Alors que l’économie française traverse une phase de fortes turbulences, marquée par la fin progressive des dispositifs de soutien post-crise sanitaire et par un climat politique et géopolitique instable, l’année 2025 s’est imposée comme un test grandeur nature pour les mécanismes de protection sociale. Dans ce contexte, le régime de garantie des salaires a joué un rôle central pour amortir le choc social provoqué par la hausse continue des défaillances d’entreprises.
Une économie fragilisée, une pression sociale accrue
Après un record historique de 66 000 faillites d’entreprises enregistré en 2024, la dynamique ne s’est pas inversée en 2025. Bien au contraire : les défaillances ont continué de progresser, avec une hausse estimée à 6 %. Cette situation s’inscrit dans un mouvement plus large observé à l’échelle européenne. La chute artificielle des faillites pendant la pandémie, liée aux aides massives, a laissé place à un effet de rattrapage brutal une fois ces soutiens retirés.
Dans ce paysage sous tension, les conséquences sociales auraient pu être considérables. La perte d’un emploi, lorsqu’elle survient dans un contexte de liquidation ou de redressement judiciaire, fragilise immédiatement les ménages, en particulier lorsque les salaires ou indemnités ne peuvent plus être versés. C’est précisément à ce niveau qu’intervient le régime de garantie des salaires, piloté par l’AGS, dont la mission est de garantir le paiement des créances salariales en cas de défaillance d’une entreprise.
Plus de 2,2 milliards d’euros mobilisés pour les salariés
En 2025, l’ampleur de l’intervention de l’AGS a atteint un niveau inédit. Au total, plus de 2,23 milliards d’euros ont été avancés pour protéger les salariés d’entreprises en difficulté, soit une progression de 5 % sur un an. Près de 250 000 salariés ont ainsi bénéficié du dispositif, confirmant le rôle stabilisateur du régime dans une période de forte incertitude économique.
En moyenne, l’AGS a accompagné chaque semaine plus de 4 800 bénéficiaires, dont environ 3 000 à la suite d’une perte effective d’emploi. Les montants avancés par salarié ont également augmenté, atteignant en moyenne près de 8 800 euros sur l’année. Cette évolution reflète à la fois la hausse du salaire moyen et la nature des secteurs touchés, souvent plus intensifs en main-d’œuvre qualifiée.
Industrie et TPE : les points de tension majeurs
Tous les secteurs de l’économie sont désormais concernés par les difficultés, mais certains se distinguent nettement. L’industrie est devenue en 2025 le premier secteur accompagné par l’AGS, tant en volume financier qu’en nombre de bénéficiaires. Plus de 41 000 salariés industriels ont été protégés sur l’année, faisant de ce secteur l’un des principaux foyers de tension sociale dans la conjoncture actuelle.
Autre enseignement majeur : le poids des très petites entreprises. Les TPE de moins de dix salariés représentent l’écrasante majorité des entreprises accompagnées par le régime. Souvent moins visibles médiatiquement, leurs faillites n’en sont pas moins lourdes de conséquences pour les territoires et l’emploi local. La progression des interventions auprès de ces structures illustre la fragilité persistante du tissu entrepreneurial de proximité, particulièrement exposé à la hausse des coûts et au ralentissement de l’activité.
Un rempart social appelé à durer
Si la part des liquidations judiciaires directes recule et revient à des niveaux proches de ceux observés avant la crise sanitaire, la situation reste incertaine pour 2026. Les chocs économiques accumulés, la volatilité des marchés et les ajustements budgétaires à venir laissent présager une poursuite des tensions sur l’emploi.
Dans ce contexte, la capacité de l’AGS à traiter l’essentiel des demandes d’avance en moins de 48 heures apparaît comme un élément clé de résilience sociale. En maintenant l’équilibre financier de son régime tout en intervenant massivement, le dispositif continue de jouer un rôle discret mais fondamental : empêcher que les faillites économiques ne se transforment en crise sociale d’ampleur nationale.
