Données de santé : le rapatriement chez Scaleway révèle l’essor discret d’Iliad dans le secteur

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Le gouvernement a officialisé le transfert de la Plateforme des données de santé vers Scaleway, filiale cloud du groupe Iliad, mettant fin à six années de dépendance envers l’américain Microsoft. Au-delà de l’enjeu sanitaire, cette décision éclaire la montée en puissance discrète d’un acteur du cloud souverain français longtemps resté dans l’ombre des géants du secteur.

Le Health Data Hub officiellement transféré vers Scaleway

L’annonce met un terme à un feuilleton administratif vieux de six ans. Le gouvernement a confié à Scaleway l’hébergement de la Plateforme des données de santé (PDS), anciennement appelée Health Data Hub, créée en 2019 pour fédérer les bases de données médicales françaises au service de la recherche. Le contrat, estimé à environ six millions d’euros sur quatre ans, met fin à l’accord conclu dès l’origine avec Microsoft, qui faisait l’objet de critiques récurrentes au nom de la protection des données et des impératifs de souveraineté. Une dizaine d’entreprises avaient répondu à l’appel d’offres lancé en février, et Scaleway a finalement été retenu face à des candidats français comme OVHcloud, mais aussi face à des offres hybrides dites de « cloud de confiance ». La ministre de la santé, Stéphanie Rist, a salué un choix permettant de renforcer la sécurité, la confiance et l’indépendance technologique de la France en matière de données médicales.

Scaleway, la discrète pépite cloud du groupe Iliad

Derrière ce contrat emblématique se profile la trajectoire singulière de Scaleway, filiale du groupe Iliad fondé par Xavier Niel. Issu d’une activité d’hébergement web lancée à la fin des années 1990, Scaleway s’est progressivement transformé en fournisseur de cloud à part entière, avec des centres de données implantés exclusivement en Europe. Cette stratégie tranche avec la situation observée chez de nombreuses jeunes entreprises françaises, dont une large majorité des start-up confient encore leurs données aux géants américains du cloud, faute d’alternative jugée suffisamment robuste. En misant sur des données hébergées sous juridiction européenne, à l’abri des législations extraterritoriales comme le Cloud Act, Scaleway s’est construit une position de niche qui devient, avec le contrat de la PDS, une vitrine nationale.

Six années de polémiques avant le choix de Scaleway

Le chemin vers Scaleway a été long. Dès sa création en 2019, dans la foulée du rapport sur l’intelligence artificielle remis par Cédric Villani, le Health Data Hub avait suscité la controverse en choisissant d’emblée Microsoft comme hébergeur. Les détracteurs du projet pointaient le risque que des lois américaines comme le Cloud Act ou le Fisa permettent aux autorités des États-Unis d’accéder, sous certaines conditions, à des données stockées par des entreprises américaines, y compris à l’étranger. La Commission nationale de l’informatique et des libertés n’a ainsi jamais autorisé le transfert du Système national des données de santé vers la plateforme, limitant fortement son activité pendant plusieurs années. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche et la résurgence des tensions géopolitiques avec Washington ont fini par rebattre les cartes, faisant de ce dossier un symbole des débats sur l’indépendance numérique française.

Scaleway face à la concurrence du cloud de confiance

Le succès de Scaleway dans ce dossier ne doit pas masquer l’intensité de la compétition. Face à l’offre purement française de Scaleway, le gouvernement a également examiné des solutions hybrides dites de « cloud de confiance », à l’image de S3NS, coentreprise montée par Thales avec l’américain Google. Ce type de montage, qui associe gouvernance française et briques technologiques étrangères, gagne du terrain dans les secteurs régulés, comme l’illustre l’arrivée récente de SAP sur la plateforme SecNumCloud de S3NS. Pour Scaleway, conserver ce contrat stratégique face à des concurrents disposant de moyens considérables constitue une validation de poids. Le directeur général de l’entreprise, Damien Lucas, a d’ailleurs présenté la sélection de Scaleway comme la preuve qu’une alternative européenne crédible et compétitive existe face aux poids lourds du cloud mondial.

Souveraineté numérique : l’enjeu qui dépasse Scaleway et la santé

Le dossier du Health Data Hub illustre un rapport de force bien plus large. En Europe, environ 80 % du marché des logiciels professionnels reste contrôlé par des acteurs américains, une dépendance que les pouvoirs publics français cherchent désormais à réduire. Mi-avril, l’Union européenne a attribué un contrat cloud important à des fournisseurs européens, en intégrant pour la première fois des critères de souveraineté dans l’appel d’offres. Paris plaide pour aller plus loin, en généralisant une préférence européenne dans les marchés publics numériques et en créant une catégorie de certification immunisée aux lois extraterritoriales, sans avoir encore obtenu de majorité parmi les autres États membres. Dans ce contexte, la progression de Scaleway dépasse le cas du seul secteur de la santé : elle témoigne de la capacité, encore balbutiante mais réelle, de l’industrie française du cloud à exister face aux géants américains sur des marchés jugés stratégiques pour la souveraineté numérique du pays.

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