matières recyclées.
Plusieurs réunions de travail ont déjà eu lieu avec les représentants des collectivités, des structures de l’ESS et des éco-organismes agréés. Les discussions portent notamment sur l’amélioration du tri à la source, le soutien à l’innovation dans le recyclage textile et la mise en place de débouchés industriels pérennes en France.
La REP textiles : un dispositif clé pour l’économie circulaire
Instaurée en 2008 et confiée à un éco-organisme agréé (aujourd’hui Refashion), la filière REP textiles repose sur un principe simple : les producteurs, importateurs et distributeurs de textiles, linge de maison et chaussures financent la gestion de la fin de vie de leurs produits. Une éco-contribution, intégrée dans le prix de vente, est collectée pour financer la collecte, le tri, le réemploi et le recyclage.
Malgré les avancées, plusieurs défis persistent :
- La qualité décroissante des textiles, qui rend le recyclage plus complexe et moins rentable.
- La concurrence internationale, notamment des pays à bas coûts qui absorbent une partie des gisements.
- La nécessité d’innover, pour développer des procédés de recyclage plus performants et compatibles avec les fibres mélangées.

Vers une économie textile plus résiliente
Avec ce plan de soutien, le gouvernement envoie un signal fort : la filière TLC est stratégique pour la transition écologique et pour l’emploi local. Le passage de 49 à 57 millions d’euros d’aides en deux ans vise à stabiliser les opérateurs dans un contexte difficile, tout en préparant le terrain à une réforme en profondeur.
Si cette dynamique se confirme, la France pourrait devenir un acteur majeur du recyclage textile en Europe, en réduisant l’empreinte carbone du secteur et en favorisant l’économie circulaire.
