Hélicoptères de la gendarmerie : le Sénat alerte sur une flotte à bout de souffle, révélateur d’un sous-investissement chronique

Image d'illustration - Crédits photo : Airbus

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Un rapport d’information sénatorial, largement relayé dans la presse spécialisée le 30 août, dresse un constat sévère sur l’état de la flotte héliportée de la gendarmerie nationale. Derrière les chiffres de disponibilité en chute libre, c’est la question du financement du renouvellement d’un outil industriel pourtant entièrement français — celui d’Airbus Helicopters — qui se pose, en pleine préparation du budget 2027.

Une flotte théorique de 56 appareils, une flotte réelle bien plus étroite

Le rapport, signé par le sénateur Bruno Belin au nom de la commission des finances, porte sur les moyens aériens de la gendarmerie et de la police nationales. Il rappelle qu’au 1er janvier, la gendarmerie disposait officiellement de 56 hélicoptères : 26 AS350 Écureuil, 15 EC135 et 15 EC145. Un chiffre qui a depuis été ramené à 55 après la perte d’un EC135 dans un accident survenu en juin dans le Loiret.

Mais ce parc théorique masque une réalité opérationnelle bien plus fragile. Le taux de disponibilité technique de l’AS350 Écureuil — l’appareil le plus nombreux de la flotte, âgé en moyenne de 40 ans — s’est effondré, passant de 69,7 % en 2018 à seulement 43,7 % en 2025. Les EC145 et EC135, plus récents, ne sont pas épargnés : leur disponibilité a respectivement reculé de 73,8 % à 66 % et de 83,1 % à 72,3 % sur la même période. Au final, ce ne sont en moyenne que 34 hélicoptères qui sont réellement disponibles chaque année pour l’ensemble du territoire, soit, selon la formule retenue par le rapport, « un appareil pour trois départements ».

Ces moyens ont pourtant assuré une activité opérationnelle soutenue en 2025 : 15 748 missions et 17 004 heures de vol, réparties entre protection et assistance aux personnes (28 %), formation (28 %), missions de sécurité et de maintien de l’ordre (17 %), police judiciaire (13 %), défense de zone (7 %) et logistique (7 %). Le rapport souligne que cette dégradation matérielle contraint déjà certaines sections aériennes à des fermetures temporaires dans plusieurs régions.

Un renouvellement engagé, mais trop lent face au mur de remplacement

La gendarmerie n’est pas restée inactive face à ce constat. Dix hélicoptères H160 ont été commandés à Airbus Helicopters en 2021, et six H145 D3 en 2023. Mais le calendrier de livraison peine à suivre : seuls deux H160 avaient été livrés à fin décembre 2025 — le premier exemplaire n’ayant été réceptionné par la gendarmerie qu’en décembre 2025 — et deux H145 D3 seulement à la date du rapport. Au total, ce sont donc 16 appareils neufs qui sont engagés, face à un besoin de remplacement estimé à 41 hélicoptères d’ici 2033, l’AS350 devant être retiré du service entre 2028 et 2030, l’EC145 en 2033 et l’EC135 en 2035.

Le coût de la seule maintenance de la flotte existante illustre l’ampleur du problème : les dépenses d’entretien de la gendarmerie sont passées de 29,7 millions d’euros en 2021 à 48,8 millions en 2025, avec une projection à 63,5 millions d’euros pour 2026 — plus du double en cinq ans, pour maintenir en état de vol des appareils de plus en plus âgés. Le rapport chiffre par ailleurs à environ 350 millions d’euros l’acquisition de 22 H145 D3 supplémentaires, hors coûts de maintien en condition opérationnelle sur la durée.

Le rapport pointe une cause structurelle bien identifiée : au sein du programme budgétaire de la gendarmerie, les dépenses de personnel absorbent 82,5 % des crédits, ne laissant qu’une marge de manœuvre réduite pour l’investissement en équipements. Le directeur général de la gendarmerie, le général Hubert Bonneau, avait lui-même jugé « impératif », dès octobre 2025, l’acquisition d’au moins 22 H145 D3 supplémentaires pour 2026.

Un enjeu de souveraineté sécuritaire — et industrielle

Ce dossier dépasse la seule question opérationnelle. Contrairement à d’autres filières de défense où la France dépend d’équipementiers étrangers, le renouvellement de la flotte héliportée des forces de l’ordre s’appuie intégralement sur la production nationale d’Airbus Helicopters, dont le site de Marignane (Bouches-du-Rhône) assemble à la fois le H160 et le H145. Le sous-financement chronique de ce programme ne pénalise donc pas seulement la capacité opérationnelle de l’État sur son propre territoire — surveillance des zones rurales et montagneuses, secours aux personnes, maintien de l’ordre, lutte contre la délinquance — mais prive également d’un débouché plus stable une chaîne industrielle française déjà mobilisée par ailleurs sur les segments export et militaire.

Le rapport recommande en priorité de sécuriser une véritable trajectoire budgétaire pluriannuelle de renouvellement, tout en réduisant progressivement le nombre de types d’appareils différents en service — une diversité qui alourdit les coûts de maintenance et de formation. Il préconise également l’élaboration d’un contrat opérationnel interministériel précisant les capacités attendues, associé à une « doctrine de juste suffisance » dans le dimensionnement de la flotte.

Cette publication intervient alors que les arbitrages du projet de loi de finances pour 2027 sont en cours de discussion, dans un contexte budgétaire déjà sous tension pour l’ensemble des crédits régaliens. Le sort réservé aux recommandations du sénateur Belin dans les prochaines semaines donnera une indication concrète de la priorité réellement accordée par l’exécutif à cet outil de souveraineté intérieure.

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