Malgré une accalmie passagère en juin 2025, les droits de douane voulus par Donald Trump ne corrigent pas les déséquilibres structurels du commerce extérieur américain, comme l’explique l’économiste Sylvain Bersinger.
Une amélioration illusoire au mois de juin
D’après les données publiées par le Census Bureau le 5 août 2025, le déficit commercial des États-Unis en biens s’est établi à -85,6 milliards de dollars en juin, en-dessous de la moyenne mensuelle de 2024 (-101,3 milliards). Mais cette baisse apparente ne reflète pas une amélioration structurelle. Elle fait suite à un afflux exceptionnel d’importations en début d’année, lorsque les entreprises ont anticipé l’entrée en vigueur de nouveaux droits de douane.
« Ce repli du déficit est un trompe-l’œil, il reflète surtout un contrecoup technique après des importations massives au premier trimestre », analyse Sylvain Bersinger, fondateur du cabinet d’analyse Bersingéco. En moyenne, sur le premier semestre 2025, le déficit mensuel s’élève à -122,6 milliards de dollars, bien au-delà des chiffres de 2024.
Les exportations, de leur côté, restent relativement stables, confirmant que les tensions commerciales ont pour l’instant un impact limité sur les ventes américaines à l’étranger.
Les droits de douane : une efficacité économique structurellement limitée
Au-delà de la conjoncture, les droits de douane ne peuvent corriger à eux seuls un déficit commercial aussi massif. Comme le rappelle Sylvain Bersinger, « le solde commercial d’un pays dépend d’abord de l’écart entre son épargne et son investissement. C’est une égalité comptable incontournable ». Autrement dit, à moins de modifier profondément la structure macroéconomique du pays, les restrictions commerciales n’ont qu’un impact marginal sur le déficit.
En théorie, les droits de douane devraient faire baisser les importations. Mais pour améliorer le solde commercial, encore faudrait-il que l’investissement diminue ou que l’épargne augmente. Or, ni l’un ni l’autre ne se vérifie dans le cas américain. Au contraire, les produits importés devenant plus chers, la consommation intérieure s’oriente vers des biens plus coûteux, sans favoriser l’épargne.
Les droits de douane auraient des effets secondaires contre-productifs
À long terme, les droits de douane peuvent même nuire aux exportateurs américains. Ils renchérissent les intrants importés, augmentent les coûts de production, alimentent l’inflation et poussent les salaires à la hausse. « En voulant protéger certaines industries, on affaiblit la compétitivité de l’ensemble de l’économie », souligne Sylvain Bersinger.
Un autre effet pervers est monétaire : la réduction des importations limite la demande de devises étrangères, ce qui tend à faire monter le dollar. Une monnaie plus forte pénalise mécaniquement les exportations. Si le billet vert s’est finalement déprécié après un pic en début de mandat Trump, c’est davantage lié à la défiance des investisseurs qu’aux effets directs des droits de douane.
Le déficit commercial reste un symptôme
En définitive, les droits de douane n’ont pas permis de corriger le déficit commercial américain. « C’est un symptôme, pas une cause. Tant que les États-Unis consommeront plus qu’ils ne produisent, le déficit restera là », conclut Sylvain Bersinger.
Pour remédier à ce déséquilibre, il faudrait s’attaquer à la racine du problème : l’insuffisance d’épargne domestique, le niveau d’investissement élevé, et un modèle économique fondé sur l’endettement extérieur. Les barrières douanières, aussi spectaculaires soient-elles politiquement, restent donc peu efficaces économiquement.


