Emmanuel Macron s’est rendu le 22 avril 2026 dans l’Allier pour inaugurer la mine de lithium du groupe Imerys à Échassières et présider un Conseil des ministres délocalisé à Montluçon. L’occasion pour le chef de l’État d’exposer la méthode qu’il entend appliquer pour accélérer l’aboutissement de 150 grands projets stratégiques (GPS) — qu’il désigne sous l’appellation de « cathédrales industrielles » — représentant 71 milliards d’euros d’investissement cumulé. Un déplacement au fort contenu symbolique, à l’heure où la reconquête de souveraineté industrielle est devenue l’axe central du discours économique de l’Élysée.
La mine de lithium d’Imerys à Échassières, vitrine de la souveraineté industrielle française
Le projet baptisé « Emili », porté par le groupe minier Imerys, repose sur l’un des principaux gisements mondiaux de minerai de lithium, situé dans le sous-sol de la Creuse et de l’Allier. À partir de 2030, la mine devrait produire 34 000 tonnes par an d’hydroxyde de lithium — un composant critique des batteries pour véhicules électriques — et alimenter la fabrication d’environ 700 000 voitures par an. C’est précisément le type de maillon manquant que l’Europe cherche à reconstituer sur son sol pour réduire sa dépendance aux chaînes d’approvisionnement asiatiques, dominées par la Chine sur l’ensemble de la filière batterie.
Imerys, dont l’action a progressé de près de 5 % à la Bourse de Paris en séance le jour de l’inauguration, bénéficie du statut de grand projet stratégique, qui lui confère un accompagnement prioritaire de l’État et des collectivités territoriales. Le projet illustre concrètement ce que peut signifier la souveraineté industrielle dans sa dimension la plus tangible : extraire sur le territoire national une matière première critique plutôt que de l’importer à prix fort depuis l’autre bout du monde.
Les 150 cathédrales industrielles : 71 milliards d’euros d’investissement dans 63 départements
La mine d’Échassières n’est qu’un parmi 150 grands projets stratégiques identifiés par l’Élysée, couvrant l’ensemble du spectre industriel jugé critique : agroalimentaire, centres de données, biocarburants, batteries, santé, aéronautique, défense. Annoncés lors du premier sommet « Choose France Edition France » en novembre 2025 et formellement lancés en janvier 2026, ces 150 projets représentent 71 milliards d’euros d’investissement cumulé, déployés dans 63 départements. La moitié d’entre eux sont portés par des PME et des entreprises de taille intermédiaire — un signal que cette politique de réindustrialisation entend irriguer le tissu économique local, et pas seulement les grands groupes cotés.
Pour les désigner, Macron a forgé l’expression de « cathédrales industrielles » — une métaphore volontairement haute qui renvoie à la durée, à l’ambition collective et à la mobilisation de toute une communauté autour d’un projet transformateur. La référence assumée à Notre-Dame de Paris n’est pas anodine : la reconstruction de la cathédrale, achevée en cinq ans grâce à une chaîne de commandement unifiée et à une simplification procédurale exceptionnelle, est présentée comme le modèle opérationnel à répliquer à l’échelle industrielle.
La « méthode Notre-Dame » : simplification, commandement unifié et délais contraints
La méthode exposée par le président repose sur quatre piliers : un projet clairement identifié, une chaîne de commandement sans ambiguïté, des comptes rendus réguliers et des délais non négociables. Pour y parvenir, le gouvernement s’appuie d’abord sur la loi de simplification adoptée au Parlement la semaine précédente, qui allège plusieurs procédures administratives pesant sur les projets industriels. S’y ajoute un « décret contentieux » pris le même jour, qui unifie au niveau de la Cour administrative d’appel les recours juridiques susceptibles d’affecter les grands projets stratégiques — un mécanisme censé faire gagner en moyenne un an sur les délais d’instruction.
Deux autres leviers complètent le dispositif : la mise à disposition de « foncier économique clé-en-main » pour faciliter l’installation ou l’extension des PME et ETI, et la simplification des évaluations environnementales. Sur ce dernier point, Macron a pris soin de préciser que l’objectif n’est pas d’abaisser les exigences environnementales, mais de rationaliser une accumulation de procédures redondantes. Une mission a été confiée en ce sens au ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre.
Grands projets stratégiques : la réindustrialisation française face à l’épreuve de l’exécution
La politique des 150 grands projets stratégiques s’inscrit dans une cohérence de long terme que Macron a défendue lors de son déplacement dans l’Allier, retraçant une décennie de politique industrielle orientée vers la réduction des dépendances stratégiques. Depuis le plan de relance post-Covid, en passant par France 2030 et la politique d’attractivité des investissements étrangers portée par les sommets « Choose France », l’Élysée a construit une doctrine de réindustrialisation qui commence à produire des résultats visibles — dont la mine de lithium d’Imerys est l’un des symboles les plus saisissants.
Reste l’épreuve de l’exécution. Identifier 150 projets prioritaires et accélérer leurs procédures est une chose ; s’assurer que les financements sont au rendez-vous, que les compétences disponibles sont suffisantes et que les débouchés industriels se matérialisent en est une autre. La filière batterie européenne, en particulier, traverse une période de turbulences — plusieurs gigafactories ont connu des retards ou des révisions à la baisse de leurs plans d’investissement. La mine d’Échassières ne produira de l’hydroxyde de lithium qu’à partir de 2030 : d’ici là, le paysage automobile et la dynamique de la transition électrique auront encore évolué. La méthode Notre-Dame a le mérite de la clarté ; sa robustesse face aux aléas économiques reste à démontrer.


