Le géant sud-coréen des semi-conducteurs SK Hynix a lancé lundi une opération d’introduction de certificats de dépôt américains sur le Nasdaq, visant à mobiliser près de 28 milliards de dollars pour financer l’expansion de ses capacités de production de puces mémoire. L’opération suscite un intérêt pouvant atteindre 7 milliards de dollars de la part de grands investisseurs institutionnels internationaux.
Une introduction en bourse historique portée par l’essor des semi-conducteurs
SK Hynix, fabricant sud-coréen de puces mémoire, a officiellement lancé lundi 7 juillet son offre publique de vente aux États-Unis, avec pour objectif de lever l’équivalent de 28,07 milliards de dollars, soit environ 43 000 milliards de wons. L’opération porte sur 17,79 millions de nouvelles actions commercialisées sous forme d’American Depositary Receipts sur le marché américain du Nasdaq, à raison de dix ADR pour une action ordinaire. Le prix de référence provisoire a été fixé à 242 500 wons par ADR, sur la base du cours de clôture enregistré à Séoul le 3 juillet.
Le prix définitif doit être arrêté jeudi, avant l’ouverture des négociations vendredi. La direction du groupe entame cette semaine une tournée de présentation auprès d’investisseurs institutionnels internationaux afin de consolider l’intérêt déjà manifesté. Trois acteurs de premier plan — Baillie Gifford Overseas, Coatue Management et Situational Awareness Partners — ont d’ores et déjà signifié leur volonté d’acquérir conjointement des ADR pour un montant pouvant atteindre 7 milliards de dollars.
Si elle se concrétise aux niveaux annoncés, cette levée de fonds s’imposerait comme la deuxième plus importante au monde après celle de SpaceX, valorisée à 85,7 milliards de dollars le mois dernier, et dépasserait les introductions historiques de Saudi Aramco en 2019 et d’Alibaba en 2014, toutes deux proches de 25 milliards de dollars. L’ampleur de l’opération témoigne de la place désormais centrale qu’occupent les fabricants de mémoire dans l’écosystème mondial de l’intelligence artificielle.
Les semi-conducteurs, carburant stratégique de la course mondiale à l’IA
SK Hynix occupe une position de leader dans la production de puces mémoire à large bande passante, utilisées notamment dans les systèmes d’intelligence artificielle de clients de référence tels que Nvidia et Google. Ce positionnement a propulsé le titre à la Bourse de Séoul, avec une progression de l’ordre de 260 % depuis le début de l’année, malgré un repli de 3,4 % enregistré lundi dans un marché globalement orienté à la baisse.
L’introduction sur le Nasdaq répond à une logique d’élargissement de la base actionnariale. Jusqu’ici, SK Hynix restait difficile d’accès pour les investisseurs institutionnels américains, faute d’une cotation directe aux États-Unis. Selon Dave Mazza, directeur général de Roundhill Investments à New York, la cotation des ADR « supprime une décote liée à l’accessibilité, et non à la qualité ». Des analystes anticipent également une intégration prochaine du titre dans l’indice Philadelphia SE des semi-conducteurs, ce qui ouvrirait la voie à des flux d’investissement passif substantiels.
HSBC a d’ores et déjà relevé sa valorisation du groupe, en appliquant une prime de 20 % à son multiple cours sur valeur comptable, passant de 2,8 à 3,4 fois, au motif d’une politique actionnariale plus favorable et d’un accès amélioré aux marchés internationaux. Albert Yong, associé gérant chez Petra Capital Management, estime de son côté que « la demande pour les actions SK Hynix devrait rester relativement soutenue, malgré la volatilité récente des marchés ».
Le produit de l’opération sera intégralement affecté à des investissements industriels : construction de nouvelles usines de semi-conducteurs en Corée du Sud et acquisition d’équipements de production, dont des scanners à ultraviolets extrêmes fabriqués par le néerlandais ASML, technologie incontournable pour la gravure des puces les plus avancées.
La Corée du Sud mobilise 576 milliards de dollars pour ses semi-conducteurs
Cette introduction s’inscrit dans un contexte de mobilisation nationale sans précédent. La Corée du Sud a dévoilé la semaine dernière une stratégie industrielle d’envergure centrée sur les semi-conducteurs et l’intelligence artificielle, incluant un programme d’investissement de 576 milliards de dollars dans le secteur des puces dans le sud-ouest du pays. SK Hynix et Samsung Electronics en seront les principaux piliers. Le président sud-coréen Lee Jae Myung a exigé lundi de ses services une mise en œuvre accélérée, alertant sur les risques que feraient peser des retards administratifs — permis de construire, acquisition foncière, approvisionnement énergétique et hydrique — sur la compétitivité nationale dans les industries d’avenir.
Pour les décideurs européens, ce mouvement illustre la profondeur de la concurrence géoéconomique qui se joue autour des semi-conducteurs. Alors que l’Europe cherche à reconstituer ses propres capacités de production dans le cadre du European Chips Act, la montée en puissance simultanée de la Corée du Sud et de Taïwan — où Unimicron Technology prépare également une levée d’environ 1,4 milliard de dollars via des titres de dépôt mondiaux — rappelle l’urgence d’une stratégie industrielle continentale cohérente.
Des interrogations subsistent néanmoins sur la durée du cycle favorable. Sundeep Gantori, directeur des investissements en actions chez Standard Chartered, estime que « le cycle de la mémoire a dépassé sa phase initiale et se trouve désormais à mi-parcours », tandis que certains observateurs redoutent que la hausse des prix de la mémoire ne pèse à terme sur les budgets d’infrastructure des acteurs de l’IA, ainsi que sur les marchés des terminaux mobiles et des PC. Di Zhou, gestionnaire de portefeuille chez Thornburg Investment Management, qui détient des actions ordinaires coréennes de SK Hynix, reconnaît l’existence d’un « super-cycle de la mémoire » mais souligne que Samsung, SK Hynix et Micron surfent collectivement sur la même vague, ce qui entretient une dynamique concurrentielle dont l’issue reste incertaine.
