Mercredi 21 octobre, le groupe de coordination pétrole de la Commission européenne a confirmé que les approvisionnements en diesel et en kérosène restaient tendus, sans pénurie physique. Bruxelles annonce un dialogue stratégique avec les raffineries. Explications.
Le groupe de coordination pétrole, qui réunit des experts de la Commission, des États membres, de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et de la Communauté de l’énergie, s’est réuni mercredi 21 octobre. Dans un communiqué publié le lendemain par la direction générale de l’Énergie, la Commission indique que les approvisionnements en diesel et en kérosène demeurent tendus en raison de l’incertitude géopolitique mondiale, tout en soulignant qu’il n’existe pas, à ce stade, de pénurie physique de ces produits en Europe.
Diesel et kérosène : la Commission surveille, sans pénurie physique
Le texte reste sobre. La Commission dit poursuivre sa surveillance étroite du marché avec les États membres et l’AIE, et se déclare prête à soutenir une action coordonnée si nécessaire. Aucun chiffre de stocks ou de prix n’y figure.
Les prix, eux, parlent. Selon Euronews, qui rapporte le rapport mensuel de l’AIE du 14 octobre, le diesel a reculé par rapport à ses records de septembre, au-dessus de 200 dollars le baril, mais reste environ deux fois plus cher que le brut. Les stocks perdus ne devraient pas être reconstitués, au-delà des variations saisonnières, avant la seconde moitié de 2027.
Le dialogue stratégique avec les raffineries piloté par Jørgensen et Kubilius
Par ailleurs, le communiqué confirme une annonce faite après le Conseil européen des 15 et 16 octobre : la Commission va ouvrir un dialogue stratégique avec les raffineurs européens. Il sera présidé par les commissaires Dan Jørgensen (Énergie) et Andrius Kubilius (Défense et espace), et doit se tenir prochainement. La date n’est pas précisée.
La présence du commissaire à la Défense n’a rien d’anodin. Selon Euronews, Ursula von der Leyen a justifié l’initiative par la nécessité de réduire les coûts et d’assurer les approvisionnements nécessaires également pour la défense, le 6 octobre. Le média ajoute que l’Union a dépensé plus de 100 milliards d’euros de surcoûts d’importations d’énergies fossiles depuis le 28 février, selon Dan Jørgensen, sans importer davantage de carburant.
625,4 millions de tonnes de capacité : un parc de raffinage amputé depuis 2009
Euronews détaille l’érosion de l’outil industriel. Fin 2025, l’UE, le Royaume-Uni, la Norvège et la Suisse comptaient 72 raffineries pour une capacité primaire de 625,4 millions de tonnes par an, soit 167,6 millions de tonnes de moins qu’en 2009, d’après les données de Concawe citées par le média. FuelsEurope évoque une baisse de 20 % de la capacité liée à 35 fermetures depuis 2009. La France pèse 57,4 millions de tonnes, derrière l’Allemagne (98,7), l’Italie (78,6), l’Espagne (70,6) et les Pays-Bas (59,7).
Le problème tient autant à la nature des produits qu’au volume. L’Europe importe de plus en plus de carburants finis depuis le Moyen-Orient, les États-Unis et l’Inde, quand le brut, lui, s’achète plus facilement. L’eurodéputé écologiste allemand Michael Bloss le résume pour Euronews : « Nous conservons nos stocks d’urgence surtout sous forme de brut, alors que notre véritable point faible, ce sont le diesel et le kérosène » (traduit de l’anglais).
Les barils restants de l’action collective de mars sur la table de l’AIE
Autre point du communiqué : le secrétariat de l’AIE a présenté au groupe les conclusions de la réunion de son conseil des gouverneurs du 15 octobre. La discussion a porté sur la libération en temps utile des volumes restants de l’action collective de mars 2026. Le document ne dit pas quels volumes ni quelle date.
Euronews, citant un document interne, indique que la promesse du G7 du 2 octobre, jusqu’à 100 millions de barils d’urgence en priorité du diesel, couvrirait les barils dus au titre de l’engagement de 400 millions de barils de mars, dont 326 millions ont déjà été livrés. Cette libération a été détaillée dans notre article sur le G7 et ses 100 millions de barils libérés sous pression américaine.
Prochaine échéance : le dialogue avec les raffineurs, que la Commission promet bientôt. Pas de date, donc. Les stocks, eux, ne se reconstitueront pas avant 2027.
