Le groupe suédois Hennes & Mauritz a publié jeudi ses résultats du deuxième trimestre de l’exercice fiscal 2025/2026, couvrant la période de mars à mai. Si la rentabilité opérationnelle dépasse les prévisions des analystes, le chiffre d’affaires déçoit et les perspectives de juin inquiètent les marchés.
Des résultats H&M contrastés sur le trimestre mars-mai
Le groupe suédois H&M a présenté jeudi à Stockholm ses résultats du deuxième trimestre fiscal 2025/2026, affichant un bénéfice opérationnel hors éléments exceptionnels de 6,6 milliards de couronnes suédoises, soit environ 595 millions d’euros, contre 5,9 milliards un an auparavant. Ce chiffre dépasse sensiblement le consensus des analystes, établi à 6,3 milliards de couronnes. La marge brute s’est établie à 56,6 % du chiffre d’affaires, en progression par rapport aux 55,4 % enregistrés à la même période de l’exercice précédent, une performance jugée conforme aux attentes du marché.
Ces indicateurs de rentabilité témoignent des efforts engagés par la direction du groupe pour assainir ses marges, dans un contexte de pression structurelle sur le secteur du prêt-à-porter mondial. H&M, qui figure parmi les deux plus grands distributeurs mondiaux de mode avec Inditex, le propriétaire de Zara, tente depuis plusieurs trimestres de rationaliser son modèle opérationnel pour améliorer durablement sa profitabilité.
Cependant, le tableau se noircit dès lors que l’on examine l’évolution du chiffre d’affaires. Sur la période mars-mai 2026, les ventes du groupe ont reculé à 54,8 milliards de couronnes, contre 56,7 milliards un an plus tôt, et en deçà de l’estimation consensuelle fixée à 55,1 milliards. Ce repli des volumes, associé à une légère réduction du parc de magasins — 4 038 points de vente fin mai 2026 contre 4 166 douze mois auparavant — illustre la difficile équation à laquelle est confronté le distributeur scandinave : comprimer les coûts sans sacrifier la croissance commerciale.
Une politique de stocks disciplinée, mais pénalisante pour les volumes
Le directeur général du groupe, Daniel Ervér, reconnaît lui-même cette tension dans le communiqué accompagnant les résultats. Il attribue en partie le repli des ventes à la politique de gestion plus stricte des stocks mise en place par l’entreprise, laquelle aurait, dans une certaine mesure, limité la capacité du groupe à répondre pleinement à la demande des consommateurs. Une contrainte volontairement acceptée pour préserver les marges, mais dont l’impact commercial est désormais visible dans les chiffres.
Le dirigeant se veut néanmoins optimiste quant à la capacité du groupe à affiner cet équilibre à l’avenir. Cette orientation stratégique reflète un choix clair de la part de la direction : privilégier la qualité du résultat comptable sur le court terme plutôt que de chercher à tout prix à maintenir des volumes de ventes au prix de déstockages coûteux. Une approche qui trouve une certaine légitimité dans l’amélioration effective des marges observée ce trimestre, mais qui suscite des interrogations quant à la dynamique commerciale sous-jacente.
Pour un groupe dont le modèle repose sur le volume et la rotation rapide des collections, tout ralentissement prolongé des ventes représente un signal d’alarme. La réduction du nombre de magasins, engagée depuis plusieurs exercices, participe à cette logique de rationalisation, mais elle prive mécaniquement le groupe de leviers de croissance à court terme dans un environnement de consommation déjà fragilisé en Europe.
Les perspectives de H&M pour juin déçoivent les analystes
Au-delà des résultats trimestriels, c’est l’anticipation formulée par le groupe concernant le mois de juin qui a le plus pesé sur la réaction des marchés. H&M indique s’attendre à ce que ses ventes en devises locales pour juin 2026 s’inscrivent au même niveau que celles enregistrées en juin 2025. Or, les analystes tablaient sur une progression comprise entre 2 % et 3 %, notamment en raison d’un calendrier favorable lié aux congés de la Pentecôte, qui tombaient cette année dans une configuration jugée propice à la consommation de mode.
Cette guidance prudente a immédiatement suscité des commentaires réservés de la part de la communauté financière. Les équipes de la banque canadienne RBC ont relevé que H&M avait certes déployé plusieurs initiatives pour enrichir et renouveler son offre client, dans l’espoir de relancer les volumes. Elles soulignent cependant que la concrétisation de ces efforts suppose l’activation simultanée de nombreux leviers, ce qui s’est jusqu’à présent révélé inégal dans les faits. Le courtier évoque bien la possibilité pour H&M d’atteindre une marge opérationnelle à deux chiffres à terme, portée par l’amélioration de la marge brute et par de nouvelles optimisations de coûts, mais il situe explicitement cet objectif dans un horizon de moyen à long terme.
Ces nuances n’ont pas suffi à rassurer les investisseurs. À la Bourse de Stockholm, l’action H&M cédait 1,9 % à 165,5 couronnes dans les échanges du matin suivant la publication. Pour un groupe qui cherche à regagner la confiance des marchés après plusieurs années de résultats en demi-teinte, ce type de réaction boursière illustre l’exigence à laquelle la direction fait face : améliorer simultanément la rentabilité et la trajectoire commerciale, dans un secteur de la distribution confronté à une pression concurrentielle croissante, notamment de la part des acteurs asiatiques du commerce en ligne.
Un redressement structurel long et semé d’incertitudes
La publication de H&M s’inscrit dans un contexte sectoriel difficile pour les enseignes de mode à positionnement moyen de gamme en Europe. L’inflation persistante, la modération du pouvoir d’achat des ménages et la concurrence des plateformes de fast fashion asiatiques à bas coûts continuent de peser sur les volumes de trafic en magasin comme sur les paniers moyens. Dans ce contexte, la stratégie de H&M — réduire l’exposition aux stocks excédentaires, améliorer la qualité des collections et rationaliser le réseau de distribution — répond à des impératifs de fond, mais son déploiement s’avère plus lent et plus difficile que prévu. Les résultats du deuxième trimestre 2025/2026 en offrent une illustration fidèle : des marges en progression, mais un chiffre d’affaires en recul et des perspectives à court terme qui n’incitent pas encore à l’optimisme.


