Lithium : l’État entre au capital du projet minier d’Imerys dans l’Allier

Mine de lithium, image d'illustration

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L’État français s’apprête à prendre une participation d’environ 30 % dans le projet d’exploitation de lithium porté par Imerys dans l’Allier. Un investissement stratégique de 50 millions d’euros, réalisé via Banque des Territoires, qui s’inscrit dans une ambition assumée : sécuriser l’approvisionnement national en métaux critiques au service de la transition énergétique.

Une participation publique pour sécuriser la chaîne de valeur

Selon Bercy, cette entrée au capital vise à « garantir la souveraineté de la France sur l’ensemble de la chaîne de valeur » du lithium, un métal indispensable à la fabrication des batteries pour véhicules électriques et au stockage stationnaire d’énergie. L’opération doit être finalisée dans les prochains mois.

Le montant engagé – 50 millions d’euros – doit permettre de financer la finalisation de l’étude de faisabilité définitive, attendue début 2027. Ce jalon technique conditionne toute décision finale d’investissement concernant la future mine, dont la mise en service est envisagée à l’horizon 2030.

Pour Imerys, groupe spécialisé dans les minéraux industriels, qui a réalisé 3,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024 et emploie 12 400 personnes dans le monde, le soutien public constitue un levier structurant dans un contexte économique tendu. L’entreprise avait annoncé à l’automne un plan de réduction des coûts pour redresser sa rentabilité, affectée par le ralentissement de ses principaux marchés.

Son directeur général, Alessandro Dazza, a rappelé que le projet ne pouvait être mené « seul ». L’entrée de l’État ouvre la voie à l’arrivée éventuelle d’autres partenaires financiers. Être majoritaire dans l’exploitation n’est « pas une condition nécessaire » pour le groupe, qui met en avant son expertise internationale dans le secteur minier et ambitionne d’assurer la gestion opérationnelle du site.

Une mine stratégique pour l’industrie automobile

Le gisement situé dans l’Allier doit permettre, selon les projections, d’alimenter en lithium environ 700 000 véhicules électriques par an. À l’heure où l’Union européenne accélère la sortie des motorisations thermiques et où la concurrence internationale sur les matières premières s’intensifie, le projet prend une dimension industrielle majeure.

Longtemps dépendante d’importations venues d’Australie, d’Amérique du Sud ou de Chine pour ses métaux critiques, l’Europe cherche désormais à relocaliser une partie de l’extraction et du raffinage. Les tensions géopolitiques, les risques sur les chaînes d’approvisionnement et la volonté de bâtir une filière batterie intégrée sur le continent ont profondément modifié la doctrine industrielle française.

Pour le gouvernement, il s’agit de promouvoir une « mine du XXIᵉ siècle », répondant aux meilleurs standards environnementaux et sociaux. L’objectif affiché est double : réduire la dépendance stratégique tout en maîtrisant l’empreinte écologique du projet.

Des oppositions persistantes et des délais incertains

L’annonce de l’entrée de l’État au capital ne fait toutefois pas l’unanimité. Certaines ONG dénoncent un soutien qu’elles jugent « aveugle » et pointent les risques environnementaux liés à un projet qualifié de « gigantesque ». Les critiques portent notamment sur l’impact potentiel sur les ressources en eau, la biodiversité locale et les paysages.

Les opposants rappellent que la participation publique ne garantit pas, selon eux, une prise en compte suffisante des enjeux sociaux et environnementaux. Ils n’excluent pas des recours juridiques, susceptibles d’allonger un calendrier déjà long : rouvrir ou créer une mine en France peut nécessiter entre 10 et 15 ans, compte tenu des procédures administratives, des études d’impact et des consultations publiques.

Entre impératif de souveraineté industrielle et exigences écologiques croissantes, le projet d’Imerys dans l’Allier cristallise ainsi les tensions de la transition énergétique. L’entrée de l’État au capital marque une étape décisive : elle confirme que le lithium n’est plus seulement une matière première, mais un enjeu stratégique au cœur de la politique industrielle française.

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