Boeing retrouve le droit de certifier ses 737 MAX et 787

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La Federal Aviation Administration américaine a annoncé au Congrès qu’elle restituait à Boeing, dès la semaine prochaine, la capacité de délivrer elle-même les certificats de navigabilité de ses appareils 737 MAX et 787, mettant fin à une période de supervision renforcée qui aura duré plusieurs années. Une décision qui intervient dans un contexte de montée en cadence industrielle pour le constructeur de Seattle.

La FAA lève une restriction majeure pesant sur la certification Boeing

La Federal Aviation Administration des États-Unis a notifié formellement au Congrès américain, vendredi, sa décision de rendre à Boeing la prérogative de certifier de façon autonome l’ensemble de sa production de 737 MAX et de 787, et ce à compter de la semaine suivante. Cette annonce constitue un tournant réglementaire significatif pour le premier constructeur aéronautique mondial en termes de chiffre d’affaires, engagé depuis plusieurs années dans un effort de reconstruction de sa crédibilité industrielle et sécuritaire. Selon le courrier électronique adressé par l’agence gouvernementale au Congrès américain, cette décision repose sur plusieurs mois d’examen approfondi portant à la fois sur les données de production et sur les impératifs de sécurité. L’autorité de régulation aérienne y indique avoir constaté une qualité de fabrication constante et suffisamment robuste pour justifier la restauration de cette délégation de certification, sous réserve du maintien de sa supervision. Ce rétablissement de confiance institutionnelle représente davantage qu’une simple mesure technique : il conditionne directement le rythme auquel Boeing peut livrer ses appareils à ses clients compagnies aériennes et, par ricochet, la cadence à laquelle les opérateurs peuvent renouveler ou étoffer leurs flottes.

Un encadrement réglementaire imposé après deux crises industrielles majeures

Pour comprendre la portée de cette décision, il convient de rappeler les circonstances dans lesquelles la FAA avait initialement retiré à Boeing ce droit de certification autonome. En 2019, à la suite d’un deuxième accident mortel impliquant un appareil de la famille 737 MAX, survenu en Éthiopie après un premier crash en Indonésie fin 2018, l’agence américaine avait décidé de reprendre en main l’approbation individuelle de chaque avion sorti des chaînes d’assemblage. Cette mise sous tutelle partielle visait à garantir un niveau de contrôle indépendant face à des dysfonctionnements dans la gestion de la sécurité chez le constructeur. Puis, en 2022, c’est au tour du 787 Dreamliner d’être soumis à un régime similaire, cette fois en raison de défauts identifiés dans les processus de fabrication. Ces deux épisodes cumulés ont fragilisé durablement l’image de Boeing auprès des régulateurs, des compagnies aériennes clientes et des marchés financiers. La reprise de la certification autonome marque donc la clôture formelle d’un cycle de remise à niveau industrielle et réglementaire, dont l’issue positive a nécessité plusieurs années d’audits, de corrections de processus et de démonstrations de conformité.

Des enjeux industriels et commerciaux considérables pour la certification Boeing

Au-delà de la portée symbolique de cette décision, ses implications concrètes sur la compétitivité de Boeing sont directes et immédiates. La capacité à délivrer soi-même les certificats de navigabilité sans passer par un processus d’approbation individuel exercé par la FAA constitue un levier de fluidité opérationnelle déterminant. Chaque jour de délai dans la certification d’un appareil représente un coût financier pour le constructeur et pour la compagnie qui attend sa livraison. Dans un secteur aérien mondial en pleine phase de reconstitution des flottes après les perturbations liées à la pandémie, et face à une demande de trafic aérien soutenue, la rapidité des livraisons est devenue un avantage concurrentiel central. Boeing avait par ailleurs pris du retard dans ses cadences de production sur plusieurs programmes, ce qui avait alimenté les inquiétudes des investisseurs et des analystes du secteur. La restauration de cette prérogative de certification intervient donc à un moment stratégique, alors que le groupe cherche à regagner des parts de marché face à son concurrent européen Airbus, qui a su tirer profit des difficultés américaines pour consolider ses positions commerciales, notamment en Europe et en Asie. Pour les compagnies aériennes européennes opérant des flottes mixtes intégrant des appareils Boeing, cette normalisation réglementaire est également une bonne nouvelle : elle réduit les incertitudes pesant sur les délais de livraison des appareils commandés.

Une décision qui interroge la gouvernance de la sécurité aérienne internationale

Cette restitution de la certification autonome à Boeing soulève par ailleurs des questions plus larges sur l’architecture de la surveillance réglementaire dans l’industrie aéronautique mondiale. Le modèle américain, dans lequel la FAA délègue historiquement une partie de ses fonctions de certification aux constructeurs eux-mêmes via des représentants désignés, avait été remis en question à la suite des accidents du MAX. Le Congrès américain avait engagé des réformes de ce dispositif, et la FAA avait durci ses exigences de supervision directe. La décision de rétablir cette délégation de certification à Boeing signale que l’agence estime que les garde-fous mis en place sont désormais suffisants pour garantir l’intégrité du processus, tout en conservant un droit de regard permanent. Du côté européen, l’Agence de la sécurité aérienne de l’Union européenne avait elle aussi instauré ses propres procédures de vérification indépendante lors du retour en service du 737 MAX en 2021, témoignant d’une volonté de ne pas s’en remettre exclusivement aux conclusions de la FAA. Cette autonomie de jugement réglementaire, incarnant une forme de souveraineté technique européenne en matière de sécurité aérienne, reste un acquis structurant pour la gouvernance du secteur sur le Vieux Continent, indépendamment des évolutions du cadre réglementaire américain.

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