Meta en négociations avec Anthropic pour un contrat cloud de 10 milliards

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Meta Platforms serait en discussions avancées pour louer sa puissance de calcul au laboratoire d’intelligence artificielle Anthropic, dans le cadre d’un accord pouvant atteindre 10 milliards de dollars sur deux ans. Cette opération marquerait l’entrée officielle du groupe de Mark Zuckerberg sur le marché du cloud computing.

Un contrat cloud colossal qui redessine la stratégie de Meta

Meta Platforms, le groupe américain propriétaire de Facebook et Instagram, serait actuellement en négociations avec Anthropic, la société spécialisée dans l’intelligence artificielle, pour lui louer des capacités de calcul dans le cadre d’un accord potentiel de 10 milliards de dollars étalé sur une durée de deux ans. C’est ce qu’indique une source proche du dossier, précisant qu’Anthropic aurait formulé cette proposition dès le mois de juin. Les discussions demeurent à un stade préliminaire et aucune conclusion n’est garantie à ce stade.

L’accord envisagé prévoit des paiements mensuels versés par Anthropic à Meta sur l’ensemble de la période contractuelle, avec une clause permettant aux deux parties de se retirer avant l’échéance. Ces conditions restent susceptibles d’évoluer au fil des négociations. Les discussions se sont toutefois complexifiées, Meta ne disposant pas à ce jour d’une structure commerciale dédiée à la revente de capacités de calcul, ce qui constitue un obstacle organisationnel non négligeable à la concrétisation d’un tel partenariat.

Sur les marchés financiers, l’annonce a produit un effet limité mais mesurable. Les actions Meta, déjà orientées à la baisse dans un contexte de correction généralisée du secteur technologique, ont réduit leurs pertes après la divulgation de l’information, clôturant en recul de plus de 2 % en séance régulière vendredi, avec une légère baisse confirmée en séance prolongée. Ni Meta ni Anthropic n’ont souhaité commenter officiellement ces informations.

Le cloud computing, nouveau levier de diversification pour Meta

Au-delà de la dimension financière, cet accord potentiel s’inscrit dans une évolution stratégique majeure pour Meta, dont les revenus restent aujourd’hui très largement dépendants de la publicité numérique. En monétisant son infrastructure de calcul excédentaire, le groupe chercherait à dégager de nouvelles sources de revenus tout en se positionnant comme acteur de la chaîne d’approvisionnement en puissance de calcul — une ressource devenue critique à l’ère de l’intelligence artificielle générative.

Cette orientation avait été explicitement confirmée par Mark Zuckerberg lui-même lors de l’assemblée générale des actionnaires de Meta en mai dernier. Le directeur général avait alors affirmé que l’entrée sur le marché du cloud computing était « clairement à l’ordre du jour », évoquant des sollicitations quasi hebdomadaires d’entreprises souhaitant acquérir un accès aux modèles d’intelligence artificielle du groupe ou à sa puissance de calcul disponible. Au début du mois de juillet, Bloomberg News avait par ailleurs rapporté que Meta était en train de structurer une activité dédiée au cloud afin de vendre ces capacités excédentaires et d’héberger des modèles d’IA pour des développeurs tiers.

Si cet accord venait à se concrétiser, Meta rejoindrait un écosystème de fournisseurs de puissance de calcul en forte croissance, concurrençant directement des acteurs spécialisés comme CoreWeave ou Nebius, que l’on désigne communément sous le terme de « néoclouds ». Ces plateformes ont émergé pour répondre à la demande exponentielle en ressources de calcul générée par l’essor des grands modèles de langage et des outils d’IA avancés.

Anthropic, un partenaire stratégique à la veille de son introduction en bourse

Du côté d’Anthropic, créateur du modèle Claude et de l’outil Claude Code, l’enjeu est différent. La société, qui prépare son entrée en bourse, doit sécuriser des volumes considérables de puissance de calcul pour entraîner et déployer ses modèles à grande échelle. En s’appuyant sur l’infrastructure de Meta, elle diversifierait ses sources d’approvisionnement tout en réduisant sa dépendance aux grands fournisseurs cloud traditionnels que sont Amazon Web Services, Google Cloud ou Microsoft Azure.

Ce type de montage n’est pas inédit. En mai dernier, Anthropic avait conclu un accord similaire avec SpaceX, la société aérospatiale d’Elon Musk, pour exploiter l’intégralité de la puissance de calcul du centre de données Colossus 1, situé à Memphis dans le Tennessee. Ce précédent illustre la stratégie d’Anthropic consistant à recourir à des partenaires non traditionnels pour accéder à des capacités de calcul massives, dans un contexte de tension persistante sur l’offre mondiale de processeurs spécialisés.

Pour les décideurs européens, cette configuration mérite une attention particulière. Elle révèle la concentration croissante des ressources numériques critiques — centres de données, processeurs graphiques haute performance, puissance de calcul dédiée à l’IA — entre les mains d’un nombre restreint d’acteurs américains. Alors que l’Europe cherche à structurer sa propre souveraineté numérique, notamment au travers des investissements dans les infrastructures cloud souveraines et des initiatives industrielles liées à l’IA, l’émergence de méga-contrats de ce type entre géants américains rappelle l’écart de capitalisation et d’infrastructure qui sépare encore les deux continents. La course à la puissance de calcul est désormais au cœur des enjeux de compétitivité économique mondiale, et l’Europe ne peut se permettre d’en être spectatrice.

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